Situation

Se dire les choses en équipe sans que ça finisse en règlement de comptes

Se dire les choses en équipe sans règlement de comptes ni cahier de doléances : le cadre se pose avant, on est doux avec les personnes et dur avec les process.

4 min de lecture

La question telle qu'on nous la pose

« Comment se dire les choses sans tomber dans le règlement de comptes ? »

Se dire les choses en équipe sans que ça finisse en règlement de comptes, c'est possible, à une condition : le cadre se pose avant, pas pendant. Un conflit est une conversation à haut potentiel, et ce potentiel se perd dès qu'on vise une personne au lieu d'un fonctionnement. Cette page s'adresse au dirigeant qui nous dit « il faut qu'on puisse se dire les choses » et qui, dans la même phrase, a peur de ce que ça va donner.

Ce qui se passe vraiment quand une équipe ne se dit rien

Un dirigeant nous a demandé « une animation dynamique, originale, positive, sans tomber dans le béni-oui-oui. Il faut qu'on puisse se dire les choses. » Un autre : « J'aimerais qu'on mette les pieds dans le plat, qu'on passe par une heure ou deux très difficile, pour après construire. Je ne sais pas si c'est possible. »

Ces deux demandes décrivent les deux façons de rater le sujet. La fausse harmonie : le séminaire où tout le monde est content et où rien ne change, parce que rien n'a été dit. L'explosion : la journée où tout sort d'un coup, sans cadre, et où l'équipe repart plus abîmée qu'elle n'est venue. Entre les deux, une heure ou deux très difficiles, oui. Difficile n'est pas violent. La différence tient au cadre.

Les non-dits dans une équipe ne disparaissent pas, ils s'accumulent

Un non-dit, c'est une chose que tout le monde sait et que personne ne nomme. Ça coûte cher, tous les jours : chaque décision fait le tour du sujet au lieu de le traverser. Ce qui aurait dû se dire au fil de l'eau s'est stocké, et ressort un jour, au pire moment et sous la pire forme. Le séminaire ne crée pas les tensions. Il les rend visibles. C'est pour ça qu'il fait peur, et pour ça qu'il est utile.

Ce que ça cache : la peur du cahier de doléances

Deux clients, presque les mêmes mots. L'un voulait « éviter que ça soit le lieu pour des revendications personnelles ». L'autre : « Je souhaite éviter que ce type de séminaire soit un cahier de doléances. » Ce que ça cache, c'est la peur du dirigeant d'être la cible. Elle est fondée : sans cadre, tout lui tombe dessus et il passe la journée à se défendre.

La règle : doux avec les personnes, dur avec les process. On parle de comment on travaille, pas de qui est comment. « Je n'ai pas eu l'augmentation que j'attendais », c'est une revendication personnelle, ça se traite en entretien. « Les arbitrages se font dans le couloir et on l'apprend après », c'est un fonctionnement, et c'est ce qu'on est venus se dire. La distinction se pose au début de la journée, à voix haute, et le facilitateur la tient jusqu'au bout.

Les tensions dans une équipe de direction ne se règlent pas en une journée

Elles se nomment en une journée. Elles se règlent dans les semaines qui suivent, si des décisions ont été prises. Le cadrage, deux à trois fois une heure avec le dirigeant, sert à une chose : savoir ce qu'il est prêt à entendre et ce qu'il n'est pas prêt à changer. S'il n'est pas prêt à entendre, on ne fait pas la journée. Faire parler une équipe pour ensuite ne rien changer, c'est le meilleur moyen de ne plus jamais rien entendre.

Ce qu'il ne faut pas faire : jouer le sauveur

Ne promettez pas une journée « positive » où la critique est interdite : c'est le béni-oui-oui, et l'équipe le repère en dix minutes.

N'ouvrez pas sans cadre en espérant que ça se passe bien : ça se passe bien une fois sur dix. Le cadre se pose avant : ce dont on parle, ce dont on ne parle pas, qui décide à la fin.

Ne jouez pas le sauveur. C'est le piège du facilitateur, interne ou externe : reformuler pour adoucir, couper avant la fin, prendre parti pour le plus fragile. Le facilitateur tient le process, pas les émotions des gens. Il laisse la conversation difficile aller au bout : c'est là qu'elle a de la valeur.

Si vous êtes le dirigeant, ne répondez pas point par point : chaque réponse sur le moment ferme le point suivant. Vous écoutez, vous notez, vous répondez à la fin, ou le lendemain.

Ce qu'on fait à la place

La journée commence par un temps d'inclusion : chacun dit, en une phrase, où il en est en arrivant. Ce qui est déposé au début ne ressort pas en attaque au milieu. Quand le sujet est trop chargé pour être dit de face, le photolangage permet de nommer une tension à travers une image, sans viser personne : c'est souvent là que la première chose vraie est dite. Puis le débat mouvant : on se positionne sur une affirmation, pas contre un collègue, et le désaccord devient visible sans devenir personnel.

Ensuite, il faut décider. Un séminaire où tout a été dit et rien décidé, c'est un cahier de doléances avec une meilleure ambiance : voyez comment sortir d'un codir qui ne décide pas. Et si le problème est plus simple, trois qui parlent et les autres qui se taisent, c'est une autre situation : faire participer tout le monde en réunion.

Les méthodes qui répondent

  1. Arbre à personnages, version Insuffle : les deux falaises

    Arbre à personnages, version Insuffle : 22 personnages sur deux falaises, chacun choisit le sien face au sujet du jour et dit pourquoi. 15 à 30 minutes.

    15 min à 30 min · 4 à 30 personnes · 1, quel que soit le groupe ; partage en trios au-delà de 8

  2. Blobbie, le diagnostic d'équipe en 9 dimensions

    Blobbie est un diagnostic d'équipe en 9 dimensions, rempli avec des mots plutôt que des notes, en 90 minutes, de 4 à 15 personnes. Il éclaire, il ne résout pas.

    1 h à 2 h · 4 à 15 personnes · 1, qui ne fait pas partie de l'équipe qui se regarde

  3. Codéveloppement

    Le codéveloppement réunit 5 à 8 pairs, une fois par mois, autour de la situation réelle d'un seul : il expose, ils questionnent, il repart avec un plan.

    1 h 30 à 3 h · 5 à 8 personnes · 1 facilitateur qui tient le process et ne donne pas d'avis, externe si le groupe est un CODIR

  4. Compliqué ou complexe ? La carte de la complexité du collectif

    Compliqué ou complexe ? La carte de la complexité du collectif croise le problème et l'état du groupe : cinq situations, trois facilitations, 30 à 90 minutes.

    30 min à 1 h 30 · 3 à 30 personnes · 1 ; 2 au-delà de 15 personnes

  5. Débat mouvant

    On se positionne sur une affirmation, pas contre un collègue : le désaccord devient visible sans devenir personnel.

    20 min à 1 h · 8 à 60 personnes · 1 jusqu'à 30 personnes, 2 au-delà

  6. Fishbowl

    Le fishbowl fait discuter un petit cercle au centre de la salle, avec une chaise vide où chacun peut venir s'asseoir : 45 à 90 minutes pour un sujet qui divise.

    45 min à 1 h 30 · 20 à 100 personnes · 1, qui se retire une fois la question posée, plus un ou deux preneurs de notes dans le cercle extérieur

  7. Le cadre de facilitation : les règles du jeu, et l'intention

    Le cadre de facilitation clarifie l'intention (de quoi ai-je besoin du groupe ?) ; le cadre, lui, pose les règles du jeu. Les deux se posent avant, pas pendant.

    5 min à 20 min · 4 à 60 personnes · 1, quel que soit le groupe

  8. Les six casquettes, la version terrain des chapeaux de Bono

    Les six casquettes, version terrain des chapeaux de Bono : tout le groupe porte la même casquette, dans un ordre fixé, pour décider en 45 minutes à 4 à 15.

    45 min à 1 h · 4 à 15 personnes · 1, qui garde la casquette bleue ; 2 au-delà de 15 en sous-groupes

  9. Photolangage

    Passer par une image permet de nommer une tension sans viser une personne, et c'est souvent là que la première chose vraie est dite.

    20 min à 1 h · 5 à 40 personnes · 1 jusqu'à 15 personnes, 2 au-delà, avec des sous-groupes de 5 à 7 pour le partage

  10. Posture du facilitateur : les 12 postures, zone par zone

    La posture du facilitateur change selon la zone où se trouve le groupe : 12 postures, 4 zones, une grille pour choisir en séance, 45 à 90 minutes de formation.

    45 min à 1 h 30 · 1 à 12 personnes · 1 formateur ou facilitateur expérimenté ; seul, en préparation

  11. Rétrospective

    La rétrospective fait regarder à une équipe ce qui s'est passé, comprendre pourquoi, et décider trois actions au plus, en cinq temps et 60 à 120 minutes.

    1 h à 2 h · 4 à 12 personnes · 1, de préférence pas le manager de l'équipe

  12. Sécurité psychologique : ce que ça veut dire en salle, et le mot-valise

    Sécurité psychologique : pouvoir parler, se tromper, être en désaccord sans risque. Ce que le mot veut dire, ce qu'il ne veut pas dire, par où commencer.

    15 min à 30 min · 4 à 60 personnes · 1 ; 2 pour un CODIR de 8 à 12 quand le sujet est sensible

  13. Six chapeaux de Bono

    Les six chapeaux de Bono font réfléchir un groupe de 5 à 20 sous un seul angle : faits, émotions, risques, bénéfices, options, pour dépolariser un débat.

    45 min à 2 h · 5 à 20 personnes · 1, qui garde le chapeau bleu ; 2 au-delà de 12 ou en sous-groupes

  14. Speed boat

    Le speed boat dessine un bateau, une île, du vent et des ancres pour faire dire à une équipe ce qui la pousse et ce qui la freine, en 45 à 90 minutes.

    45 min à 1 h 30 · 5 à 30 personnes · 1 jusqu'à 12 personnes, 1 par sous-groupe de 6 à 8 au-delà

  15. Temps d'inclusion

    Chacun dit où il en est avant qu'on parle du fond : ce qui est déposé au début ne ressort pas en attaque au milieu.

    10 min à 30 min · 4 à 60 personnes · 1, quel que soit le groupe ; en trios au-delà de 12

Insuffle Académie

Apprendre à l'animer

Insuffle Académie forme les facilitateurs internes en 3 jours, 80 % de pratique. Les outils, c'est 10 % du sujet.

Voir la formation

Insuffle

On l'anime pour vous

Vous préférez qu'on vienne le faire ? Insuffle facilite des séminaires et des temps collectifs, en Normandie, à Paris et ailleurs.

Parler à Insuffle