Méthode · Yoan Lureault, Insuffle

Blobbie, le diagnostic d'équipe en 9 dimensions

Blobbie est un diagnostic d'équipe en 9 dimensions, rempli avec des mots plutôt que des notes, en 90 minutes, de 4 à 15 personnes. Il éclaire, il ne résout pas.

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Blobbie est un diagnostic d'équipe en 9 dimensions, réparties en 3 familles (Sens, Structure, Dynamique), que chaque membre du collectif remplit avec des mots, pas avec des notes, avant de mettre les canevas côte à côte. Il sert à voir en 90 minutes où ça coince vraiment, et à le dire à voix haute devant les autres. C'est l'outil qu'on sort avec une équipe de 4 à 15 personnes, un CODIR ou un service, quand le dirigeant dit « je sens que quelque chose ne tourne pas rond, mais je ne sais pas quoi ». Sa baseline tient en trois phrases : « Voyez clair. Parlez vrai. Agissez juste. »

À quoi sert vraiment Blobbie

Le problème est presque toujours le même. Une équipe fonctionne, les résultats sont là ou à peu près, et pourtant tout le monde sent qu'il y a un truc. Le manager parle de « communication », les gens de « charge », le DRH de « cohésion ». Personne ne regarde la même chose.

Blobbie remplace ces mots-valises par neuf questions précises. Pas « comment ça va ? », mais « qui décide vraiment, et qui croit décider ? ». Pas « est-ce qu'on est alignés ? », mais « pourquoi ce collectif existe : encore vivant, ou écrit sur un mur ? ». Neuf questions qui font apparaître en une heure ce qu'une enquête d'engagement met six mois à ne pas dire.

Une responsable d'équipe nous a décrit son problème ainsi : « dès qu'il y a eu un petit coup de vent, ils se cachent derrière en disant : en ce moment c'est flou ». Le flou, c'est un symptôme. Blobbie sert à trouver la dimension qui le fabrique : une direction que personne ne sait redire, un cadre qui étouffe, des rôles qui se chevauchent. Une fois la dimension nommée, le flou n'est plus une excuse, c'est un chantier.

Deuxième usage : préparer un séminaire. Avant de construire une journée, on fait remplir Blobbie au comité de direction. Ce qui ressort remplace, dans 90 % des cas, le programme que le commanditaire avait en tête. Troisième usage : créer un collectif, deux équipes fusionnées, un nouveau CODIR. Neuf cases remplies chacun de son côté, puis lues ensemble, disent en 90 minutes ce que trois mois de réunions n'auraient pas dit.

Quand ne pas utiliser Blobbie

  • Le commanditaire veut un score. Blobbie ne se note pas, il se raconte. Si ce qu'on attend, c'est un chiffre de « maturité d'équipe » pour une slide, prenez un questionnaire : vous aurez votre chiffre, et il ne changera rien.
  • L'équipe est en conflit ouvert. Le canevas fera remonter ce que tout le monde sait déjà, à voix haute, sans rien traiter. Vous aurez ajouté de l'huile. Il faut d'abord un cadre pour se dire les choses, et souvent une autre approche.
  • Personne n'a le mandat de décider ensuite. Blobbie éclaire, il ne résout pas. Si ni le manager ni l'équipe ne peuvent agir sur ce qui va sortir, vous aurez tendu un miroir et laissé les gens devant.
  • Vous êtes plus de 15 sans sous-groupes. Au-delà, la lecture des canevas prend deux heures et le groupe décroche. Faites des sous-groupes de 5 à 7 par équipe réelle, ou choisissez un autre format.
  • Le manager ne remplit pas le sien. S'il fait remplir l'équipe et se contente de lire, ce n'est plus un miroir, c'est un audit. Les réponses seront calibrées en conséquence.

Les questions qu'on nous pose sur Blobbie

Comment faire un diagnostic d'équipe avec Blobbie ?

En 90 minutes, avec un canevas A4 par personne, neuf dimensions, et une règle : on remplit avec un mot, une phrase ou un exemple, jamais avec une note. Chacun remplit seul, en commençant par les trois dimensions qui lui sautent aux yeux. Puis on lit famille par famille, Sens, Structure, Dynamique, sans commenter. On termine par deux questions : la dimension où ça coince le plus, et ce que je peux arrêter de faire dans cette dimension. Le facilitateur ne diagnostique rien : il tient le temps, il fait lire, et il nomme les écarts entre les canevas.

Blobbie Insuffle, c'est quoi exactement, et d'où ça vient ?

Un canevas en neuf cases, dessiné pour remplacer les grilles d'audit qui notent tout et ne font parler personne. Les trois familles sont Sens (Intention, Direction, Lien), Structure (Cadre, Rôles, Ressources) et Dynamique (Rythme, Décisions, Apprentissage). Deux dimensions sont marquées d'une étoile, Intention et Lien : ce sont les dimensions cœur, parce que sans intention et sans lien, le reste s'effondre. Le canevas se termine par un encadré, « Ce qui sort de cette page », en trois lignes : ce que je peux dire à mon équipe, ce que je n'ose pas dire, ce que je demande au collectif.

Diagnostic collectif ou diagnostic individuel : qui remplit le canevas ?

Chacun, seul, puis tout le monde ensemble. Le canevas est individuel : on ne remplit pas Blobbie à trois autour d'une table, parce que le premier qui parle fixe la réponse des deux autres. Le diagnostic collectif, c'est la mise côte à côte des canevas individuels. Ce qui compte, ce n'est pas la réponse de chacun, c'est l'écart entre les réponses. Sur Décisions, si le manager écrit « on décide en CODIR » et que trois personnes écrivent « on ne sait pas qui décide », vous avez votre sujet. Pas besoin de moyenne.

Comment faire un état des lieux d'une équipe sans que ça tourne au procès ?

Avec deux règles tenues jusqu'au bout. La première : on parle de dimensions, pas de personnes. « Les rôles sont flous entre le pôle projet et le pôle support » se dit ; « un tel empiète sur mon périmètre » ne se dit pas, ou pas ici. Le facilitateur reformule chaque attaque en dimension. La seconde : une case vide est une réponse. Si personne n'a rien écrit sur Apprentissage, ça dit que personne ne sait ce qu'on a appris de la dernière erreur. On le note, on ne force personne à inventer.

Où en est mon équipe, et pourquoi la moyenne ne le dit pas ?

Parce qu'une moyenne de 6 sur 10 cache aussi bien une équipe qui met 6 partout qu'une équipe coupée en deux, entre des 3 et des 9. La grille de notation fournie avec le canevas permet à chaque participant de noter de 1 à 10 par dimension, jusqu'à 15 personnes. On ne l'utilise pas pour produire un score, mais pour repérer les écarts : la dimension où les notes vont de 2 à 9 est celle où l'équipe ne vit pas la même chose. À refaire à plusieurs : les écarts entre vos cases valent plus que vos cases.

Un outil de diagnostic d'équipe à 9 dimensions, ce n'est pas trop ?

Non, parce qu'on ne remplit pas les neuf. On commence par les trois qui sautent aux yeux, et on n'est pas obligé d'aller au bout. Une équipe qui remplit ses neuf cases en dix minutes a survolé ; une équipe qui bute sur Rôles pendant vingt minutes a trouvé. Et il n'y a pas de dixième dimension : « communication », « confiance », « charge » se rangent toujours dans l'une des neuf.

Le déroulé de Blobbie, minute par minute

Ce déroulé est calé sur une équipe de 8 personnes, son manager compris, un facilitateur extérieur à l'équipe, 90 minutes, en présentiel.

TempsCe qui se passeCe que fait le facilitateur
0 à 10 minInclusion : chacun dit en une phrase ce qu'il attend de ce miroir, ou ce qu'il redoutePose la question, tient le tour, ne commente pas
10 à 20 minCadre : les 3 familles, les 9 dimensions lues à voix haute, les règles (des mots, pas des notes ; on commence par trois ; une case vide est une réponse)Affiche les 9 dimensions au mur, lit les 9 questions, vérifie qu'elles sont comprises
20 à 40 minSeul : chacun remplit son canevas, en commençant par les trois dimensions qui lui sautent aux yeuxTient le silence, refuse les questions de fond, rappelle à 15 minutes qu'on peut ne pas tout remplir
40 à 55 minFamille Sens : chacun lit ce qu'il a écrit sur Intention, Direction, Lien, une case après l'autreFait lire dans un ordre tiré au sort, manager en dernier ; note les écarts au mur, ne les explique pas
55 à 65 minFamille Structure : Cadre, Rôles, Ressources, même tourIdem ; reformule toute attaque personnelle en dimension
65 à 75 minFamille Dynamique : Rythme, Décisions, ApprentissageIdem ; nomme les cases restées vides chez tout le monde
75 à 85 minChacun répond à deux questions : la dimension où ça coince le plus, et ce que je peux arrêter de faire dans cette dimensionTient le tour, écrit au mur la dimension citée par chacun
85 à 90 minClôture : chacun remplit « Ce qui sort de cette page » et lit une ligne au choix ; le manager dit ce qu'il fait de tout ça, et pour quandAnnonce la suite, rappelle que le collectif décide, arrête à l'heure
La frise du déroulé de BlobbieInclusion (10 min), Cadre (10 min), Seul (20 min), Famille Sens (15 min), Famille Structure (10 min), Famille Dynamique (10 min), Chacun répond à deux questions (10 min), Clôture (5 min)Inclusion010 minCadre1010 minSeul2020 minFamille Sens4015 minFamille Str…5510 minFamille Dyn…6510 minChacun répo…7510 min855 min90 minPhases proportionnelles à leur durée. En jaune : la phase qui fait la différence.
Le déroulé sur une ligne de temps. PDF A4 · PNG

Ce que ça contient

  • Le canevas A4 des 9 dimensions
  • La grille de notation de 1 à 10
  • Les 9 questions, une par dimension

Supports à télécharger

Vous pouvez imprimer et utiliser ce support dans vos ateliers. Vous ne pouvez pas le vendre, le modifier ni retirer la mention Insuffle.

Ce que vous dites, mot pour mot, pendant Blobbie

Au cadre, avant de distribuer les feutres : « On remplit avec un mot, une phrase ou un exemple. Jamais une note. Blobbie ne se note pas, il se raconte. » Puis : « Vous n'êtes pas obligés de remplir les neuf cases. Commencez par les trois qui vous sautent aux yeux. Une case vide est une réponse : elle dit que personne ne sait. »

Avant la lecture par famille : « Chacun lit ce qu'il a écrit, dans l'ordre tiré au sort, le manager en dernier. Personne ne commente, personne ne corrige. On parle de dimensions, pas de personnes. »

À la fin : « Deux questions. La dimension où ça coince le plus. Et ce que je peux arrêter de faire dans cette dimension. » Puis, en montrant le bas du canevas : « Ce qui sort de cette page : ce que je peux dire à mon équipe, ce que je n'ose pas dire, ce que je demande au collectif. » Et si on vous demande ce qu'il faut faire : « Blobbie éclaire, il ne résout pas. »

Avant Blobbie : ce qu'on prépare

Le cadrage d'abord. Deux fois une heure avec le manager, au moins. La question à lui poser n'est pas « voulez-vous un diagnostic ? », c'est « qu'est-ce que vous ferez de ce qui va sortir ? ». S'il n'a pas de réponse, on ne fait pas Blobbie. Un miroir tendu à une équipe dont le manager ne peut rien changer produit plus de dégâts qu'une réunion ratée.

L'invitation. Elle nomme le collectif qu'on regarde (« cette équipe », « ce CODIR », « ce projet » : sinon l'un remplit pour son service, l'autre pour l'entreprise, et les canevas ne se comparent plus). Elle dit que chacun remplira le sien, que ce qui s'écrit reste dans la salle, et que le manager remplit le sien comme tout le monde. Sans cette dernière phrase, la moitié de la salle arrive avec une réponse préparée.

Le matériel. Un canevas A4 par personne, imprimé, pas projeté : on écrit dessus. Les neuf dimensions affichées au mur, avec leur question. Un mur libre pour noter les écarts. Si vous utilisez la grille de notation, elle se remplit après, jamais pendant : le chiffre tue le mot.

Le facilitateur. Extérieur à l'équipe, c'est la condition : un manager qui facilite le diagnostic de sa propre équipe ne peut pas tenir la règle « manager en dernier », et l'équipe le sait. Un collègue d'un autre service, un facilitateur interne, un externe : quelqu'un d'entraîné, qui n'a rien à perdre dans ce qui va sortir.

Après Blobbie : le lundi d'après

Le lundi d'après, le manager a devant lui huit canevas et un mur d'écarts. Pas de synthèse propre : ce qui vaut, c'est la matière brute, la dimension citée par cinq personnes sur huit comme « celle où ça coince le plus », et les cases restées vides partout.

Dans les 48 heures, une photo du mur part à tous les participants, telle quelle, avec une phrase du manager : « voilà ce que j'ai entendu, voilà la dimension sur laquelle je propose qu'on commence ». Une seule.

Dans la semaine, un temps de décision, court, sur cette dimension. Pas un nouveau diagnostic. Une décision : ce qu'on arrête de faire, qui le porte, pour quand. Blobbie a produit une liste de « ce que je peux arrêter de faire » : c'est le matériau le plus utile du canevas, et le plus souvent oublié.

À trois semaines, on vérifie que les deux choses arrêtées le sont vraiment. Puis un débrief à froid, à 15 ou 30 jours, avec le manager : qu'est-ce qui a bougé sur la dimension choisie. Si rien n'a bougé, on ne refait pas Blobbie ; on regarde pourquoi la décision n'a pas tenu, presque toujours une question de Décisions ou de Cadre.

Quand le miroir montre que l'équipe manque d'un cap plus que d'autre chose, on ne refait pas Blobbie : on passe à la Boussole 4C, la boussole stratégique d'équipe, en 30 minutes. Pour ouvrir la séance suivante, un temps d'inclusion avec l'arbre à personnages prépare le groupe à écrire vrai. Les situations qui appellent ce diagnostic : créer un collectif là où il n'existe pas, se dire les choses sans règlement de comptes et préparer un séminaire.

Les pièges de Blobbie, vus en vrai

La case vide qu'on remplit à la place des autres. Sur Apprentissage, personne n'a rien écrit. Le manager, gêné, se met à raconter ce qu'on a appris du dernier projet raté. En trente secondes, la case vide, qui disait « personne ne sait », devient une case pleine qui dit « le chef sait ». Une case vide est une réponse. Le facilitateur la note comme telle et passe à la suivante.

La moyenne qui rassure. La grille de notation est remplie, on calcule une moyenne par dimension, et Direction sort à un niveau correct. Regardez les notes une par une : si elles vont du bas au haut de l'échelle, une partie de l'équipe ne sait pas où on va et une autre trouve ça limpide. C'est l'écart qui est le sujet, et la moyenne vient de l'effacer.

Le miroir sans suite. C'est le plus fréquent. Blobbie a été fait, tout le monde a trouvé ça juste, et rien n'a été décidé. Trois mois après, l'équipe dit « on a déjà fait ce truc, ça n'a servi à rien ». L'outil éclaire, il ne résout pas : c'est au collectif de décider quoi faire de ce qu'il voit. Si le temps de décision n'est pas calé avant la séance, ne faites pas la séance.

La dixième dimension. Quelqu'un propose d'ajouter « communication », parce que « c'est notre vrai problème ». Refusez. La communication qui manque, c'est un Cadre qui ne le prévoit pas, des Rôles flous ou des Décisions opaques. Le mot-valise sert précisément à ne pas choisir laquelle. Neuf dimensions, pas une de plus.

Adapter Blobbie : distanciel, petit groupe, grand groupe

En distanciel

Ça marche, à une condition : garder le temps seul hors écran. Chacun imprime le canevas ou le remplit sur le PDF, caméra coupée, vingt minutes. On revient, on lit famille par famille comme en salle, et le facilitateur note les écarts dans un document visible de tous. Ce qui ne marche pas, c'est le tableau blanc partagé où tout le monde écrit en même temps : le premier post-it aimante les autres, et vous perdez les écarts.

Avec un petit groupe

À quatre ou cinq, le déroulé ne change pas et la lecture est plus courte : on peut lire les neuf cases de chacun. Le risque, c'est que le manager pèse la moitié du groupe : manager en dernier, sans exception. Pour une petite équipe qui a déjà fait le canevas complet, une version courte de suivi tient en 30 minutes : on ne reprend que la dimension choisie au dernier diagnostic et les deux dimensions cœur, Intention et Lien, chacun seul puis à voix haute, puis les deux questions de fin. Ce n'est pas un raccourci pour la première fois.

Avec un grand groupe

Au-delà de 15, on ne fait pas un Blobbie, on en fait plusieurs. Des sous-groupes de 5 à 7, par équipe réelle, même déroulé, puis une plénière courte où chaque sous-groupe dit sa dimension qui coince et ce qu'il arrête de faire. Jamais un canevas rempli « pour le service » par trente personnes en même temps : à trente sur une feuille, il n'y a plus d'écart, il y a une moyenne.

Pour aller plus loin que Blobbie

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Méthode · Débutant

Temps d'inclusion

Le temps d'inclusion ouvre un atelier ou une réunion : chacun dit où il en est face au sujet du jour, sans commentaire. 15 à 30 min, à la place de l'icebreaker.

Durée
10 min à 30 min
Participants
4 à 60

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