Méthode · Pip Wilson (Blob Tree) ; version deux falaises : Yoan Lureault, Insuffle

Arbre à personnages, version Insuffle : les deux falaises

Arbre à personnages, version Insuffle : 22 personnages sur deux falaises, chacun choisit le sien face au sujet du jour et dit pourquoi. 15 à 30 minutes.

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L'arbre à personnages est une planche dessinée sur laquelle chaque participant choisit, parmi 22 petits personnages, celui qui dit où il en est aujourd'hui face au sujet de l'atelier, puis l'explique en une ou deux phrases sans être commenté. La version Insuffle remplace l'arbre d'origine par un paysage, deux falaises séparées par de l'eau, pour faire apparaître non pas un état mais un trajet. Ça se joue en 15 à 30 minutes, avec 4 à 30 personnes, en ouverture d'un séminaire, d'un CODIR ou d'une réunion d'équipe où l'on veut savoir d'où part chacun avant de travailler.

À quoi sert vraiment l'arbre aux personnages

« Comment ça va ? » appelle « ça va ». Pour obtenir autre chose, il faut un détour : une image qu'on choisit vite, presque sans réfléchir, dit plus vrai qu'une phrase calibrée pour les collègues.

L'original, c'est le Blob Tree de Pip Wilson : un grand arbre couvert de personnages sans visage, on choisit celui qui nous ressemble à l'instant T. Il capte un état. Sa limite : c'est une photo. Quand on accompagne une réorganisation ou une fusion, l'état compte moins que la position dans le mouvement. Est-ce que j'ai sauté, est-ce que je regarde encore depuis le bord, est-ce que je reviens en arrière ?

C'est pour ça que la version Insuffle est un paysage. Falaise de gauche : la situation actuelle, ce qu'on connaît, ce qui rassure. L'eau : la traversée, le changement et son inconfort. Falaise de droite : la cible, le cap. L'arbre raconte un état. Les deux falaises racontent un chemin, et quand on travaille sur un changement, c'est le chemin qui intéresse.

Le second usage est collectif. Une fois que chacun a donné son numéro, le groupe voit sa propre carte. Tout le monde sur la falaise de départ : le projet n'a embarqué personne. La moitié dans l'eau : la traversée est en cours. Trois personnes qui se noient : il y a un sujet à traiter avant de parler planning. Cette lecture prend deux minutes.

Une cliente qui réunissait deux équipes venant de fusionner nous a demandé une seule chose pour l'ouverture : « que chacun puisse avoir droit à la parole ». Un numéro par personne, et tout le monde a parlé une fois, sur le sujet, sans être repris. Le reste de la journée part de là.

Quand ne pas utiliser l'arbre aux personnages

  • Ce qui se dit peut finir dans un dossier. Si un participant soupçonne que son numéro sera reporté dans un compte rendu, un entretien annuel ou une note RH, vous n'aurez plus jamais une réponse sincère. Ni cette fois, ni les suivantes.
  • Vous n'avez pas un quart d'heure. Une planche expédiée en cinq minutes envoie le message inverse : votre état ne nous intéresse pas vraiment. Faites une inclusion verbale courte, ou ne faites rien.
  • Le sujet du jour n'est pas nommé. La question qui marche est « face à ce projet, quel personnage êtes-vous aujourd'hui ? ». Sans le « face à », vous obtenez une humeur, pas une position, et la lecture collective ne dit rien.
  • Le manager veut savoir qui résiste. Si la demande est de repérer les récalcitrants pour les traiter ensuite, ce n'est plus un outil d'inclusion, c'est un outil de tri. Refusez, ou vous l'aurez brûlé pour tout le monde.
  • Le groupe est déjà à vif. Quand une équipe sort d'un conflit ouvert, la planche fait remonter des choses lourdes en deux minutes, et l'atelier n'est pas le lieu pour les traiter.

Les questions qu'on nous pose sur l'arbre aux personnages

Comment animer un arbre à personnages en atelier ?

Avec une planche par personne, une question précise et cinq temps. Un : on distribue le visuel, ou on le projette en grand. Deux : on pose la question, « face à ce sujet, quel personnage êtes-vous aujourd'hui ? », en insistant sur le « face à » et le « aujourd'hui ». Trois : deux minutes de silence, chacun choisit son numéro seul, pour éviter le mimétisme qui pousse à prendre le même que le chef. Quatre : le partage, chacun donne son numéro et dit pourquoi en une ou deux phrases, personne ne commente. Cinq : la lecture collective, le facilitateur nomme ce qu'il voit et demande au groupe ce que ça lui dit. C'est souvent là que l'atelier démarre.

L'arbre aux personnages en atelier, avec un CODIR, ça marche ?

Oui, et c'est l'un des publics où il marche le mieux. Dans un comité de direction, la parole est calibrée : chacun surveille ce qu'il dit parce que chaque mot est interprété. Le détour par le dessin desserre ça. Un directeur qui ne dirait jamais « je suis dépassé » peut choisir l'essoufflé assis sur la falaise d'arrivée, et en sourire. Une précaution qui n'est pas négociable : l'ordre de parole. Si le dirigeant parle en premier, son personnage devient la norme. Faites-le parler en dernier, ou tirez l'ordre au sort.

Arbre à personnages en PDF : que contient la planche à télécharger ?

Une page A4, dessin au trait, les deux falaises, l'eau entre les deux, 22 personnages numérotés. C'est le dessin original, celui qu'on imprime pour les ateliers. La notice d'animation tient en cinq temps et quatre règles, et elle est reprise sur cette page. La planche est libre d'utilisation, à condition de citer la source, Insuffle. L'article de référence sur insuffle.com raconte pourquoi on a redessiné l'outil ; ici, on détaille comment on l'anime.

« Où vous situez-vous dans l'équipe ? » : pourquoi cette question ne marche pas ?

Parce qu'elle demande une place, pas une position face à un sujet. « Dans l'équipe », chacun répond avec son organigramme : je suis le nouveau, je suis l'ancienne, je suis le chef. Le dessin ne sert plus à rien. La question utile situe la personne par rapport à un mouvement : « face à cette réorganisation », « face au projet de déménagement », « face à la fusion ». C'est cette mise en relation qui produit la matière exploitable pour la suite. Et le « aujourd'hui » évite qu'on réponde avec un trait de caractère.

Météo d'équipe ou deux falaises : quelle différence ?

La météo (« grand soleil, nuageux, orageux ») est plus rapide et plus pauvre. Elle capte une humeur du moment, pas une position par rapport à un sujet. Elle convient à un point hebdomadaire de dix minutes. Les deux falaises conviennent à un atelier qui engage quelque chose : un lancement, un cap à prendre, une situation à dénouer. La météo tous les lundis, la planche quand le sujet le mérite.

Le déroulé de l'arbre aux personnages, minute par minute

Ce déroulé est calé sur 12 personnes, leur manager compris, en présentiel, 25 minutes, avec un partage en trios avant la plénière.

TempsCe qui se passeCe que fait le facilitateur
0 à 2 minChacun reçoit la planche A4 ; la question est écrite au murDistribue, écrit la question en grand, ne l'explique pas encore
2 à 4 minLa question est posée : « Face à ce projet, quel personnage êtes-vous aujourd'hui ? »La lit deux fois, précise qu'il n'y a aucune bonne réponse et que personne ne commentera
4 à 6 minDeux minutes de silence : chacun choisit son numéro, seulTient le silence, refuse les « on peut en prendre deux ? » : un seul numéro
6 à 14 minPartage en trios : chacun donne son numéro et dit pourquoi, une ou deux phrases ; les deux autres écoutentPasse entre les trios, coupe court aux « moi aussi », rappelle qu'on n'interprète pas
14 à 21 minPlénière : chaque trio dit, sans nommer personne, ce qu'il a entendu ; puis chacun dit son numéro à voix haute, le manager en dernierNote les numéros au mur, sur un dessin de la planche ou en liste par zone
21 à 25 minLecture collective : « il y a du monde dans l'eau, deux personnes encore au bord, un qui nage en sens inverse ; qu'est-ce que ça nous dit ? »Nomme ce qu'il voit en tendances, ne cite aucun nom, laisse le groupe répondre, arrête à l'heure
La frise du déroulé de l'arbre aux personnagesChacun reçoit la planche A4 ; la question (2 min), La question est posée (2 min), Deux minutes de silence (2 min), Partage en trios (8 min), Plénière (7 min), Lecture collective (4 min)02 min22 min42 minPartage en trios68 minPlénière147 minLecture collecti…214 min25 minPhases proportionnelles à leur durée. En jaune : la phase qui fait la différence.
Le déroulé sur une ligne de temps. PDF A4 · PNG

Ce que ça contient

  • La planche A4 des 22 personnages
  • La notice d'animation en 5 temps
  • Les 4 règles

Supports à télécharger

Vous pouvez imprimer et utiliser ce support dans vos ateliers. Vous ne pouvez pas le vendre, le modifier ni retirer la mention Insuffle.

Ce que vous dites, mot pour mot, pendant l'arbre aux personnages

En distribuant la planche : « Vous avez devant vous vingt-deux personnages, deux falaises et de l'eau entre les deux. Il n'y a aucune bonne réponse. Le plongeur ne vaut pas mieux que l'observateur. »

La question, lue deux fois : « Face à ce projet, quel personnage êtes-vous aujourd'hui ? Un seul numéro. Deux minutes, chacun pour soi, sans en parler. »

Avant le partage : « Chacun donne son numéro et dit pourquoi, en une ou deux phrases. Personne ne commente, personne ne rebondit, personne ne corrige. On écoute. »

À la lecture collective : « Il y a du monde dans l'eau, deux personnes encore au bord, quelqu'un qui nage en sens inverse. Qu'est-ce que ça nous dit ? »

Avant l'arbre aux personnages : ce qu'on prépare

La question d'abord. Elle contient trois choses : « face à », un sujet nommé, « aujourd'hui ». Retirez le sujet, vous avez une météo. Retirez « aujourd'hui », vous avez un test de personnalité. Elle est écrite au mur avant que les gens entrent, et l'invitation a déjà dit le sujet de la journée : le format peut surprendre, le sujet jamais.

Le matériel. Une planche A4 par personne, imprimée plutôt que projetée : chacun a le nez dessus, personne ne voit ce que le voisin regarde. Un paperboard avec trois zones (falaise de départ, eau, falaise d'arrivée) pour reporter les numéros. Rien d'autre.

Les 22 personnages, pour votre propre lecture. Pas de dictionnaire : le sens de chaque personnage appartient à celui qui le choisit. Mais connaître les familles aide à nommer ce qu'on voit. Sur la falaise de départ : l'observateur aux bras croisés, le prudent assis au bord, le recroquevillé, celui qui pousse son collègue vers le vide, celui qui tremble au bord de l'eau, celui qui recule en perte d'équilibre. Dans les airs et dans l'eau : le plongeur en plein vol, le nageur en crawl, celui qui fait la planche, les deux dans la bouée, celui qui appelle à l'aide, celui qui nage en sens inverse. Sur la falaise d'arrivée : le vainqueur aux bras levés, le vigile main en visière, l'essoufflé assis, et le duo de la corde, celui qui grimpe et celui qui tend la main.

Les quatre règles, à dire à voix haute avant de commencer, et à faire valider par le commanditaire avant la séance. Aucune bonne réponse : le plongeur ne vaut pas mieux que l'observateur. Personne n'interprète à la place de l'autre. Aucune trace dans un dossier, ce n'est pas un outil d'évaluation. On accueille ce qui vient, on ne creuse pas : c'est un atelier, pas une thérapie. Si le commanditaire hésite sur la troisième, ne sortez pas la planche.

Après l'arbre aux personnages : le lundi d'après

Le soir même, si la journée a vraiment fait travailler le sujet, la même planche ressort avec la question « et maintenant, face à ce sujet, quel personnage êtes-vous ? ». Mêmes règles, dirigeant en dernier. La carte du matin à côté de celle du soir, sans nom, par zone : le delta se voit d'un coup d'œil, et il vaut tous les questionnaires de satisfaction. Après une demi-journée de présentations, en revanche, personne n'a traversé quoi que ce soit, et la seconde planche le montrera.

Le lundi d'après, il ne reste rien d'écrit, et c'est voulu. Pas de photo du mur avec les numéros, pas de « qui a choisi quoi » dans le compte rendu. Ce qui peut être écrit, c'est la lecture collective en tendances : « au démarrage, la majorité de l'équipe se situait dans l'eau, quelques personnes au bord ». Sans nom.

Ce qui vaut, ce sont les motifs que la planche a fait remonter. Celui qui pousse l'autre vers le vide sort dans les équipes où le changement est imposé ; derrière le rire, il y a « on ne m'a pas demandé mon avis ». Le nageur en sens inverse dit que quelqu'un pense que le projet fait fausse route : une résistance nommée se travaille, une résistance muette non. Celui qui appelle à l'aide vaut une conversation en aparté dans les 48 heures. Et le dirigeant aux bras levés pendant que son équipe patauge : le dessin l'a dit.

Dans la semaine, tout ça est traité comme une information sur le projet, pas sur les personnes. Tout le monde sur la falaise de départ ? La question n'est pas « qui bloque ? », c'est « qu'est-ce qui, dans la façon dont le projet a été annoncé, n'a embarqué personne ? ». Au débrief à froid, à 15 ou 30 jours, une seule question : est-ce que la carte a bougé ?

La planche est d'abord un outil pour un temps d'inclusion : cette fiche-là décrit le tour de parole, celle-ci décrit l'outil. Pour des images plus ouvertes qu'un dessin unique, le photolangage fait le même détour avec 40 à 60 photos. Quand il s'agit de savoir où en est l'équipe, et plus seulement chacun, on passe à Blobbie, le diagnostic d'équipe en 9 dimensions. Les situations qui appellent la planche : faire parler tout le monde, se dire les choses sans règlement de comptes et créer un collectif là où il n'existe pas.

Les pièges de l'arbre aux personnages, vus en vrai

Le chef qui parle en premier. Il choisit le plongeur et le dit avec enthousiasme. Derrière lui, six personnes changent discrètement de numéro. Vous n'aurez que des nageurs dynamiques et vous n'apprendrez rien. Ordre tiré au sort, ou dirigeant en dernier, à chaque fois, même quand il insiste pour « donner l'exemple ».

« Tu as choisi le 18, donc tu vas mal. » C'est le facilitateur, ou un collègue, qui interprète le choix d'un autre. Le même numéro porte des sens opposés selon qui le prend : celui qui fait la planche, c'est « je me laisse porter » pour l'un et « je récupère avant de repartir » pour l'autre. La seule personne qui sait ce que veut dire un personnage, c'est celle qui l'a choisi.

Le rire sur celui qui pousse. Quelqu'un choisit le personnage qui pousse son collègue vers le vide, tout le monde rit, on passe au suivant. Ce rire vient de dire quelque chose sur la façon dont le changement a été imposé. Le facilitateur ne relance pas la personne, mais il le garde pour la lecture collective : « il y a quelqu'un qui pousse, sur la falaise de départ ; qu'est-ce que ça nous dit ? ».

La bonne réponse implicite. Le facilitateur dit « super ! » à un plongeur et « d'accord » à un observateur. En deux tours de parole, tout le monde a compris ce qu'il fallait choisir. La fois suivante, vous récolterez du théâtre. Même ton pour chaque numéro, et un « merci » qui ne varie pas.

Adapter l'arbre aux personnages : distanciel, petit groupe, grand groupe

En distanciel

Mieux qu'on ne le croit. On partage la planche à l'écran ou on envoie le PDF la veille. Chacun écrit son numéro dans le chat au même moment, sur un signal du facilitateur, ce qui évite le mimétisme encore plus sûrement qu'en salle. Puis le partage oral et la lecture collective se font normalement. L'exercice perd un peu de chaleur, mais il est souvent plus utile à distance, parce que les signaux faibles passent mal à travers un écran.

Avec un petit groupe

De 4 à 8 personnes, pas de trios : la plénière directe, et quinze minutes suffisent. Deux minutes de choix en silence, une minute par personne pour le partage, cinq minutes de lecture collective. Le risque du petit groupe, c'est le poids du manager : à quatre, son personnage pèse un quart de la carte. Manager en dernier, comme avec un CODIR.

Avec un grand groupe

De 15 à 30 personnes, le partage se fait en trios avant la plénière, et il faut 25 à 30 minutes. En plénière, on ne refait pas un tour complet : chaque trio dit ce qu'il a entendu, sans nommer personne, et le facilitateur reporte les numéros par zone au paperboard. Ne compressez pas : une planche expédiée à trente en dix minutes est un tour de table déguisé. Au-delà de 30, faites l'exercice par équipe, dans des salles séparées, avant de réunir tout le monde.

Pour aller plus loin que l'arbre aux personnages

Méthodes liées

Méthodes liées

Méthode · Débutant

Temps d'inclusion

Le temps d'inclusion ouvre un atelier ou une réunion : chacun dit où il en est face au sujet du jour, sans commentaire. 15 à 30 min, à la place de l'icebreaker.

Durée
10 min à 30 min
Participants
4 à 60

Méthode · Débutant

Photolangage

Le photolangage fait choisir à chacun une image pour dire où il en est face à une question, puis l'expliquer sans être commenté. Pour ceux qui se taisent.

Durée
20 min à 1 h
Participants
5 à 40

Méthode · Intermédiaire

Blobbie, le diagnostic d'équipe en 9 dimensions

Blobbie est un diagnostic d'équipe en 9 dimensions, rempli avec des mots plutôt que des notes, en 90 minutes, de 4 à 15 personnes. Il éclaire, il ne résout pas.

Durée
1 h à 2 h
Participants
4 à 15

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