Méthode · D'après les six chapeaux d'Edward de Bono, 1985
Les six casquettes, la version terrain des chapeaux de Bono
Les six casquettes, version terrain des chapeaux de Bono : tout le groupe porte la même casquette, dans un ordre fixé, pour décider en 45 minutes à 4 à 15.
Les six casquettes sont la version terrain des six chapeaux d'Edward de Bono : un poster d'animation en une page, six cartes de couleur et un déroulé de 45 minutes où tout le groupe porte la même casquette au même moment. Elles servent à instruire une question et à décider la suite, avec 4 à 15 personnes, en salle ou en visio. C'est ce qu'on sort quand un manager dit « on en a parlé trois fois et on n'a toujours rien décidé ».
À quoi sert vraiment les six casquettes
Regardez une réunion où il faut trancher. Quelqu'un présente, quelqu'un d'autre attaque, le premier défend, un troisième dit qu'il ne le sent pas. Au bout de vingt minutes, chacun a creusé sa tranchée. Le poster le dit en une ligne : « On arrête le tour de table où l'un défend pendant que l'autre flingue. »
Ce format découpe la réflexion en six angles et impose que tout le monde regarde le même angle en même temps. Pendant trois minutes, personne n'argumente : on dit ce que ça nous fait. Pendant six, personne n'a d'avis : on liste ce qu'on sait. Le désaccord ne disparaît pas, il change de forme : une liste de risques, une liste de bénéfices, une décision en fin de séance.
Pourquoi des casquettes ? Le poster répond : « Le chapeau, c'est l'intellectuel en costume. La casquette, c'est le terrain : on se la visse pour bosser, on l'enlève pour en mettre une autre. » Quand on dit « chapeau » à une équipe, on entend un livre de 1985 qu'il faudrait avoir lu. Quand on dit « casquette », on entend un truc qu'on met et qu'on enlève. Le vocabulaire suit, et un manager le retient après une séance.
Trois choses changent par rapport à la méthode telle qu'on la voit pratiquée. La règle d'or est imprimée en gros, pas rangée dans un chapitre : une casquette à la fois, tout le monde la porte en même temps. L'ordre est fixé d'avance pour instruire et décider en 45 minutes, là où la méthode d'origine laisse la séquence ouverte. Et chaque carte porte un « on évite », parce que c'est ce qui déraille. Les six cartes du poster :
- Bleu, la Tour de contrôle, pilotage. On cadre, on décide qui parle de quoi, on note la suite. La casquette du facilitateur : on ouvre et on ferme avec. On évite : rester dans le flou.
- Blanc, le Réel sans filtre, faits. Qu'est-ce qu'on sait vraiment ? Faits, chiffres, sources. Et qu'est-ce qu'on suppose en croyant que c'est un fait ? On évite : faire passer un avis pour un fait.
- Rouge, les Tripes, émotions. Ce que ça me fait, là, maintenant. 30 secondes chacun. La seule casquette où « je le sens pas » suffit. On évite : se justifier, argumenter.
- Jaune, le Carburant, bénéfices. Pourquoi ça vaut le coup ? Qu'est-ce que ça débloque si ça marche ? On cherche l'énergie, le désir. On évite : la complaisance molle.
- Noir, l'Avocat du pire, risques. Où est-ce que ça casse ? Ce qu'on n'ose pas dire tout haut. On évite : viser les personnes, pas les idées.
- Vert, le Hors-piste, créativité. Et si on n'avait aucune contrainte ? Idées neuves, rebonds, « oui et ». On ouvre grand. On évite : dire « oui mais », c'est le Noir.
Ce qui ne change pas : le fond. La pensée parallèle, les six registres, le bleu pour le pilotage, tout vient d'Edward de Bono, et la fiche sur les six chapeaux de Bono explique la méthode d'origine, ses séquences et ses usages longs. Ici, on ne parle que de ce que le poster fait de plus court. Le crédit va à de Bono ; la casquette est la version Insuffle.
Deux usages reviennent. Un comité de direction qui instruit un point et doit en sortir avec une suite claire, ce que demande un CODIR qui ne décide rien. Et une équipe qui n'ose plus dire les risques parce que celui qui les dit passe pour le rabat-joie : six minutes de Noir portées par tout le monde, et ça sort sans que personne ne soit visé. Une porte d'entrée simple pour se dire les choses sans règlement de comptes.
Quand ne pas utiliser les six casquettes
- La question n'est pas encore posée en une phrase. Les casquettes instruisent une question, elles ne la trouvent pas. Avec un thème (« notre organisation ») au lieu d'une question (« on ferme le site de nuit ou pas ? »), le Blanc listera des faits sur tout et la Bleu finale ne décidera rien.
- La décision est déjà prise. Faire porter six casquettes sur un choix que le dirigeant a fait la veille, c'est griller le format et le dirigeant en 45 minutes. Les gens s'en rendent compte au Noir, quand leurs risques ne changent rien.
- Le vrai sujet est une tension entre deux personnes. Le poster structure une réflexion, il ne répare pas une relation. Deux directeurs qui ne se parlent plus porteront les mêmes casquettes et continueront à ne pas se parler, avec l'impression qu'on a « fait quelque chose ».
- Vous voulez explorer un sujet sans rien décider. Le déroulé finit par « on décide la suite ». Si l'intention est d'ouvrir un sujet neuf sans conclure, prenez la version longue des chapeaux, ou le débat mouvant qui fait bouger les gens sur des affirmations clivantes.
- Vous êtes plus de 15 sans sous-groupes. À 20 en plénière, trois minutes de Rouge donnent neuf secondes à chacun. Coupez en tables de 5 à 7, ou choisissez un autre format.
Les questions qu'on nous pose sur les six casquettes
Comment animer les six casquettes en 45 minutes ?
Avec le poster au mur, la question écrite en grand, et six temps tenus au chronomètre dans l'ordre du poster : Bleu, on pose la question, 3 minutes. Blanc, les faits, 6 minutes. Rouge, les tripes, 3 minutes. Jaune puis Noir, 12 minutes. Vert, on rebondit, 12 minutes. Bleu, on décide la suite, 5 minutes. Ça fait 41 minutes, et 4 pour changer de couleur et respirer. Le facilitateur garde la Bleu du début à la fin, annonce chaque changement en montrant la carte, et coupe tout ce qui n'est pas de la couleur en cours. La seule chose à préparer sérieusement, c'est la question.
Les 6 casquettes Insuffle, qu'est-ce qui change par rapport aux chapeaux ?
Trois choses, et pas le fond. La règle d'or, écrite en gros sur le poster : « Une casquette à la fois. Tout le monde la porte en même temps. On arrête le tour de table où l'un défend pendant que l'autre flingue. Des décisions, pas des débats sans fin. » L'ordre, fixé pour 45 minutes, avec le Jaune avant le Noir : le groupe qui a dit pourquoi ça vaut le coup aborde les risques comme des obstacles à lever, pas comme des raisons de ne rien faire. Le vocabulaire, avec un « on évite » sur chaque carte. Le poster résume : « On ne change pas d'avis, on change de casquette. Personne n'est "le négatif" ou "le rêveur" : tout le groupe pense pareil, en même temps. C'est ça qui débloque. »
La méthode des chapeaux en atelier marche déjà, pourquoi changer de mot ?
Parce que le mot décide de qui ose s'en servir. Un manager qui a vu la méthode des chapeaux en atelier avec un facilitateur la refait rarement seul : il croit qu'il faut connaître le livre. Le poster tient en une page, avec l'ordre, les durées et les interdits ; il le scotche dans la salle de réunion et l'anime le mardi suivant. Le seul objectif de la version casquettes : que ça se refasse sans nous.
Les six chapeaux de la réflexion et les six casquettes suivent-ils le même ordre ?
Non. Les six chapeaux de la réflexion n'ont pas d'ordre imposé : le facilitateur compose la séquence selon l'intention, et c'est ce qui fait leur richesse sur un temps long. Les casquettes en fixent un, pour un seul usage : instruire un point et décider en 45 minutes. Pour une autre intention, vider un blocage émotionnel avant tout par exemple, c'est la version longue, et la fiche des chapeaux.
Les casquettes de Bono, ça existe ?
Non, et il faut le dire clairement. Edward de Bono a écrit les six chapeaux de la réflexion en 1985. Les casquettes sont l'adaptation Insuffle : même pensée parallèle, mêmes couleurs, mais un poster, un ordre et des noms de terrain. Sur le poster, la source est écrite en bas : « inspiré des 6 chapeaux d'E. de Bono ». Si quelqu'un vous vend « les casquettes de Bono », c'est un raccourci.
Le déroulé des six casquettes, minute par minute
Ce déroulé est calé sur une équipe de 8, une question, un facilitateur qui garde la Bleu, le poster affiché, 45 minutes. Les durées sont celles du poster ; adaptez-les à la marge, jamais l'ordre ni la règle d'or.
| Temps | Ce qui se passe | Ce que fait le facilitateur |
|---|---|---|
| 0 à 3 min | Bleu, la Tour de contrôle : la question du jour en une phrase, la règle d'or, l'ordre des casquettes et les durées | Lit la question deux fois, montre le poster, dit qu'il ne donnera pas son avis sur le fond |
| 3 à 9 min | Blanc, le Réel sans filtre : ce qu'on sait vraiment, faits, chiffres, sources, et ce qu'on suppose en croyant que c'est un fait | Note au mur, renvoie chaque avis déguisé, liste ce qui manque |
| 9 à 12 min | Rouge, les Tripes : ce que ça me fait, là, maintenant, 30 secondes chacun, sans justifier | Tient le tour serré, coupe au premier « parce que », ne commente pas |
| 12 à 18 min | Jaune, le Carburant : pourquoi ça vaut le coup, ce que ça débloque si ça marche | Fait chercher ceux qui se taisent, renvoie les « oui mais » au Noir |
| 18 à 24 min | Noir, l'Avocat du pire : où est-ce que ça casse, ce qu'on n'ose pas dire tout haut | Arrête à six minutes même si des mains sont levées, recadre dès qu'une personne est visée |
| 24 à 36 min | Vert, le Hors-piste : et si on n'avait aucune contrainte, idées neuves, rebonds en « oui et » | Relance avec « et si », note tout sans trier, refuse le « oui mais » |
| 36 à 41 min | Bleu, on décide la suite : ce qu'on retient, qui décide, quand, ce qui part à qui | Relit les cinq murs à voix haute, fait dire au décideur ce qu'il tranche et à quelle date |
| 41 à 45 min | Marge : changements de casquette, relecture des notes, clôture à l'heure | Arrête à 45, même si le Vert était bon |
Ce que ça contient
- Le poster d'animation
- Le déroulé type en 45 minutes
- Les 6 cartes casquettes
Supports à télécharger
Vous pouvez imprimer et utiliser ce support dans vos ateliers. Vous ne pouvez pas le vendre, le modifier ni retirer la mention Insuffle.
Ce que vous dites, mot pour mot, pendant les six casquettes
À l'ouverture, en montrant le poster : « Six casquettes, l'une après l'autre, tous en même temps. Quand elle est rouge, personne n'argumente. Quand elle est noire, tout le monde cherche ce qui casse, y compris ceux qui sont pour. Je garde la bleue et je ne donne pas mon avis sur le fond. »
Au Blanc : « Qu'est-ce qu'on sait vraiment ? Un fait, ça se source. Une impression, on la garde pour dans trois minutes. »
Au Rouge : « Trente secondes chacun. Ce que ça vous fait, là, maintenant. Pas de "parce que". Personne ne répond. »
Au Jaune : « Pourquoi ça vaut le coup ? Qu'est-ce que ça débloque si ça marche ? On cherche le carburant, pas la politesse. »
Au Noir : « Où est-ce que ça casse ? Ce qu'on n'ose pas dire tout haut, c'est maintenant. On vise les idées, jamais les personnes. »
Au Vert : « Et si on n'avait aucune contrainte ? On dit "oui et". Le "oui mais", c'était la casquette d'avant. »
À la Bleu finale : « Qu'est-ce qu'on retient ? Qui décide, et pour quand ? »
Avant les six casquettes : ce qu'on prépare
La question d'abord. Une seule, écrite, qui appelle une suite : « on lance la nouvelle offre en janvier ou on attend septembre ? » plutôt que « quelle stratégie pour la nouvelle offre ? ». Il n'en faut pas plusieurs. Il en faut une, et c'est la plus dure à trouver.
Le cadrage : une heure suffit, deux si la question résiste. C'est là qu'on découvre que « je veux qu'ils adhèrent » cache une décision prise, ou que le sujet est une tension entre deux personnes. Dans les deux cas, on ne fait pas les casquettes.
L'invitation, en trois lignes : la question, le principe (six angles, tout le monde en même temps, 45 minutes), ce qu'on fera de la suite. Pas de surprise sur la question.
Le matériel. Le poster en A3 ou projeté, les six cartes assez grandes pour être vues de tous (montrer la carte à chaque changement est plus fort qu'une annonce), un mur, cinq feuilles, des post-it, un chronomètre visible.
Le facilitateur. Celui qui garde la Bleu ne participe pas au fond. Si c'est le manager, ses Noir pèseront plus lourd que ceux des autres, et son Vert sera pris pour une consigne. Confiez la Bleu à quelqu'un qui n'a rien à gagner dans la décision, puis faites tourner le rôle.
Après les six casquettes : le lundi d'après
Les casquettes produisent cinq murs et une suite décidée en cinq minutes. Le lundi d'après, c'est la suite qui compte, pas les murs.
Dans les 48 heures, la photo des cinq murs part à tous, avec la conclusion de la Bleu finale telle qu'elle a été dite, sans réécriture. Le Rouge inclus, même s'il pique.
Dans la semaine, la décision. Si la Bleu finale a désigné un décideur et une date, il tranche et l'écrit. Si elle a débouché sur une proposition qui mérite un tour d'objections, passez par la décision par consentement, à partir du Vert. Une demi-décision égale un bordel au carré, et les casquettes ne laissent plus d'excuse : tout a été dit.
À trois semaines, dix minutes en début de réunion : où en est la décision. Puis un débrief à froid à 15 ou 30 jours avec le commanditaire, avec un seul indicateur : l'équipe a-t-elle ressorti le poster toute seule ?
Les pièges des six casquettes, vus en vrai
Le Noir qui mange le Jaune. Six et six, dit le poster. En pratique, le Jaune s'essouffle à quatre et le groupe glisse vers les risques sans l'annoncer. Le facilitateur tient la carte jaune levée jusqu'à la sixième minute et fait chercher. « On évite : la complaisance molle », dit la carte ; ce n'est pas une invitation à écourter.
Le Rouge argumenté. « Je ne le sens pas, parce que la dernière fois… » et voilà le Rouge devenu Noir, le voisin qui répond. La carte est claire : « La seule casquette où "je le sens pas" suffit. On évite : se justifier, argumenter. » Le facilitateur coupe au premier « parce que », en souriant.
La casquette collée sur une personne. « Toi, tu es notre Avocat du pire. » Tentant, et c'est exactement ce que le poster interdit : « Personne n'est "le négatif" ou "le rêveur". » Le jour où une personne devient le Noir officiel, le format aggrave ce qu'il devait soigner.
Le Vert bâclé. Douze minutes de Hors-piste, c'est le temps le plus long, et celui qu'on rogne quand on est en retard. Résultat : la Bleu finale choisit entre les deux options qu'on avait en entrant. Rognez le Blanc, pas le Vert.
La Bleu finale qui ne décide rien. « Bon, c'était riche, on en reparle. » Cinq minutes pour dire ce qu'on retient, qui tranche, à quelle date. Si la réponse est « on verra », la séance a été une conversation, pas un atelier.
Adapter les six casquettes : distanciel, petit groupe, grand groupe
En distanciel
Ça marche, à une condition : écrire avant de parler. En visio, la parole libre donne les trois habituels qui parlent. On projette le poster, un tableau partagé avec une colonne par casquette, et chaque temps commence par deux minutes d'écriture silencieuse, puis lecture. L'hybride, la moitié dans la salle et l'autre à distance, reste le pire des deux mondes.
Avec un petit groupe
À 4 ou 5, le Rouge tient en deux minutes et le Blanc en quatre : on rend ce temps au Vert. Le risque, c'est la Bleu tenue par le manager faute de volontaire : on la fait tourner d'une séance à l'autre, et celui qui la porte s'abstient sur le fond.
Avec un grand groupe
De 15 à 30, on garde la question unique et l'ordre du poster, on installe des tables de 5 à 7 avec un poster et un jeu de cartes chacune, et le facilitateur tient la Bleu depuis la plénière : il annonce chaque changement pour toute la salle, au chronomètre. À la Bleu finale, chaque table donne en une phrase ce qu'elle retient, et la décision se prend en plénière, ou est renvoyée à qui de droit avec une date. Comptez 60 minutes, à cause de la récolte. Ce ne sont pas des tables thématiques : toutes portent la même casquette au même moment.
Pour aller plus loin que les six casquettes
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Six chapeaux de Bono
Les six chapeaux de Bono font réfléchir un groupe de 5 à 20 sous un seul angle : faits, émotions, risques, bénéfices, options, pour dépolariser un débat.
Méthode · Débutant
Débat mouvant
Le débat mouvant fait lever un groupe sur une affirmation clivante : d'accord d'un côté, pas d'accord de l'autre, on argumente, on bouge. Rien n'est décidé.
Méthode · Intermédiaire
Décision par consentement
La décision par consentement adopte une proposition dès que personne n'a d'objection argumentée, en 20 à 90 minutes. Le format d'un CODIR qui doit trancher.
Situations où ça sert
- Se dire les choses en équipe sans que ça finisse en règlement de comptes
- Un CODIR qui ne décide pas : comment en sortir
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