Méthode

Fishbowl

Le fishbowl fait discuter un petit cercle au centre de la salle, avec une chaise vide où chacun peut venir s'asseoir : 45 à 90 minutes pour un sujet qui divise.

16 min de lecture Télécharger la fiche PDF

Le fishbowl, ou bocal à poissons, est une méthode d'animation où un petit cercle de quatre à six chaises discute au centre de la salle, avec une chaise vide, pendant que le reste du groupe écoute autour et peut venir s'asseoir à tout moment. Il sert à tenir une vraie conversation sur un sujet qui divise, devant 20 à 100 personnes, en 45 à 90 minutes. C'est le format qu'on propose à un dirigeant qui dit « il faut qu'on puisse se dire les choses » et dont la salle est trop grande pour ça.

Disposition de la salle pour le fishbowlUn cercle intérieur de six chaises serrées, dont une vide en jaune, entouré d'une couronne de vingt chaises tournées vers le centre, sans table ; un paperboard avec la question dans un coin ; le facilitateur et deux preneurs de notes assis dans le cercle extérieur.paperboard : la questioncentrefacilitateur, assis dehorsla chaise vide, toujoursdeux preneurs de notesune chaisel'élément cléchaise jaune : la chaise vide, on vient s'y asseoircercle extérieur : on écoute, sans parler
La salle vue de dessus. PDF A4 · PNG

À quoi sert vraiment le fishbowl

Il crée une conversation intime à l'échelle d'un grand groupe. C'est un paradoxe, et c'est sa force. Devant quarante personnes, personne ne dit ce qu'il pense. Devant quatre, si. Le bocal met quatre personnes face à face au milieu de la salle, et les quarante autres entendent tout.

Le réflexe classique pour un sujet qui divise, c'est le micro qui circule. Trois personnes le prennent, trente-sept écoutent poliment en regardant leur téléphone. Ou bien le débat de tribune, deux camps, un modérateur qui compte les points. Ni l'un ni l'autre ne produit une conversation. Le fishbowl, si : les gens au centre se parlent, se coupent, se reprennent, changent d'avis. Et quand quelqu'un dans le cercle extérieur n'est pas d'accord, il ne lève pas la main : il se lève, traverse la salle, s'assied sur la chaise vide et le dit. Le désaccord se vit physiquement. C'est plus courageux qu'une remarque depuis le fond, et plus utile.

Un dirigeant nous l'a demandé avec ses mots : « J'aimerais qu'on mette les pieds dans le plat, qu'on passe par une heure ou deux très difficile, pour après construire. Je ne sais pas si c'est possible. » C'est possible, et c'est exactement ce que fait ce format, à une condition que je détaille plus bas : le cadre se pose avant, pas pendant.

Trois cas que je rencontre souvent : une direction qui veut réfléchir à voix haute devant ses managers, sans slides ; un retour d'expérience après un projet ou une crise, avec les acteurs au centre ; un sujet chaud, réorganisation ou tension entre deux services, où il faut que ça se dise sans que ça dégénère.

Un fishbowl révèle aussi beaucoup sur le groupe. Qui entre dans le cercle, qui n'y entre jamais. Ceux qui ne parlent pas en réunion viennent parfois s'asseoir, parce que parler à quatre est moins exposant que parler à quarante. Et ceux qui parlent toujours restent parfois dehors : ça leur apprend à écouter.

Une chose qu'il ne fait pas : décider. Le bocal produit une conversation, des positions clarifiées, des désaccords nommés. Pas une décision. Si vous en attendez une, prévoyez la suite, avec la décision par consentement ou un temps de convergence dans la semaine.

Quand ne pas utiliser le fishbowl

  • Il faut décider ce jour-là. Ce format ouvre un sujet, il ne le ferme pas. Vous sortirez avec une conversation de qualité et aucune décision. Si le commanditaire attend un arbitrage, enchaînez avec un vrai temps de décision, ou choisissez autre chose.
  • Le sujet ne divise personne. « Comment améliorer nos locaux ? » ne mérite pas un bocal. Sans enjeu, sans divergence, le cercle central tourne à vide et personne ne se lève. « Pourquoi nos meilleurs partent-ils ? » le mérite.
  • Vous êtes moins de 20. Sous vingt, il n'y a pas de cercle extérieur qui vaille. Mettez tout le monde en cercle et tenez une seule conversation.
  • Le groupe a peur et personne n'entrera dans le cercle. Si le climat est tel que se lever devant tout le monde est impensable, vous n'aurez pas un bocal, vous aurez un panel de quatre devant un public muet. Il faut d'abord traiter le climat, avec un temps d'inclusion ou des entretiens individuels.
  • Vous avez moins de 45 minutes. Les dix premières minutes sont timides, c'est normal. La dynamique s'enclenche quand le premier « extérieur » se lève. Sous 45 minutes, elle n'a pas le temps de venir.

Les questions qu'on nous pose sur le fishbowl

Comment animer un fishbowl ?

Avec un cercle de quatre à six chaises au centre, dont une vide, un cercle de chaises tout autour, une question qui divise, trois ou quatre personnes briefées pour démarrer, et un facilitateur qui pose la question puis se retire. Les règles tiennent en cinq lignes : seuls ceux qui sont au centre parlent, il y a toujours une chaise vide, n'importe qui peut venir s'y asseoir, quand on a dit ce qu'on avait à dire on sort, le cercle extérieur écoute sans conversation parallèle. Le facilitateur n'anime pas : il intervient si personne ne parle plus, si quelqu'un monopolise, ou si le sujet dérive. Et il invite tôt, dès la dixième minute, à prendre la chaise vide.

Fishbowl : méthode ouverte ou figée, laquelle choisir ?

L'ouverte, dans presque tous les cas. Dans la version figée, le cercle central est choisi à l'avance et le cercle extérieur observe sans pouvoir entrer : ça sert quand vous voulez exposer une conversation entre experts ou entre membres d'une direction, et ça ne doit pas dépasser 20 à 30 minutes, sinon l'extérieur décroche. Dans la version ouverte, la chaise vide est une invitation permanente. C'est la version qui fait de ce format un outil de facilitation et pas un spectacle. Si vous n'avez le temps que d'un seul essai, prenez l'ouverte.

Un fishbowl en grand groupe, jusqu'à combien de personnes ?

Jusqu'à une centaine, en présentiel. Au-delà, ceux du fond n'entendent plus le centre, et la chaise vide est trop loin : personne ne fait le trajet. La zone où ça marche le mieux, c'est entre 30 et 60. Un client nous demandait « comment on anime 100 personnes sur un sujet de travail qui produisent quelque chose ? ». Ma réponse : pas avec un bocal seul. Cent personnes sur un sujet qui divise, oui, pour que le sujet soit posé devant tout le monde. Cent personnes qui produisent, c'est plutôt le forum ouvert ou un World Café, et le bocal peut ouvrir ou clore la journée.

Bocal à poissons ou animation en plénière classique, quelle différence ?

En plénière classique, celui qui parle s'adresse à la salle. Dans le fishbowl, les gens au centre se parlent entre eux, et la salle écoute une conversation. Une conversation à quatre a des hésitations et des retours en arrière ; une prise de parole devant cent personnes est une déclaration. Le nom vient de là : on regarde des poissons se parler dans un bocal. On dit aussi aquarium, ou fish bowl en deux mots. C'est le même format.

Ça sert à décider ?

Non. Et c'est l'erreur la plus courante des commanditaires : ils voient une belle conversation, des positions qui bougent, et ils croient qu'on a décidé. On a clarifié. Le bocal dit qui pense quoi et pourquoi, il nomme les désaccords, il fait parfois changer d'avis. Décider, c'est un autre temps, avec les bonnes personnes, dans la semaine. Dire qui décide avant de discuter évite le malentendu.

Combien de chaises au centre, et qui commence ?

Quatre à six chaises, dont une ou deux vides au départ. À huit chaises, vous recréez une réunion classique au milieu de la salle. Trois ou quatre personnes démarrent, choisies pour leurs points de vue différents sur le sujet, pas pour leur aisance à l'oral. Briefez-les cinq minutes avant : vous lancez la conversation, vous n'avez pas à tout dire, dès que vous avez contribué vous pouvez sortir. Une cliente qui préparait une journée de 80 personnes nous demandait « est-ce qu'ils restent debout ? Est-ce qu'ils sont assis ? ». Assis, tous, y compris le cercle extérieur, en cercle ou en rangées face au centre, sans table.

Qu'est-ce qu'on fait de ce qui s'est dit ?

On le note, et on le traite dans la semaine. Personne au centre ne prend de notes, ils sont en conversation : désignez une ou deux personnes dans le cercle extérieur pour capter les points clés, ou un facilitateur graphique. Dans les 48 heures, ces notes partent à tout le monde, telles quelles. C'est le point de départ du temps de décision, pas la décision.

Le déroulé du fishbowl, minute par minute

Ce déroulé est calé sur 50 personnes, un sujet qui divise, un facilitateur, deux preneurs de notes, 60 minutes. Les durées bougent, l'ordre non.

TempsCe qui se passeCe que fait le facilitateur
0 à 5 minInstallation : cinq chaises au centre, les autres autour, face au centre, sans tableVérifie qu'on peut circuler entre les deux cercles, enlève les tables
5 à 10 minCadre : pourquoi on est là, ce qu'on fera de la conversation, les cinq règlesDit les règles, insiste sur la chaise vide et sur le silence du cercle extérieur
10 à 12 minLa question est posée, écrite au paperboard, et trois personnes briefées s'assoient au centrePose la question, s'écarte, s'assied dans le cercle extérieur
12 à 22 minLes premières minutes, timides, puis la conversation prend entre les trois ou quatre du centreSe tait, tolère les silences, n'intervient pas
22 à 25 minPremière invitation explicite : « la chaise est libre, quelqu'un a une autre lecture ? »Invite sans désigner, attend que quelqu'un se lève
25 à 45 minLa conversation vit : entrées, sorties, quelqu'un se lève pour dire qu'il n'est pas d'accordRelance par une sous-question si ça s'essouffle, rappelle la sortie à qui reste trop longtemps
45 à 50 minAnnonce « dix minutes », puis « cinq minutes »Tient le temps, empêche un nouveau sujet de s'ouvrir
50 à 55 minClôture du centre : un mot de conclusion par personne assiseDonne la parole en tour, sans commenter
55 à 60 minRéaction du cercle extérieur : « qu'est-ce qui vous a surpris ? », puis la suitePrend trois ou quatre réactions, annonce ce qui se passe à 48 heures et dans la semaine
La frise du déroulé du fishbowlInstallation (5 min), Cadre (5 min), La question est posée, écrite au paperboar (2 min), Les premières minutes, timides, puis la co (10 min), Première invitation explicite (3 min), La conversation vit (20 min), Annonce « dix minutes », puis « cinq minut (5 min), Clôture du centre (5 min), Réaction du cercle extérieur (5 min)Installa…05 minCadre55 min102 minLes premières min…1210 min223 minLa conversation vit2520 minAnnonce …455 minClôture …505 minRéaction…555 min60 minPhases proportionnelles à leur durée. En jaune : la phase qui fait la différence.
Le déroulé sur une ligne de temps. PDF A4 · PNG
La chaise vide du fishbowl en trois étatsÉtat 1 : quatre personnes parlent au centre, la cinquième chaise reste vide, le cercle extérieur écoute. État 2 : quelqu'un du cercle extérieur se lève et prend la chaise vide. État 3 : un membre du centre, qui a dit ce qu'il avait à dire, sort : la chaise redevient vide.1. Le centre parle, une chaise videquatre assis, la chaise du haut reste vide2. Quelqu'un prend la chaise videon vient s'asseoir sans demander la permission3. Un membre du centre sortquand on a dit ce qu'on avait à dire, on sort
Le mouvement des personnes. PDF A4 · PNG

Ce que vous dites, mot pour mot, pendant le fishbowl

Ce sont les consignes telles qu'on les donne en salle. Il y en a peu, et c'est voulu : une fois la question posée, le facilitateur qui parle est un facilitateur qui casse le bocal.

À l'installation. « Cinq chaises au centre, serrées. Tout le monde autour, face au centre, sans table. On doit pouvoir passer entre les deux cercles. »

Au cadre. « Seuls ceux qui sont au centre parlent. Il y a toujours une chaise vide : n'importe qui peut venir s'y asseoir, et quand on a dit ce qu'on avait à dire, on sort. Le cercle extérieur écoute, sans conversation parallèle. »

À la question. « Voici la question, elle est au paperboard. Trois personnes commencent ; je m'assieds dehors avec vous, et je ne reviendrai que si ça se tait, si quelqu'un monopolise, ou si on dérive. »

Pendant les premières minutes. Rien. C'est la consigne la plus dure à tenir : les silences appartiennent au centre, pas à vous.

À la première invitation. « La chaise est libre. Quelqu'un a une autre lecture ? » Et vous attendez, sans désigner personne.

Pendant la conversation. « Vous êtes au centre depuis un moment : la chaise, ça se rend. » Si ça s'essouffle, une sous-question, une seule, et vous vous rasseyez.

Aux annonces de temps. « Dix minutes. » Puis : « Cinq minutes, on ne rouvre pas de sujet. »

À la clôture du centre. « Un mot de conclusion chacun, dans l'ordre des chaises. Je ne commente pas. »

Au retour vers le cercle extérieur. « De l'extérieur, qu'est-ce qui vous a surpris ? » Trois ou quatre réactions, puis ce qui se passe à 48 heures et dans la semaine.

Avant le fishbowl : ce qu'on prépare

Le sujet. Pas une question polie, un sujet qui divise. « Qu'est-ce qui devrait changer dans notre façon de travailler ensemble, et qu'est-ce qu'on n'ose pas se dire ? » fonctionne. « Êtes-vous d'accord avec la nouvelle stratégie ? » ne fonctionne pas : fermée, et chargée. Le test : si vous imaginez la question posée au centre et que vous voyez déjà quelqu'un se lever, c'est la bonne.

Le cadre, le point qui compte le plus pour un sujet chaud. Il se pose avant, pas pendant. Avant, ça veut dire en cadrage avec le commanditaire, deux à trois fois une heure : ce qui peut se dire ici, ce qui ne se dit pas ici, qui décide de quoi après. Et parfois des entretiens individuels avec les deux ou trois personnes qui portent la tension, pour qu'elles ne découvrent pas le format en salle. Un client nous demandait d'« éviter que ça soit le lieu pour des revendications personnelles », un autre voulait éviter « un cahier de doléances ». C'est le cadre posé avant qui l'évite, pas le facilitateur qui recadre en séance. Une fois dans le bocal, il est trop tard.

La salle. Des chaises mobiles, c'est tout. Quatre à six au centre, serrées. Les autres autour, en cercle ou en rangées, assez près pour entendre sans micro. Pas de table au centre : c'est la proximité des chaises qui fait l'intimité de la conversation. Un paperboard pour la question et la récolte, un chronomètre visible.

Les premiers du cercle. Trois ou quatre personnes, choisies pour leurs points de vue différents, pas pour leur bagout. Briefées cinq minutes avant. Si un membre de la direction en fait partie, dites-lui qu'il sort au bout de dix minutes pour laisser la place : sinon personne n'ose entrer.

Les preneurs de notes. Une ou deux personnes dans le cercle extérieur, avec la consigne de noter les positions et les mots exacts, pas de résumer.

Après le fishbowl : le lundi d'après

Le bocal produit des positions clarifiées et des désaccords nommés. Cette matière est fragile : trois jours après, chacun se souvient de ce qui l'arrange. Le lundi d'après est le moment de la fixer.

Dans les 48 heures, les notes partent à tous les participants, telles quelles : les mots exacts, les positions, ce que le cercle extérieur a renvoyé. Pas de synthèse arrangée par la direction, c'est le moyen le plus sûr de perdre la confiance gagnée en salle.

Dans la semaine, un temps de décision, séparé, avec les bonnes personnes. Le bocal a dit qui pense quoi. Il reste à trancher, et à dire qui a tranché. Une demi-décision égale un bordel au carré.

À trois semaines, un point : ce qui a bougé, ce qui a été décidé, ce qui reste ouvert. Puis un débrief à froid avec le commanditaire, à 15 ou 30 jours, avec une question qui vaut tout le reste : est-ce que quelqu'un a payé le fait de s'être levé pour dire qu'il n'était pas d'accord. Si oui, vous ne referez jamais un fishbowl avec ce groupe.

Pour l'équipe qui a besoin de continuer à se dire les choses en équipe, le fishbowl n'est pas un rituel. Il se fait sur un vrai sujet, pas tous les mois. Le reste du temps, ce sont les règles de fonctionnement de l'équipe qui font le travail.

Les pièges du fishbowl, vus en vrai

L'audience spectatrice. C'est le piège numéro un. Le centre discute, l'extérieur regarde, et au bout de vingt minutes vous avez une table ronde avec public. Ça vient d'un cadre trop mou ou d'une invitation trop tardive. Il faut inviter tôt, dès la dixième minute, à prendre la chaise vide : « quelqu'un a une autre lecture ? ». Et si personne ne bouge, le facilitateur regarde une personne qu'il sait concernée, sans la nommer, et attend. Le premier qui se lève déclenche les autres.

Le cercle plein. Six chaises, six personnes assises, aucune vide. Plus personne ne peut entrer, et vous avez un panel. Quand quelqu'un entre, quelqu'un sort. Si ça ne se fait pas tout seul, le facilitateur le rappelle, et remercie celui qui se lève.

Le facilitateur qui anime. Il relance toutes les trois minutes, reformule, distribue la parole, fait des synthèses. Il tue la conversation. Le silence au centre est inconfortable et productif : quelqu'un finira par le remplir, et souvent ce sera quelqu'un de l'extérieur. Le facilitateur pose la question, se retire, et n'intervient que pour trois raisons : silence qui dure, monopole, dérive.

Le dirigeant qui entre et ne sort plus. Le directeur s'assied au centre, avec de bonnes intentions, et y reste quarante minutes. Plus personne n'entre, et ceux qui sont au centre ne parlent plus qu'à lui. Dites-le en briefing, avant : il entre s'il veut, il sort au bout de dix minutes. Dans une organisation de cinquante personnes en changement de stratégie, huit personnes au centre débattaient, et à trois reprises quelqu'un de l'extérieur a pris une chaise : des gens qui n'auraient jamais parlé devant le groupe entier. Ça n'arrive que si le centre se vide régulièrement.

Le sujet tiède. La question a été lissée en cadrage jusqu'à ne plus gêner personne. Le centre échange des banalités, personne ne se lève, et le format prend la faute. Ce n'est pas le format. Si le sujet n'a pas de tension, ce n'est pas un bocal qu'il vous faut, c'est un débat mouvant sur une affirmation qui tranche, ou rien du tout.

Personne ne note. Une heure de conversation dense, des positions qui ont bougé, et le lendemain chacun en a une version différente. Les gens au centre ne peuvent pas écrire. Deux preneurs de notes dans le cercle extérieur, désignés avant, avec la consigne des mots exacts. Sans ça, le bocal se transforme en souvenir.

Adapter le fishbowl : distanciel, petit groupe, grand groupe

En distanciel

Ne le faites pas en visio. Le bocal tient sur des corps : une chaise vide qu'on voit, quelqu'un qui se lève, un cercle extérieur qui écoute sans rien dire. En visio, la chaise vide n'existe pas, le cercle extérieur devient quarante caméras coupées, et le silence au centre, productif en salle, se lit comme une panne. Ce qui reste, c'est un panel avec des spectateurs, exactement ce qu'on cherche à éviter.

Si le sujet qui divise doit se traiter à distance, prenez un format qui tient à l'écran : un 1-2-4-Tous sur la même question, pour que chacun se positionne avant la plénière, ou les six chapeaux de Bono si c'est un groupe restreint qui doit dépolariser. Et gardez le bocal pour le jour où tout le monde est dans la même salle. L'hybride, un centre en salle et des gens à distance autour, c'est le pire des deux mondes : ceux de l'écran n'entreront jamais.

Avec un petit groupe

Sous vingt, le cercle extérieur est trop mince pour que le format serve. Avec douze ou quinze personnes, cinq au centre et sept autour, tout le monde finit par passer au centre et vous avez une table ronde en deux temps. Ce que le bocal apporte, faire parler ceux qui ne parlent jamais devant le groupe entier, n'a plus d'objet à cette taille : ils parlent déjà.

Avec un groupe de cette taille et un sujet qui divise, prenez un débat mouvant sur une affirmation qui tranche, ou une conversation en cercle unique, sans centre, avec un tour de parole tenu et un facilitateur qui se tait.

Avec un grand groupe

Au-delà de 50, ce qui casse, c'est l'acoustique et la distance. Ceux du fond n'entendent pas le centre sans micro, et ceux qui n'entendent pas n'entrent jamais. Disposez le cercle extérieur en deux rangs serrés plutôt qu'en un grand cercle lâche, gardez le centre à quatre ou six chaises, pas plus, et placez vos deux preneurs de notes de part et d'autre. Au-delà de 100, ne le faites pas : découpez, ou ouvrez avec un World Café, et gardez un bocal restreint pour après.

Le cas qui vaut le coup à cette échelle, c'est le bocal de direction : le comité de direction s'assied au centre et discute d'un sujet stratégique devant l'ensemble des managers, sans slides et sans éléments de langage. La chaise vide reste, et un manager peut venir s'y asseoir pour poser une question ou dire ce qu'il voit depuis le terrain. Les managers voient leurs dirigeants hésiter, se contredire, chercher. Ça demande du courage au comité de direction, et il faut le préparer en cadrage : ce qui peut se dire au centre, ce qui n'a pas sa place. Mais ça construit une confiance qu'aucune communication interne ne produit. Ne le faites pas si la direction compte s'en servir pour annoncer une décision déjà prise : les managers le sentent en cinq minutes.

Pour aller plus loin que le fishbowl

Méthodes liées

Méthodes liées

Méthode · Avancé

Forum ouvert

Le forum ouvert réunit 20 à 300 personnes en cercle, sans ordre du jour : les participants proposent les sujets et s'y répartissent. Déroulé, ratio, pièges.

Durée
4 h à 8 h
Participants
20 à 300

Méthode · Débutant

Débat mouvant

Le débat mouvant fait lever un groupe sur une affirmation clivante : d'accord d'un côté, pas d'accord de l'autre, on argumente, on bouge. Rien n'est décidé.

Durée
20 min à 1 h
Participants
8 à 60

Méthode · Débutant

World Café

Le World Café fait tourner un grand groupe entre des tables de 4 à 5, sur une seule question, en 90 minutes à 3 heures, pour faire parler tout le monde.

Durée
1 h 30 à 3 h
Participants
12 à 200

Situations où ça sert

Insuffle Académie

Apprendre à l'animer

Insuffle Académie forme les facilitateurs internes en 3 jours, 80 % de pratique. Les outils, c'est 10 % du sujet.

Voir la formation

Insuffle

On l'anime pour vous

Vous préférez qu'on vienne le faire ? Insuffle facilite des séminaires et des temps collectifs, en Normandie, à Paris et ailleurs.

Parler à Insuffle