Méthode · Yoan Lureault, Insuffle, support « L'art de la facilitation »

Le cadre de facilitation : les règles du jeu, et l'intention

Le cadre de facilitation clarifie l'intention (de quoi ai-je besoin du groupe ?) ; le cadre, lui, pose les règles du jeu. Les deux se posent avant, pas pendant.

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Le cadre de facilitation, c'est l'intention : de quoi ai-je besoin du groupe ? Le cadre tout court, c'est la règle du jeu, le cadre de sécurité dans lequel le groupe peut travailler. Les deux se confondent tout le temps, et c'est la première chose qu'on démêle avec un manager qui nous dit « parfois on oublie de fixer des règles de fonctionnement d'une réunion, d'une instance, d'un groupe ».

À quoi sert vraiment le cadre de facilitation

Sur notre support de formation, l'art de la facilitation tient sur une page A4. Autour, un contour épais, continu : c'est le cadre. Les règles du jeu, ce qu'on peut dire, comment on décide, ce qui reste dans la salle. Au-dessus, une bande en pointillés : c'est l'intention, ce dont le facilitateur a besoin du groupe. Distinction stricte.

Le premier protège. Sans règles dites, le groupe suit celles que personne n'a dites : le chef parle en premier, on ne contredit pas, on reste poli. Elles sécurisent l'avancée dans le complexe et servent l'équité de parole. Elles font la moitié du travail pour se dire les choses en équipe sans règlement de comptes.

Le second oriente. Un facilitateur qui ne sait pas ce qu'il attend du groupe anime, il ne facilite pas. « J'ai besoin que vous choisissiez trois chantiers », « j'ai besoin que chacun dise ce qu'il n'a jamais dit au CODIR » : deux intentions, deux séances, le même contour. La phrase du support résume tout : la facilitation, c'est rendre le système intelligent en le questionnant.

Quand ne pas utiliser le cadre de facilitation

  • Vous ne savez pas ce que vous attendez du groupe. Si la réponse est « qu'ils s'expriment », vous n'avez pas d'intention, vous avez un vœu. Retournez au cadrage.
  • Les règles sont imposées. Un dirigeant qui dicte les règles a fait une réunion de plus. Elles se proposent au groupe, qui en devient garant avec vous.
  • Vous comptez le poser quand ça dérape. Un cadre posé après coup est un recadrage, vécu comme une punition. Il se pose avant, à froid.
  • Ce qui se dit peut finir dans un dossier. Une règle de confidentialité qu'on ne peut pas tenir vaut moins que pas de règle.

Les questions qu'on nous pose sur le cadre de facilitation

Comment poser le cadre d'un atelier ?

En trois minutes, à voix haute, avant de commencer, et en deux couches. La première : pourquoi on est là, avec quoi on veut repartir, qui décide, ce qu'on fait de ce qui se dit. La seconde : les règles du jeu, proposées au groupe, quatre ou cinq au plus. On parle en son nom. On ne coupe pas. Ce qui se dit ici reste ici. Le facilitateur tient le temps. Puis on demande au groupe s'il en ajoute ou en retire une : une minute de plus, et le groupe est garant des règles avec vous. Ensuite seulement, un temps d'inclusion.

Les règles du jeu d'un atelier, qui les fixe ?

Le facilitateur les propose, le groupe les adopte. Le facilitateur est le représentant d'un cadre co-construit : il y a délégation de pouvoir sur ce cadre, d'où l'intérêt de le co-construire. Celui qui les a fait valider peut, quand un directeur coupe la parole, regarder la salle plutôt que le directeur : c'est la salle qui recadre. Je suis le gardien du cadre, pas le propriétaire des idées.

Le cadre de sécurité, c'est quoi exactement ?

Le contour épais du dessin : ce qui garantit à chacun qu'il peut parler sans le payer. Trois choses. Ce qui sort de la salle et ce qui n'en sort pas. La façon dont on se parle : on décrit les faits, on ne juge pas les personnes ; doux avec les personnes, dur avec les process. Et qui décide, dit avant la discussion.

Quelle différence entre le cadre et le cadre de facilitation ?

Le premier est pour le groupe, le second pour le facilitateur. Le cadre, ce sont les règles du jeu, énoncées, affichées, valables pour tous. Le second, c'est l'intention, « de quoi ai-je besoin du groupe ? », qui peut rester dans le carnet du facilitateur.

Faut-il reposer les règles à chaque réunion ?

Oui, en trente secondes, tant qu'elles ne sont pas devenues des réflexes. Pour sortir de la réunionite, c'est souvent la seule chose qu'on installe : une règle sur ce qu'est une réunion, une règle sur qui décide.

Comment on se sert du cadre de facilitation en séance

L'intention s'écrit avant, en une phrase, dans le carnet : « de quoi ai-je besoin du groupe ? ». Elle dit si on ouvre ou si on ferme, si on cherche des idées ou une décision, si le dirigeant parle en premier ou en dernier.

Le cadre se dit à l'ouverture et s'affiche : les règles au mur, à côté de la question du jour. Et quand il faut décider, la règle est déjà là : la décision par consentement ne fonctionne que si elle a été annoncée avant la discussion.

En cours de séance, on ne touche pas au contour. On peut ajuster l'intention : si le groupe a besoin de se dire quelque chose avant de décider, le facilitateur change de posture et le dit. C'est le travail décrit dans les postures du facilitateur : le contour reste, la posture bouge.

Avant le cadre de facilitation : ce qu'on prépare

Le cadrage, deux à trois fois une heure. C'est là que naît l'intention, et qu'on découvre en général que le commanditaire n'en a pas : il a un programme. Puis on prépare les règles avec lui, parce qu'il devra les respecter le premier. Enfin la salle : un cercle ou un U, la question et les règles au mur. Pour préparer un séminaire d'entreprise, ce quart d'heure compte autant que le déroulé.

Après le cadre de facilitation : le lundi d'après

La facilitation ne s'arrête pas au temps collectif. Dans les 48 heures, le compte-rendu ne contient que ce que le groupe a décidé de faire sortir. À une semaine, la première réunion ordinaire dit si les règles ont pris : quelqu'un les a-t-il rappelées sans le facilitateur ? Au débrief à froid, à 15 ou 30 jours : ce dont vous aviez besoin du groupe, vous l'avez eu ?

Les pièges du cadre de facilitation, vus en vrai

Les dix règles. Une charte de dix lignes que personne ne retient. Quatre ou cinq règles, courtes, dont le groupe se souvient à midi.

L'intention secrète. Le facilitateur sait ce qu'il attend, ne le dit à personne, et mène le groupe où il veut. Ça a un nom : la facipulation. Le groupe le sent.

Le recadrage moral. Au premier dérapage, le facilitateur fait la leçon au lieu de pointer le mur. Il vient de reprendre la propriété du cadre, et le groupe la lui laisse.

Le contour sans la géométrie. Des règles parfaites, dites autour d'une grande table rectangulaire, avec le dirigeant en bout. La table dit le contraire des règles, et c'est la table que le groupe écoute.

Une variante du cadre de facilitation

Le cadre sur cartes. Pour une équipe qui doit se donner des règles durables, on distribue un jeu de cartes de règles possibles et chacun choisit celles qu'il veut voir tenir. On garde celles qui reviennent, on écarte celles qui divisent, et l'équipe écrit son propre cadre.

Pour aller plus loin que le cadre de facilitation

Méthodes liées

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Méthode · Débutant

Temps d'inclusion

Le temps d'inclusion ouvre un atelier ou une réunion : chacun dit où il en est face au sujet du jour, sans commentaire. 15 à 30 min, à la place de l'icebreaker.

Durée
10 min à 30 min
Participants
4 à 60

Méthode · Intermédiaire

Décision par consentement

La décision par consentement adopte une proposition dès que personne n'a d'objection argumentée, en 20 à 90 minutes. Le format d'un CODIR qui doit trancher.

Durée
20 min à 1 h 30
Participants
3 à 15

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