Point de vue
Liberating Structures : la poignée qu'on utilise en atelier
Les Liberating Structures sont des micro-structures d'animation en licence libre. Lesquelles on utilise en atelier, pourquoi si peu, et la fiche de chacune.
Les Liberating Structures sont une famille de micro-structures d'animation : des façons précises d'organiser qui parle à qui, combien de temps et dans quelle configuration, mises au point par Henri Lipmanowicz et Keith McCandless et publiées en licence libre. Leur pari : dans une réunion, la façon dont on organise l'échange compte plus que ce qu'on y met. On n'en utilise qu'une poignée, une dizaine, et cette page dit lesquelles, avec un lien vers chaque fiche.
Les Liberating Structures en français : de quoi on parle
Une réunion ordinaire a déjà une structure, simplement personne ne l'a choisie. Une présentation suivie de questions, un tour de table, une discussion ouverte où les plus à l'aise prennent la place. Ces formats-là distribuent la parole toujours de la même façon : aux mêmes.
Les deux auteurs ont passé plus de dix ans, dans le conseil et l'accompagnement, à construire l'inverse, une structure à la fois. Henri Lipmanowicz sortait d'une carrière de direction dans l'industrie pharmaceutique. Leurs premiers prototypes datent de 2001 et 2002, dans des établissements de santé, avec la communauté du Plexus Institute, qui travaillait sur la complexité. Le livre qui a rendu le répertoire accessible, The Surprising Power of Liberating Structures, est paru en 2014.
Chaque structure est décrite avec les mêmes cinq éléments : l'invitation, c'est-à-dire la question posée ; l'espace et le matériel ; la répartition de la parole ; la configuration des groupes ; les étapes et leur durée. C'est ce qui les rend transmissibles. On ne dit pas « faites un atelier participatif », on dit « une minute seul, deux minutes à deux, quatre minutes à quatre, puis tout le monde ». En français, on garde en général les noms anglais, sauf quand une traduction s'est installée, comme pour le 1-2-4-Tous.
Le menu des Liberating Structures, en licence libre
Le menu officiel compte aujourd'hui 43 structures. Le répertoire d'origine en comptait 33, et le Fieldbook de 2026, signé par Keith McCandless et Nancy White, a porté le total à 43. Les 33 d'origine y sont toujours, à deux changements près : TRIZ s'appelle désormais Creative Destruction, et l'Open Space Technology n'est plus listé.
Tout le répertoire est publié sous licence Creative Commons BY-SA 4.0. Vous pouvez utiliser, adapter, traduire et partager les structures, y compris dans un cadre professionnel, à deux conditions : citer les auteurs, et partager vos adaptations sous la même licence. C'est ce qui permet à nos fiches de les décrire, et c'est pour ça que chacune en crédite l'origine.
Pourquoi on n'en utilise qu'une poignée
Parce qu'un catalogue n'est pas une compétence. Quarante-trois structures, c'est tentant : il y en a une pour chaque situation, et on peut passer la préparation d'un séminaire à chercher la bonne. Ceux qui apprennent le menu en entier finissent par choisir l'outil au lieu d'écouter le groupe. Les outils, c'est 10 % du travail. Le reste, c'est la question qu'on pose, le cadre qu'on tient, et ce qu'on fait le lundi d'après.
On garde donc celles qui répondent à des situations qui reviennent sans cesse : faire parler une salle entière, ouvrir un grand groupe, trier des idées sans débat, arrêter ce qui encombre, décider des premiers pas. Et on les garde assez peu nombreuses pour les connaître par cœur, pièges compris. Une structure qu'on anime pour la première fois devant un comité de direction, c'est une structure dont on découvre les pièges en même temps que le groupe.
La liste des Liberating Structures qu'on a en fiche
- Le 1-2-4-Tous, ou 1-2-4-All. La première du menu, et la plus utile : une question, une minute seul, deux minutes à deux, quatre minutes à quatre, puis la salle entière. Pour faire parler tout le monde en vingt minutes.
- L'impromptu networking. Trois conversations debout, en binômes, sur le défi que chacun apporte. Pour ouvrir un grand groupe qui se connaît mal, pas pour remplacer un temps d'inclusion.
- Le 25/10 crowd sourcing. Chacun écrit une idée audacieuse, cinq inconnus la notent, les dix meilleures sortent en une demi-heure, sans débat.
- Le Troika consulting. De la consultation entre pairs, à trois : l'un expose sa difficulté, les deux autres le conseillent, et les rôles tournent.
- What, So What, Now What. Trois questions dans l'ordre, les faits, leur sens, la suite, pour tirer les leçons d'une expérience sans sauter aux conclusions.
- Les 15 % Solutions. Ce que chacun peut faire tout de suite, avec la marge de manœuvre et les moyens qu'il a déjà. Pour sortir d'un atelier avec des gestes plutôt qu'avec des souhaits.
- L'atelier TRIZ. On imagine comment obtenir le pire résultat possible, puis on repère ce qu'on fait déjà qui y ressemble, et on décide de l'arrêter.
- Les min specs. On liste tout ce qu'il faudrait faire et ne pas faire pour atteindre un but, puis on raye tout ce qui n'est pas indispensable.
- L'ecocycle planning. Toutes les activités d'une équipe placées sur un cycle de vie en quatre phases, pour voir ce qu'on garde par habitude et ce qu'on laisse mourir de faim.
- Le forum ouvert. L'Open Space Technology d'Harrison Owen existait avant ce répertoire, mais les auteurs l'avaient intégré à leurs 33 structures d'origine. Le menu actuel ne le liste plus. Notre fiche décrit la version complète, sur une demi-journée ou une journée.
- Le fishbowl. Le menu en contient une variante, le User Experience Fishbowl : au centre, ceux qui ont déjà l'expérience d'un défi racontent, et le cercle extérieur prépare ses questions en petits groupes. Notre fiche décrit le bocal à chaise vide, où chacun peut venir s'asseoir au centre, sur un sujet qui divise. Des cousins, pas des jumeaux.
Une précision, pour éviter la confusion. Le menu contient aussi des Appreciative Interviews, des entretiens en binômes sur une réussite passée, en une heure environ. Ce n'est pas la démarche en quatre temps, formulée par David Cooperrider, que décrit notre fiche sur l'appreciative inquiry, et qui prend de trois heures à une journée.
Par où commencer
Par le 1-2-4-Tous, à la prochaine réunion où vous auriez fait un tour de table. Il ne demande ni salle ni matériel, et il montre en douze minutes ce que ces structures changent : tout le monde a parlé, et personne n'a monopolisé la parole. Ensuite, ajoutez une structure à la fois, et animez-la plusieurs fois avant d'en prendre une autre. Le site des auteurs, liberatingstructures.com, les décrit toutes en anglais, gratuitement.
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