Méthode · Intermédiaire
Appreciative inquiry
L'appreciative inquiry part de ce qui marche déjà pour construire la suite, en 4 temps : Discovery, Dream, Design, Destiny. De 3 heures à une journée.
- Durée3 h à 8 h
- Participants6 à 100
- NiveauIntermédiaire
- Formatprésentiel

L'appreciative inquiry est une démarche qui part de ce qui marche déjà dans une équipe ou une organisation pour construire la suite, en quatre temps : Discovery, Dream, Design, Destiny. Elle sert à un collectif de 6 à 100 personnes qui veut se projeter sans passer la journée sur ses problèmes, en trois heures pour une version courte, une journée pour la version complète. Formulée par David Cooperrider en 1987, elle a une limite nette : quand il faut d'abord nommer ce qui ne va pas, elle ne marche pas.
À quoi sert vraiment l'appreciative inquiry
La plupart des séminaires commencent par les problèmes : le diagnostic, les irritants, ce qui est cassé. Avec un collectif fatigué, une journée sur les problèmes produit ce qu'un commanditaire nous disait vouloir éviter à tout prix : que le séminaire devienne « un cahier de doléances ». Un autre demandait d'« éviter que ça soit le lieu pour des revendications personnelles ».
La démarche retourne le point de départ. On commence par des récits de moments où l'équipe a été à son meilleur. On cherche ce qui les a rendus possibles. Et on se demande à quoi ressemblerait l'équipe si ces moments devenaient la norme. L'idée qui la fonde tient en une phrase : les questions qu'on pose orientent ce qu'on trouve. Un groupe qui passe sa journée à analyser ses échecs devient expert en échecs.
Elle a été formulée par David Cooperrider, avec Suresh Srivastva, à la Case Western Reserve University, dans un article de 1987. Le cycle en quatre D s'est imposé ensuite. Discovery : découvrir le meilleur de ce qui existe. Dream : imaginer ce qui pourrait être. Design : concevoir ce qui devrait être. Destiny : le réaliser.
Le cœur du format est l'entretien appréciatif, en binômes. Chacun interviewe un collègue qu'il connaît peu, une vingtaine de minutes, sur un moment réussi, puis on inverse. Ces récits sont la matière de tout le reste. C'est aussi ce qui en fait un bon outil pour créer un collectif après une fusion : deux entités qui se racontent leurs meilleurs moments découvrent les forces de l'autre, au lieu de comparer leurs défauts.
Elle est parente du Futur Désiré®, et on les confond souvent. Les deux tirent un groupe vers ce qu'il veut plutôt que vers ce qu'il fuit. Mais l'appréciatif part du meilleur du passé, alors que le Futur Désiré® part d'une lecture lucide du présent, avec une case « ce qui bloque » qu'on ne saute pas. On y revient dans les questions.
Quand ne pas utiliser l'appreciative inquiry
- Il faut d'abord nommer ce qui ne va pas. Un dirigeant nous l'a dit en cadrage : il voulait une animation positive, « sans tomber dans le béni-oui-oui. Il faut qu'on puisse se dire les choses. » Quand une équipe a un conflit, une injustice ou un départ mal digéré sur le cœur, l'appréciatif forcé devient exactement ça, du béni-oui-oui. Les gens racontent un beau souvenir en pensant à autre chose, et repartent convaincus qu'on n'a pas voulu les entendre. Commencez par se dire les choses en équipe, et gardez l'appréciatif pour après.
- Le groupe sort d'une crise ou d'un conflit ouvert. Demander « racontez un moment où l'équipe était à son meilleur » à des gens qui se déchirent, c'est nier ce qu'ils vivent. Ils le prendront comme tel.
- Le positif sert à éviter les sujets qui fâchent. Méfiez-vous de la demande « on voudrait quelque chose de positif ». Si le positif sert à fermer la porte aux problèmes, le groupe le sentira dans l'heure, et la démarche passera pour de la communication interne.
- Vous avez moins de trois heures. Les entretiens en binômes prennent une heure à eux seuls, et on ne les raccourcit pas. En dessous, faites autre chose.
- Rien de ce qui sortira ne pourra être mis en œuvre. Le Destiny engage des personnes sur des initiatives. Si tout est gelé, vous fabriquez de l'envie, puis de la déception.
Les questions qu'on nous pose sur l'appreciative inquiry
Comment animer une appreciative inquiry ?
Par des entretiens en binômes, puis en suivant les quatre D dans l'ordre. On choisit un thème formulé en positif (« des réunions où l'on décide » plutôt que « la réunionite »). Chacun interviewe un collègue qu'il connaît peu, vingt-cinq minutes, sur un moment où l'équipe a été à son meilleur, puis on inverse. En tables de 6 à 8, chacun raconte le récit de son binôme, et la table repère les forces qui reviennent : c'est Discovery. Dream : à quoi ressemble l'équipe si ces moments deviennent la norme ? Design : ce que l'organisation fait pour y arriver, écrit au présent. Destiny : qui fait quoi, dès la semaine suivante. Comptez une journée pour 30 personnes et deux facilitateurs.
Appreciative inquiry en français : démarche appréciative ou enquête appréciative ?
Les deux se disent, et désignent la même chose. On trouve aussi « exploration appréciative » et « approche appréciative ». « Inquiry », c'est l'enquête, la recherche : l'idée est d'enquêter sur ce qui marche avec le même sérieux qu'on met d'habitude à enquêter sur ce qui ne marche pas. Le nom anglais reste très utilisé tel quel, y compris dans les organisations francophones.
Quels sont les 4 D de l'appreciative inquiry ?
Discovery, Dream, Design, Destiny. Discovery : découvrir ce qui marche déjà, par des récits de moments réussis. Dream : imaginer ce que serait l'équipe si ces moments devenaient ordinaires. Design : concevoir l'organisation qui le permet, sous forme de propositions écrites au présent, qu'on appelle parfois propositions provocatrices parce qu'elles décrivent un idéal qui dépasse l'existant. Destiny : réaliser, en engageant des personnes sur des initiatives concrètes ; certains l'appellent Delivery.
Beaucoup de praticiens ajoutent un D en amont, Define : choisir le thème, formulé en positif. C'est souvent ce temps qui fait tout, comme la question unique d'un atelier.
L'appreciative inquiry et le Futur Désiré®, c'est la même chose ?
Non, même s'ils sont parents. Ils partent de deux endroits différents. L'appréciatif part du meilleur du passé : on raconte ce qui a marché, et on en veut plus. Le Futur Désiré® part d'une lecture lucide du présent, les faits, ce qui bloque, ce qui tient debout, puis écrit un désir au présent, en une phrase testée. L'un est une démarche de grand groupe, fondée sur des récits ; l'autre est un canevas pour une équipe ou un comité de direction, qu'on déroule en 90 minutes à quatre heures dans un atelier de vision d'équipe. Si votre équipe a besoin de regarder ce qui coince avant de se projeter, c'est le Futur Désiré®, pas l'appréciatif.
Et ce qui ne va pas, on le met sous le tapis ?
Non, mais on ne commence pas par là. La démarche ne nie pas les problèmes : elle refuse d'en faire le point de départ. Un problème réel ressort presque toujours dans le Dream et le Design, sous la forme de ce qu'on veut à la place. Ce qui ne marche pas, c'est quand le problème est si présent qu'il empêche de raconter autre chose. Les récits sonnent faux, et le facilitateur doit s'arrêter. C'est une limite qu'on dit en cadrage, avant, pas après.
Combien de temps faut-il ?
Trois heures pour une version courte, une journée pour faire les quatre D sérieusement. Les entretiens en binômes prennent une heure, et on ne les raccourcit pas : c'est la matière de tout le reste.
Ça marche avec un grand groupe ?
Oui. La démarche a même un format dédié, le sommet appréciatif, qui réunit parfois plusieurs centaines de personnes, parties prenantes extérieures comprises, sur plusieurs jours. À l'échelle d'une entreprise, 50 à 100 personnes sur une journée, on travaille en tables de 6 à 8, avec des rotations entre les tables pour le Dream, comme dans le déroulé du World Café. Comptez un facilitateur pour 20 à 30 personnes.
Le déroulé de l'appreciative inquiry, minute par minute
Ce déroulé est calé sur 32 personnes, quatre tables de 8, deux facilitateurs, une journée de 9 h à 17 h, et un thème choisi en cadrage, formulé en positif. Adaptez les durées ; l'ordre des quatre D ne change pas.
| Temps | Ce qui se passe | Ce que fait le facilitateur |
|---|---|---|
| 9 h à 9 h 30 | Inclusion et cadre : le thème, les quatre temps, la règle des entretiens | Lit le thème, dit que les problèmes ne sont pas interdits et qu'ils reviendront sous une autre forme |
| 9 h 30 à 10 h 30 | Discovery en binômes : entretiens croisés, 25 minutes chacun, sur un moment où l'équipe a été à son meilleur | Forme les binômes entre gens qui se connaissent peu, distribue le guide, annonce l'inversion à mi-temps |
| 10 h 30 à 11 h 30 | Discovery en tables de 8 : chacun raconte le récit de son binôme, la table repère les forces qui reviennent | Circule, fait écrire les forces en mots simples, pas en valeurs abstraites |
| 11 h 30 à 12 h 30 | Dream : chaque table imagine l'équipe dans trois ans, si ces forces étaient la norme, et le présente à la salle | Tient trois minutes de présentation par table, ne commente pas |
| 12 h 30 à 13 h 30 | Déjeuner | Regroupe au mur ce qui revient d'une table à l'autre |
| 13 h 30 à 15 h | Design : chaque table écrit deux ou trois propositions au présent sur ce que l'organisation fait pour y arriver | Vérifie que chaque proposition dit ce qui se fait, pas seulement ce qu'on souhaite |
| 15 h à 16 h 15 | Destiny : chacun s'inscrit sur une initiative, chaque initiative nomme un porteur et un premier pas | Limite le nombre d'initiatives, laisse au mur celles qui n'ont pas de porteur |
| 16 h 15 à 17 h | Clôture : ce qui part lundi, qui porte quoi, le point à trois semaines ; un mot chacun | Note les engagements, fixe les dates, arrête à l'heure |
Ce que vous dites en salle, pendant l'appreciative inquiry
Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent.
Au cadre. « Aujourd'hui, on ne part pas de ce qui ne va pas. On part de ce qui marche déjà, pour en avoir plus. Ça ne veut pas dire que les problèmes n'existent pas : ils reviendront, sous la forme de ce que vous voulez à la place. »
À l'entretien. « Racontez à votre binôme un moment où vous avez vu cette équipe à son meilleur. Qu'est-ce qui se passait ? Qu'est-ce qui l'a rendu possible ? Celui qui écoute prend des notes et relance, il ne raconte pas le sien. Vingt-cinq minutes, puis on inverse. »
À la table. « Chacun raconte le récit de son binôme, pas le sien. Ensuite, la table cherche ce qui revient : les forces, en mots simples. »
Au Dream. « Dans trois ans, ces moments ne sont plus des exceptions, ce sont des habitudes. À quoi ça ressemble, un mardi matin ? Montrez-le à la salle, en trois minutes, comme vous voulez. »
Au Design. « Deux ou trois propositions, au présent : "chez nous, …". Chacune dit ce que l'organisation fait, pas seulement ce qu'elle souhaite. »
Au Destiny. « Chaque initiative a un porteur et un premier pas avant trente jours. Une initiative sans porteur reste au mur. »
À la clôture. « Un mot chacun : qu'est-ce que vous emportez lundi ? »
Quand ça dérape. Si les récits sonnent faux, vous vous arrêtez et vous nommez ce que vous voyez : « Je m'arrête une minute. J'entends des récits courts, et des rires un peu polis. Est-ce qu'il y a quelque chose à dire avant de continuer ? » Si un binôme veut écourter l'entretien : « Vingt-cinq minutes chacun. L'entretien ne se raccourcit pas. »
Avant l'appreciative inquiry : ce qu'on prépare
Le cadrage d'abord : deux à trois fois une heure avec le commanditaire, souvent plus. La question qui décide de tout se pose là : y a-t-il quelque chose à nommer d'abord ? Un conflit ouvert, une réorganisation mal passée, une injustice dont tout le monde parle à la machine à café ? Si oui, la démarche attendra. Posez aussi la question inverse : pourquoi voulez-vous du positif ? Si la réponse est « pour éviter que ça dérape », creusez.
Le thème, ensuite. C'est le Define, et c'est l'équivalent de la question unique d'un atelier. Formulé en positif, sur ce qu'on veut, pas sur ce qu'on fuit : « des services qui travaillent comme une seule équipe », pas « réduire les tensions entre services ». Un seul thème.
Le guide d'entretien. Une page, quatre ou cinq questions : un moment où l'équipe était à son meilleur, ce qui l'a rendu possible, ce que la personne apprécie le plus dans son travail, et deux ou trois souhaits pour l'avenir.
L'invitation dit ce qu'on va faire, pourquoi on part de ce qui marche, et que les problèmes ne sont pas interdits. La salle : des tables de 6 à 8, un grand mur, et de la place ailleurs, couloirs ou extérieur, pour que les binômes s'isolent pendant l'entretien.
La direction, enfin. Elle participe aux entretiens comme les autres, et elle s'engage avant la journée sur ce qu'elle soutiendra au Destiny : du temps, un budget, une date de décision.
Après l'appreciative inquiry : le lundi d'après
La journée produit des récits, des forces, des propositions au présent et des initiatives avec leurs porteurs. Le lundi d'après, l'énergie est encore là ; trois semaines plus tard, elle est retombée si rien n'a bougé.
Dans les 48 heures, les photos du mur, les propositions et la liste des initiatives, avec porteurs et premiers pas, partent à tous. Dans la semaine, la direction dit ce qu'elle soutient, et chaque porteur a démarré son premier pas. À trois semaines, un point avec les porteurs : certaines initiatives sont mortes, c'est normal, et on le dit plutôt que de les laisser traîner. Un plan qui tient le lundi se construit comme on le décrit pour faire vivre un plan d'action après le séminaire.
Le débrief à froid, à 15 ou 30 jours, pose deux questions au commanditaire. Est-ce que les récits de la journée sont repris, dans les réunions, dans les arbitrages ? Et est-ce que des problèmes qu'on n'a pas abordés refont surface ? Si oui, ils méritent leur propre temps, avec un autre format.
Les pièges de l'appreciative inquiry, vus en vrai
Le béni-oui-oui. Tout le monde raconte de beaux souvenirs, la journée est agréable, et le lundi le problème que chacun avait en tête est intact. Les signes se voient en salle : récits courts et génériques, regards qui se croisent, rires un peu trop polis. Le facilitateur s'arrête, nomme ce qu'il voit, et ouvre un temps pour le dire. Continuer comme si de rien n'était, c'est confirmer au groupe qu'on ne veut pas l'entendre. Ce droit d'arrêter se négocie en cadrage : « si les récits sonnent faux, je m'arrête et je le dis ». Sans cet accord, un facilitateur interne qui arrête la journée de sa direction le paiera.
Le thème formulé comme un problème. « Réduire les tensions entre services. » Toutes les tables vont parler des tensions. On reformule en cadrage, pas en séance.
L'entretien raccourci. Dix minutes par binôme, « pour gagner du temps ». Les récits restent en surface, les forces sont des banalités, et le Dream n'a rien sur quoi s'appuyer. L'heure d'entretien ne se négocie pas.
Le Dream qui reste un rêve. De belles présentations, des dessins, de l'énergie, et rien derrière. Si l'après-midi ne transforme pas les rêves en propositions puis en porteurs, la journée n'aura rien produit pour le lundi.
La direction qui regarde. Le comité de direction observe depuis le fond de la salle au lieu de participer aux entretiens. Les binômes le voient, les récits se font prudents, et au Destiny personne ne sait si les initiatives seront soutenues. Les dirigeants font l'entretien comme les autres, avec quelqu'un qu'ils connaissent peu.
Adapter l'appreciative inquiry : distanciel, petit groupe, grand groupe
En distanciel
Les entretiens en binômes marchent bien en visio, en sous-salles de deux, et parfois mieux qu'en salle parce qu'on est au calme. Les tables se font en sous-salles de 6, avec un tableau partagé par salle. Le Dream, qui passe souvent par le dessin ou la mise en scène, perd beaucoup à l'écran. Plutôt qu'une journée devant un écran, découpez en deux demi-journées : Discovery et Dream d'un côté, Design et Destiny de l'autre. Et pas d'hybride : le pire des deux mondes, voir animer en hybride.
Avec un petit groupe
Entre 6 et 10, une seule table. Les entretiens en binômes restent, puis le groupe fait Discovery, Dream, Design et Destiny ensemble, en trois à quatre heures. Sous six personnes, la démarche est surdimensionnée : un temps d'inclusion sur un moment réussi, puis la Phrase du Futur Désiré®, font le travail en une demi-journée.
Avec un grand groupe
De 50 à 100 personnes, des tables de 6 à 8, des rotations entre tables pour le Dream, et trois facilitateurs pour 50 à 60 personnes. Au-delà, c'est le format du sommet appréciatif, sur plusieurs jours, avec les parties prenantes extérieures dans la salle : il demande une préparation de plusieurs mois, et ce n'est plus une fiche d'atelier.
Pour aller plus loin que l'appreciative inquiry
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Le Futur Désiré® est un atelier de 90 minutes à 4 heures où une équipe de 4 à 15 écrit ce qu'elle veut devenir : un canevas, une phrase, un premier pas.
Méthode · Débutant
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Le World Café fait tourner un grand groupe entre des tables de 4 à 5, sur une seule question, en 90 minutes à 3 heures, pour faire parler tout le monde.
Méthode · Intermédiaire
Atelier de vision d'équipe
Un atelier de vision d'équipe projette 5 à 30 personnes en une demi-journée ou une journée : le présent, ce qu'elles désirent, trois chantiers pour lundi.
Situations où ça sert
- Créer un collectif après une fusion, entre sites ou dans un consortium
- Se dire les choses en équipe sans que ça finisse en règlement de comptes
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