Méthode · Débutant
Troika Consulting
La Troika Consulting met les gens par trois : un client expose un défi, deux consultants en parlent pendant qu'il leur tourne le dos. En 30 à 45 minutes.
- Durée30 min à 45 min
- Participants3 à 60
- NiveauDébutant
- Formatprésentiel, distanciel
La Troika Consulting est une structure d'entraide à trois : une personne, le client, expose un défi qu'elle vit en ce moment, les deux autres, les consultants, lui posent quelques questions, puis en discutent entre eux pendant qu'elle leur tourne le dos et écoute. Chacun passe client à son tour, en trois tours de 7 à 10 minutes, soit 30 à 45 minutes pour un groupe de 3 à 60 personnes. C'est le format qu'on sort pour faire travailler une équipe sur les vrais sujets de chacun, en ouverture de réunion ou en séminaire, quand on n'a ni le temps ni le cadre d'un codéveloppement.
À quoi sert vraiment la Troika Consulting
À recevoir de l'aide sans avoir à se défendre. Quand on expose un problème à des collègues, la conversation suit toujours la même pente : ils proposent, on explique pourquoi ça ne marchera pas, ils proposent autre chose, on explique encore. Au bout de dix minutes, on a défendu sa situation au lieu de la regarder. La Troika coupe cette pente avec un geste très simple : le client tourne sa chaise et ne voit plus les consultants. Il ne peut plus répondre, il ne peut plus faire la moue. Il écoute.
Le dos tourné change aussi ce que disent les consultants. Ils ne parlent plus au client, ils parlent de sa situation entre eux, comme s'il n'était pas là. Ils osent des hypothèses qu'ils n'auraient jamais formulées face à lui : et s'il faisait lui-même partie du problème ? Et s'il avait déjà décidé, et cherchait seulement une permission ? Le client entend ce que ses collègues pensent vraiment, et c'est souvent la phrase qu'il n'attendait pas qui lui sert.
Le troisième effet tient à la vitesse : en quarante minutes, chacun a reçu de l'aide sur un sujet réel et en a donné deux fois. Demander de l'aide devient normal. Placée en ouverture de réunion d'équipe, elle remplace avantageusement le tour de table où chacun dit que tout va bien.
Ce n'est pas du codéveloppement, et la confusion est fréquente, parce que les deux parlent de client et de consultants. Le codéveloppement réunit un groupe stable de 5 à 8 pairs, une fois par mois, pendant deux heures, autour du cas d'une seule personne, en six étapes. La Troika fait passer tout le monde en quarante minutes, par trois, avec des trios formés pour l'occasion. L'une ne remplace pas l'autre.
La structure fait partie des Liberating Structures d'Henri Lipmanowicz et Keith McCandless, décrites sur la page officielle de la Troika Consulting. Pour voir comment elle s'articule avec les autres, voyez les Liberating Structures qu'on utilise en atelier. Elle se combine bien avec le 1-2-4-Tous, qui fait émerger les défis communs d'un groupe avant qu'on les travaille un par un.
Quand ne pas utiliser la Troika Consulting
- Le défi porte sur quelqu'un présent dans la salle. Un client qui expose « ma relation avec mon collègue » pendant que ce collègue est dans le trio voisin, ce n'est plus de l'entraide. Demandez des défis qui concernent la pratique du client, pas le comportement d'un autre participant.
- Un trio réunit un manager et ses propres équipiers. L'équipier n'exposera pas un vrai doute devant son responsable, et le manager ne parlera pas librement de son équipier. Composez les trios en croisant les services, jamais en suivant l'organigramme.
- Le groupe doit prendre une décision collective. La structure aide des personnes, une par une, sur leurs défis à elles. Si le sujet engage tout le monde, il faut une décision par consentement ou un autre temps de décision, pas trois consultations.
- Vous voulez accompagner des managers dans la durée. Une Troika est un bon moment, pas un dispositif. Pour un groupe qui doit progresser sur plusieurs mois, montez un vrai codéveloppement, avec un groupe stable et un facilitateur formé.
Les questions qu'on nous pose sur la Troika Consulting
Comment animer une Troika Consulting ?
Avec des trios, un chronomètre, et un geste à montrer avant de commencer : tourner sa chaise. Chacun note d'abord son défi et l'aide qu'il attend. Puis, dans chaque trio, le client expose en une ou deux minutes, les consultants posent une ou deux minutes de questions de clarification, le client se retourne et écoute quatre à cinq minutes les consultants en parler entre eux, puis il se remet face à eux et dit ce qu'il retient. On change de client, deux fois. Votre travail : annoncer chaque étape à voix haute, pour toute la salle, et empêcher les clients de se retourner avant l'heure. Un facilitateur tient 20 à 30 personnes sans difficulté.
Troika Consulting ou codéveloppement : lequel choisir ?
Le codéveloppement si vous avez un groupe stable de 5 à 8 pairs, du temps chaque mois, et des situations qui méritent deux heures. La Troika si vous avez quarante minutes, un groupe qui ne se reverra pas forcément dans cette configuration, et des défis qu'on peut exposer en deux minutes. Le codev construit une confiance et une posture sur la durée, porte sur des situations lourdes, et demande un facilitateur formé. La Troika donne à chacun deux regards en quelques minutes, sans préparation, et se lance dans n'importe quelle réunion. Une Troika réussie en séminaire peut donner envie d'un codev ensuite : c'est un bon chemin, dans cet ordre.
Une consultation en trio, ça tient vraiment en dix minutes ?
Oui, parce que la structure ne cherche pas à résoudre le problème. Elle cherche à donner au client deux regards qu'il n'avait pas, et une ou deux pistes à tester. Les auteurs donnent 7 à 10 minutes par tour : une à deux pour exposer, une à deux pour clarifier, quatre à cinq pour la consultation dos tourné, une à deux pour ce que le client retient. C'est court, et c'est voulu : le client doit aller à l'essentiel, les consultants n'ont pas le temps de faire une conférence. Si un défi demande plus, il relève d'un autre format.
Demander de l'aide à ses pairs, ça ne met pas mal à l'aise ?
Un peu, au début, et surtout le geste de tourner le dos. Montrez-le avant de commencer, avec deux volontaires, en trente secondes, et dites clairement que ce n'est pas impoli : c'est ce qui permet au client d'écouter sans répondre, et aux consultants de parler librement. Le reste du malaise se règle par le choix du défi. Personne n'est obligé d'exposer ce qui l'empêche de dormir : un sujet de travail réel, sur lequel on a une prise, suffit.
Troika Consulting en ligne : comment faire tourner le dos à l'écran ?
En coupant la caméra et le micro. Le client expose, répond aux questions, puis éteint sa caméra et coupe son micro pendant que les deux consultants discutent. Il les entend, eux ne le voient plus. Il rallume pour dire ce qu'il retient. Les auteurs le recommandent tel quel : l'écran noir produit le même effet que la chaise tournée. Les trios se font en sous-salles de trois, et le facilitateur annonce chaque étape dans toutes les sous-salles à la fois, par un message diffusé.
Quel défi apporter ?
Un défi qu'on vit en ce moment, sur lequel on a une prise, et pour lequel on attend quelque chose de précis. « Je dois annoncer un changement d'organisation à mon équipe la semaine prochaine et je ne sais pas par où commencer » fonctionne. « Le siège ne nous écoute pas » ne fonctionne pas : c'est une plainte, et les consultants ne peuvent rien en faire. Une bonne façon de s'y préparer : écrire d'abord ses 15 % Solutions, ce qu'on peut faire sans permission ni moyens en plus, et demander aux consultants de les challenger. Les auteurs proposent eux-mêmes cette combinaison.
Le déroulé de la Troika Consulting, minute par minute
Ce déroulé est calé sur 18 personnes, six trios, un facilitateur, 40 minutes. Les étapes d'un tour ne changent pas : si vous devez gagner du temps, raccourcissez la plénière, jamais la consultation dos tourné.
| Temps | Ce qui se passe | Ce que fait le facilitateur |
|---|---|---|
| 0 à 5 min | Cadre : chacun note son défi, ce qu'il envisage et l'aide qu'il attend, puis démonstration du dos tourné | Pose les deux questions de préparation, montre le geste avec deux volontaires, dit que ce n'est pas impoli |
| 5 à 7 min | Tour 1, l'exposé : le client présente son défi et ce qu'il envisage | Forme les trios en mélangeant les services, annonce le début, tient deux minutes |
| 7 à 9 min | Les consultants posent des questions de clarification, sans conseil ni jugement | Circule, coupe les conseils déguisés en questions |
| 9 à 14 min | Le client tourne le dos et écoute, les deux consultants discutent de son défi entre eux | Annonce le retournement pour toute la salle, veille à ce que personne ne se retourne avant l'heure |
| 14 à 16 min | Le client se remet face aux consultants et dit ce qu'il retient de plus utile | Rappelle que le client ne répond pas point par point : il dit ce qu'il garde |
| 16 à 26 min | Tour 2 : même séquence, un nouveau client prend la parole | Annonce chaque étape à voix haute, tient le temps |
| 26 à 36 min | Tour 3 : même séquence, le dernier client prend la parole | Idem, et signale que c'est le dernier tour |
| 36 à 40 min | Plénière courte : trois ou quatre personnes disent ce que la structure leur a apporté | Demande ce que le format a apporté, jamais le contenu des défis, arrête à l'heure |
Ce que vous dites en salle, pendant la Troika Consulting
Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent.
Au cadre. « Pensez à un défi que vous vivez en ce moment, sur lequel vous avez une prise. Notez-le en une phrase. Ajoutez ce que vous envisagez de faire et l'aide que vous attendez. Deux minutes. »
À la démonstration. « Regardez ce geste : le client tourne sa chaise. Ce n'est pas impoli. C'est ce qui lui permet d'écouter sans avoir à répondre. »
À l'exposé. « Premier client, deux minutes pour présenter votre défi et ce que vous envisagez. Les consultants écoutent, sans interrompre. »
À la clarification. « Consultants, deux minutes de questions pour comprendre. Pas de conseil, pas de jugement. Une question qui commence par “tu as pensé à”, c'est un conseil. »
Au dos tourné. « Client, tournez votre chaise. Vous écoutez, vous notez, vous ne dites rien. Consultants, parlez de son défi entre vous, comme s'il n'était pas là. Cinq minutes. »
Au retour. « Client, retournez-vous. Dites ce que vous retenez de plus utile. Vous ne répondez pas point par point. »
Au changement de tour. « On change de client. Même séquence, même temps. »
À la plénière. « Qu'est-ce que ce format vous a apporté ? Pas le contenu de vos défis. Ils restent dans les trios. »
Quand ça dérape. Si un client se retourne pour répondre : « Vous notez, vous ne répondez pas. Vous aurez la parole juste après. » Si les consultants s'adressent au client au lieu de parler entre eux : « Parlez entre vous. Il écoute, il n'est pas dans la conversation. »
Avant la Troika Consulting : ce qu'on prépare
Le défi, avant tout, et il se prépare. Dans l'invitation, demandez à chacun de venir avec une situation de travail qu'il vit en ce moment et sur laquelle il a une marge d'action. Deux questions suffisent pour s'y préparer : quel est mon défi, et de quelle aide ai-je besoin ?
Les trios, ensuite. Décidez à l'avance comment ils se forment. Dans un groupe qui se connaît peu, laissez les gens se choisir avec une consigne : trois personnes qui ne travaillent pas ensemble. Dans un groupe hiérarchisé, faites les trios vous-même, et vérifiez qu'aucun ne réunit un manager et ses équipiers. Les auteurs insistent sur la diversité : un client entouré de deux collègues de bureau entend ce qu'il sait déjà. Si le nombre ne tombe pas juste, un groupe de quatre avec trois consultants fait l'affaire.
Le cadre, avec le commanditaire. Même pour quarante minutes, une question à lui poser : les défis exposés restent-ils dans les trios ? La réponse doit être oui, et il doit la dire lui-même au groupe. Sinon, personne n'apportera de vrai sujet. Dans un séminaire, elle trouve sa place en début de journée ou juste après un temps collectif, voir préparer un séminaire.
La salle. Trois chaises par trio, sans table, avec assez d'espace entre les trios pour que les conversations ne se mélangent pas. Un chronomètre visible, les étapes d'un tour affichées. Et une voix qui porte, ou un micro : c'est vous qui annoncez chaque étape pour toute la salle.
Après la Troika Consulting : le lundi d'après
La Troika ne produit pas de compte rendu, et c'est normal : ce qui s'est dit dans les trios appartient aux clients. Ce qu'elle produit, c'est une personne qui repart avec une piste, et deux personnes qui l'ont aidée.
Dans les 48 heures, rien de collectif. Chaque client a noté ce qu'il retient. S'il le souhaite, il écrit à ses deux consultants pour leur dire ce qu'il en fait. Une ligne suffit, et elle change la relation.
À une semaine, si la structure a ouvert une réunion d'équipe, on la reprend en ouverture de la suivante, en deux minutes : qui a testé quelque chose, et qu'est-ce que ça a donné ?
À trois semaines, la question est ailleurs : le groupe demande-t-il de l'aide plus facilement ? Si c'est le cas, faites-en un rendez-vous régulier, en début de réunion. Si les défis sont restés superficiels, c'est un signe sur le climat, à regarder au débrief à froid avec le commanditaire, à 15 ou 30 jours. Pour une équipe qui se réunit souvent, c'est une bonne manière de sortir de la réunionite : un temps sur le travail réel de chacun vaut mieux qu'un tour de table d'informations.
Les pièges de la Troika Consulting, vus en vrai
Le client qui se retourne trop tôt. Au milieu de la consultation, il pivote pour corriger : « non, en fait, ce n'est pas ça ». Il vient d'arrêter la seule étape où les consultants parlaient librement. La règle se dit avant, et le facilitateur la rappelle d'un geste : le client note ce qu'il veut corriger, il le dira au retour.
Les consultants qui parlent au client. Le dos est tourné, mais les consultants continuent à lui adresser leurs conseils : « tu devrais », « à ta place ». Ils perdent l'intérêt du dispositif, qui est de penser à voix haute entre eux. Dites-le clairement : ils parlent de lui, pas à lui.
La clarification qui devient consultation. Pendant les deux minutes de questions, les conseils arrivent déguisés : « tu as pensé à en parler à ta direction ? ». Le client répond, se justifie, et l'exposé repart. Coupez : les questions servent à comprendre, les idées attendent le dos tourné.
Le défi trop gros ou trop flou. « Comment transformer notre culture ? » Personne ne peut rien en faire en cinq minutes. Le défi doit tenir en une phrase, concerner le client, et appeler une aide précise.
La plénière qui déballe les défis. Le facilitateur demande « qu'est-ce qui est sorti ? », et un participant raconte le problème de son client. La prochaine fois, plus personne n'apportera de vrai sujet. En plénière, on parle de ce que la structure a apporté, jamais du contenu des défis.
Adapter la Troika Consulting : distanciel, petit groupe, grand groupe
En distanciel
Elle fonctionne très bien en visio, c'est même un des formats qui y perdent le moins. Sous-salles de trois, étapes annoncées par un message diffusé dans toutes les sous-salles, et le dos tourné remplacé par la caméra et le micro coupés. Prévoyez une minute de plus par tour pour les bascules, et testez la diffusion des messages avant la séance.
L'hybride, deux personnes en salle et la troisième sur un écran, non : le client en ligne ne peut pas vraiment tourner le dos, et celui en salle ne sait plus vers qui se tourner. C'est le pire des deux mondes (voir animer en hybride).
Avec un petit groupe
À trois, c'est un seul trio, et le facilitateur ne s'y joint que s'il n'a rien d'autre à tenir. À quatre ou cinq, faites un seul groupe : un client et trois ou quatre consultants, un tour par personne, avec dix minutes par tour. Évitez le duo : un consultant seul ne peut discuter avec personne pendant que le client lui tourne le dos.
Pour un CODIR de 8 à 12, elle fait parler chacun de ses propres sujets de direction, en trios croisés, avant les sujets communs, avec deux facilitateurs.
Avec un grand groupe
Au-delà de 50, la structure tient, parce que chaque trio fonctionne seul : c'est votre voix qui devient le goulot. Il vous faut un micro, les étapes projetées en grand avec le chronomètre, et un second facilitateur qui circule pour repérer les trios qui décrochent et les clients qui se retournent. La plénière se réduit à trois ou quatre voix, choisies dans des coins différents de la salle.
Pour aller plus loin que la Troika Consulting
Méthodes liées
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Méthode · Intermédiaire
Codéveloppement
Le codéveloppement réunit 5 à 8 pairs, une fois par mois, autour de la situation réelle d'un seul : il expose, ils questionnent, il repart avec un plan.
Méthode · Débutant
15 % Solutions
Les 15 % Solutions font chercher à chacun ce qu'il peut faire dès lundi, sans permission ni moyens en plus, puis le font challenger à trois. 20 à 45 minutes.
Méthode · Débutant
1-2-4-Tous
Le 1-2-4-Tous fait réfléchir chacun seul, puis à deux, puis à quatre, avant la plénière : 20 à 45 minutes pour faire parler tout le monde sur une question.
Situations où ça sert
- Créer un collectif après une fusion, entre sites ou dans un consortium
- Sortir de la réunionite : à quel moment on fait une réunion, et comment
- Sortir des outils vus et revus : autre chose que les post-it
Insuffle Académie
Apprendre à l'animer
Insuffle Académie forme les facilitateurs internes en 3 jours, 80 % de pratique. Les outils, c'est 10 % du sujet.
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