Situation
Sortir des outils vus et revus : autre chose que les post-it
Sortir des outils vus et revus ne passe pas par un outil plus original : ce qui lasse un groupe, c'est l'outil sans question. Ce qui change vraiment la séance.
La question telle qu'on nous la pose
« Comment sortir des outils qu'on a vus et revus, et trouver autre chose que les post-it ? »
Sortir des outils vus et revus ne passe pas par un outil plus original. Ce qui lasse un groupe, ce n'est pas le post-it ni le jeu : c'est l'outil qui tourne sans question, dont chacun connaît le rituel et attend la fin. On renouvelle une animation en changeant ce qu'on demande au groupe et la façon de le faire travailler (seul d'abord, debout, avec une image, en marchant), bien plus qu'en changeant de support.
Ce qui se passe vraiment quand on veut sortir des outils vus et revus
La demande vient de facilitateurs internes et de managers qui animent beaucoup. Une responsable dans un organisme de formation voulait « avoir des idées d'outils autres que les méthodes de post-it ». Une cliente qui anime des ateliers en interne a été plus directe : « Bosser pour un icebreaker, on en a un peu marre. » Et une entreprise aux équipes réparties sur plusieurs sites nous a demandé d'« éviter des outils qu'on a vus et revus ».
Ce qui se passe, c'est une usure. Le groupe a déjà fait le mur de post-it, le brainstorming du jeudi, la balle qu'on se lance en disant son prénom. Il reconnaît le rituel dès la première consigne. Il joue le jeu, poliment, et il attend que ça passe. Le facilitateur le sent, et il en conclut que le problème, c'est l'outil.
Des idées d'animation originales, pour quoi faire ?
Un outil plus original, sur une séance sans question, produit des post-it plus originaux. Les outils, c'est 10 %. Le reste, c'est la question posée au groupe, la taille des sous-groupes, l'ordre de parole, et ce qu'on fait de ce qui sort. Une idée d'animation originale choisie avant la question donne une séance agréable à raconter. Pas une séance qui produit.
Ce que ça cache : la lassitude vient des suites, pas du post-it
Dans la même organisation que la cliente lassée des icebreakers, on nous a dit aussi : « On a fait beaucoup d'ateliers, mais on n'a pas rempli le plan d'action. » Les deux phrases vont ensemble. Les gens ne sont pas fatigués d'écrire sur des post-it. Ils sont fatigués d'écrire sur des post-it qui finissent en photo dans un mail que personne ne relit.
Un outil vu et revu devient insupportable quand on sait d'avance qu'il ne mènera à rien. Le même outil, dans une séance qui a une question, qui tranche, et dont on voit les suites à 48 heures, une semaine, trois semaines, ne lasse personne. Ce n'est pas l'outil qu'on a trop vu. C'est l'atelier sans lendemain.
Ce qu'il ne faut pas faire pour renouveler ses animations
Changer d'outil à chaque séance pour surprendre. Le groupe passe la séance à apprendre des règles, et le facilitateur à les expliquer. On surprend une fois. La deuxième fois, c'est un nouveau rituel.
Remplacer le post-it par un jeu. Un jeu fait rire dix minutes et ne dit rien du groupe ni du sujet. Un temps d'inclusion n'est pas un icebreaker : il fait parler chacun sur la question du jour.
Empiler trois outils dans une heure et demie. Chaque outil a sa mise en route. Un atelier qui produit, c'est 3 heures minimum, dont 30 à 45 minutes pour mettre la machine en route. Trois outils en 90 minutes, ce sont trois démarrages et aucune production.
Ce qu'on fait à la place
On part de la question, puis on choisit le mode de travail qui lui va, et seulement ensuite l'outil. Changer de mode renouvelle plus qu'un outil neuf.
Autre chose que les post-it : changer de mode de travail
Parler avec une image. Avec le photolangage, chacun choisit une image parmi 40 à 60 étalées sur une table et dit en une minute ce qu'elle dit de sa position face à la question. Personne ne commente. Ceux qui n'écrivent jamais le premier post-it parlent.
Se positionner avec le corps. Le débat mouvant remplace le mur par une ligne au sol : une affirmation clivante, chacun se place d'un côté, argumente, et change de côté si un argument le fait bouger. Les désaccords se voient au lieu de se diluer dans un regroupement par couleur.
Penser seul avant de parler. Le 1-2-4-tous fait travailler une seule question une minute seul, deux à deux, quatre à quatre, puis en plénière. Pas de mur à trier : des idées qui ont déjà survécu à deux conversations.
Sortir de la salle. La marche apprenante fait travailler la question à deux ou trois, en marchant, dehors. Après le déjeuner, c'est ce qui remet un groupe d'aplomb sans passer par l'écran.
Renouveler ses animations en changeant la consigne
Le même outil, avec une autre consigne, fait une autre séance. Un tour de table qui demande « comment ça va ? » est vu et revu. Le même tour qui demande « face à ce projet, où en êtes-vous aujourd'hui ? » ne l'est pas, parce que la réponse compte pour la suite. Le jeu, si vous y tenez, a un seul moment : cinq minutes après le déjeuner, annoncé pour ce qu'il est. On explique pourquoi sur la page icebreaker : pourquoi on n'en fait plus en ouverture.
Si ce qui lasse vos équipes, ce sont d'abord les réunions elles-mêmes, commencez par sortir de la réunionite. Et si ce sont les trois mêmes qui parlent, quel que soit l'outil, voyez faire participer tout le monde en réunion.
Les méthodes qui répondent
Brainstorming
Parce que c'est l'outil vu et revu par excellence, et qu'il montre qu'un outil usé redevient utile quand on change la consigne, pas l'outil.
Photolangage
Parce qu'une image fait parler autrement qu'un post-it, et d'abord ceux qui n'écrivent jamais le premier.
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