Méthode · Débutant

Matrice impact effort

La matrice impact effort place les idées d'un atelier sur deux axes pour choisir quoi faire d'abord. Son piège : l'impact perçu. Déroulé, exemple, décision.

  • Durée30 min à 1 h 30
  • Participants4 à 20
  • NiveauDébutant
  • Formatprésentiel, distanciel

· 12 min de lecture

La matrice impact effort d'Insuffle, à reproduire sur un paperboard.

La matrice impact effort est un tableau à deux axes, affiché au mur, sur lequel un groupe place ses idées : en hauteur ce qu'elles rapporteraient, en largeur ce qu'elles coûteraient à faire. Elle sert à choisir par quoi commencer quand un atelier a produit plus d'idées qu'on ne peut en mener, en 30 à 90 minutes, avec 4 à 20 personnes. Elle ne marche que si l'on s'est mis d'accord avant sur ce que presque personne ne précise : l'impact, sur quoi ?

Disposition de la salle pour la matrice impact effortUne matrice à deux axes tracée au ruban adhésif sur le mur du fond, deux petits groupes debout devant qui placent les post-its, une table longue avec les idées numérotées, le facilitateur sur le côté avec ses trois questions : sur quoi, en combien de temps, qui a mesuré.la matrice au mur : effort de gauche à droite, impact de bas en hautpost-its numérotésfacilitateursur quoi ?en combien de temps ?qui a mesuré ?une chaisel'élément cléla personne qui décide est dans la salleon place l'effort d'abord, l'impact ensuite
La salle vue de dessus. PDF A4 · PNG

À quoi sert vraiment la matrice impact effort

Le mécanisme tient en une phrase. L'effort sur l'axe horizontal, l'impact sur l'axe vertical, chaque idée sur un post-it, chaque post-it à sa place. Ce qui tombe en haut à gauche, impact fort et effort faible, se fait en premier : ce sont les gains rapides, les fameux quick wins. Ce qui tombe en bas à droite, impact faible et effort fort, ne se fait pas. Le reste se discute.

Elle sert d'abord à sortir d'une liste plate. Après un séminaire, on a trente initiatives écrites les unes sous les autres, dans la même police, avec le même poids. Tout a l'air aussi important, donc rien ne l'est. Posées sur deux axes, elles se séparent d'elles-mêmes : on voit en un coup d'œil ce qui est à portée de main et ce qui demanderait un an de travail pour un effet modeste. C'est souvent le chaînon qui manque entre un bon séminaire et un plan d'action après séminaire qui tient.

Elle sert ensuite à justifier ses choix. Un comité de direction qui doit dire à ses équipes « on fait ces trois-là, pas les vingt-sept autres » a besoin d'expliquer pourquoi. La matrice rend le raisonnement visible. On peut contester la place d'un post-it ; on ne peut pas dire que le choix a été fait au hasard.

Son effet le plus utile n'est pas celui qu'on attend. Elle sert moins à choisir qu'à renoncer. Ce qui tombe en bas à droite, on l'arrête, et on le dit devant le groupe. Pour une équipe qui porte trop de projets à la fois, c'est souvent la décision qui soulage le plus, et celle qu'aucune réunion n'avait réussi à prendre.

Ce qu'elle ne fait pas : décider. La matrice montre, elle ne tranche pas. Si personne ne dit à la fin « on fait ceci, on arrête cela, voici qui porte », le mur finit en photo dans un dossier partagé. C'est le cas typique d'un CODIR qui ne décide pas : il a tous les éléments au mur, et il repart sans avoir tranché.

Quand ne pas utiliser la matrice impact effort

  • Personne ne sait dire impact sur quoi. Si le groupe n'a pas choisi un critère (le client, les équipes, le chiffre d'affaires, le délai), chacun place les post-its selon le sien, et la matrice compare des choses qui ne se comparent pas. Choisissez un impact, un seul, avant de placer quoi que ce soit.
  • Les idées ne sont pas comparables entre elles. « Recruter deux personnes », « changer l'outil de planification » et « mieux communiquer » ne se placent pas sur les mêmes axes. Triez d'abord par nature, ou reformulez les idées en actions de taille comparable.
  • Il y a moins de six idées. Avec quatre options, une discussion de dix minutes suffit. La matrice ajoute du décor, pas de la clarté.
  • Personne ne décide à la fin. Si le groupe place, regarde et repart sans que quelqu'un dise ce qu'on fait, vous avez fabriqué une belle image. Dites avant qui tranchera.
  • Ceux qui feront le travail ne sont pas dans la salle. L'effort estimé par ceux qui ne le fourniront pas est presque toujours faux, et dans le même sens : trop bas. Faites venir un représentant de ceux qui feront, ou validez les efforts avec eux avant de décider.

Les questions qu'on nous pose sur la matrice impact effort

Comment animer une matrice impact effort ?

Deux axes tracés au ruban adhésif sur un mur, un critère d'impact choisi et écrit en haut, et les idées placées d'abord sur l'effort, ensuite sur l'impact. L'ordre compte. L'effort se discute bien, parce qu'on peut le compter en jours, en personnes, en budget. L'impact se discute mal, et c'est là que le facilitateur travaille : chaque post-it placé en haut doit répondre à trois questions. Sur quoi ? En combien de temps ? Qui a mesuré ? Quand tout est placé, on lit les quatre cases à voix haute, puis celui qui décide décide, devant le groupe.

Comment prioriser des idées en atelier sans y passer la journée ?

En séparant le tri de la décision, et en limitant le temps de chacun. Trente idées se trient en une heure sur une matrice, en dix minutes avec un vote par gommettes. Le vote va plus vite, mais il mesure une préférence ; la matrice mesure un rapport entre ce que ça coûte et ce que ça rapporte, et elle oblige à en parler. Pour aller vite, combinez : un vote pour garder la quinzaine d'idées qui comptent, puis la matrice sur ces quinze. Dans les deux cas, finissez par une décision dite à voix haute.

Matrice impact effort : un exemple réel ?

Une équipe commerciale qui avait trop de projets et plus le temps de les mener. Toutes les initiatives en cours ont été posées sur la matrice. Cinq se sont retrouvées dans la case effort fort, impact faible. Elles ont été arrêtées : elles ne se feraient pas. L'équipe s'est concentrée sur trois choses, et ça a mieux marché. Ce que l'exemple montre, c'est que le résultat utile de la séance n'était pas les trois priorités. C'étaient les cinq renoncements.

Les quick wins, il faut toujours commencer par là ?

Pour une partie, oui ; pour tout, non. Les gains rapides montrent au groupe que le travail de l'atelier sert dès la semaine suivante, ce qui compte beaucoup après un séminaire. Mais une équipe qui ne fait que des gains rapides ne lance jamais les projets de fond, ceux qui sont en haut à droite, impact fort et effort fort. La sortie qui tient, le plus souvent : deux ou trois gains rapides lancés tout de suite, et un projet de fond, un seul, avec un responsable et un calendrier.

Qui évalue l'effort, et qui évalue l'impact ?

L'effort, ceux qui feront le travail. L'impact, ceux qui en verront l'effet, ou les chiffres quand ils existent. Si le directeur place seul tous les post-its, ce n'est plus une matrice, c'est son avis dessiné. Si ceux qui feront le travail sont absents, placez l'effort au crayon et faites-le valider avec eux avant de décider quoi que ce soit.

Quelle différence avec la matrice d'Eisenhower ?

Elles ne répondent pas à la même question. La matrice d'Eisenhower trie des tâches selon l'urgence et l'importance : elle organise un agenda, souvent le sien. Celle-ci trie des projets ou des idées selon ce qu'ils rapportent et ce qu'ils coûtent : elle sert à choisir, à plusieurs, dans quoi on investit du temps. Et pour découper un projet déjà choisi entre l'indispensable et ce qui attendra, voyez plutôt la méthode MoSCoW.

Que fait-on des idées impact fort, effort fort ?

On en choisit une, pas trois. Ce sont les projets de fond, ceux qui changent vraiment quelque chose, et ceux qui meurent le plus souvent, parce qu'on en lance trop à la fois. Une idée de cette case, avec un responsable, du temps réservé et une première étape à trois semaines, vaut mieux que trois idées lancées « en parallèle » et oubliées trois mois plus tard.

Le déroulé de la matrice impact effort, minute par minute

Ce déroulé est calé sur 10 personnes, 25 idées issues d'un atelier précédent, une heure, un facilitateur, et la personne qui décide présente dans la salle.

TempsCe qui se passeCe que fait le facilitateur
0 à 5 minCadre : la question, le critère d'impact choisi, ce qu'on entend par effort, qui décide à la finÉcrit le critère d'impact en haut de l'axe vertical, dit qui décide
5 à 12 minRelecture des idées, fusion des doublons, reformulation des idées trop vaguesFait fusionner à voix haute, écarte ce qui n'est pas une action
12 à 25 minEffort : chaque idée est placée de gauche à droite, par ceux qui feront le travailDemande en quoi consiste l'effort : combien de personnes, combien de temps
25 à 42 minImpact : chaque idée monte ou descend, et chaque impact fort est questionnéPose les trois questions : sur quoi, en combien de temps, qui a mesuré
42 à 50 minLecture des quatre cases à voix haute ; vote par gommettes si la case des gains rapides débordeLit sans commenter, nomme ce qui tombe en bas à droite
50 à 60 minDécision : ce qu'on fait, ce qu'on arrête, qui porte, première dateFait parler celui qui décide, écrit la décision au mur, arrête à l'heure
La frise du déroulé de la matrice impact effortCadre (5 min), Relecture des idées, fusion des doublons, (7 min), Effort (13 min), Impact (17 min), Lecture des quatre cases à voix haute ; vo (8 min), Décision (10 min)12531242554265060 min1Cadre · 5 min2Relecture des idées, fusi… · 7 min3Effort · 13 min4Impact · 17 min5Lecture des quatre cases… · 8 min6Décision · 10 minPhases proportionnelles à leur durée. En jaune : la phase qui fait la différence.
Le déroulé sur une ligne de temps. PDF A4 · PNG

Ce que vous dites en salle, pendant la matrice impact effort

Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent. La plus importante est la quatrième : c'est elle qui sépare une matrice utile d'une matrice décorative.

Au cadre. « On a vingt-cinq idées, on n'en fera pas vingt-cinq. Ici, l'impact, c'est l'effet sur nos clients dans les six mois, rien d'autre. À la fin, c'est la direction qui décide, ici, devant vous. »

À la relecture. « Je lis chaque idée. Si deux disent la même chose, on les rapproche. Si une idée n'est pas une action, on la reformule ou on la sort. »

À l'effort. « D'abord l'effort, de gauche à droite. Ceux qui feront le travail placent. Dites-nous en quoi il consiste : combien de personnes, combien de temps. »

À l'impact. « Maintenant l'impact, de bas en haut. Pour chaque idée qui monte, trois questions : sur quoi, en combien de temps, et qui l'a mesuré ? Si personne ne sait, elle redescend au milieu. »

À la lecture. « Je lis les quatre cases. En haut à gauche, on fait. En bas à droite, on arrête. Le reste, on en parle maintenant. »

À la décision. « À vous. Ce qu'on fait, ce qu'on arrête, qui porte, et la première date. Je l'écris au mur, sous vos yeux. »

Quand ça dérape. Si un post-it change de place « parce que ça rapporterait » : « On revient au critère écrit en haut du mur. L'effet sur nos clients dans les six mois, rien d'autre. » Si l'heure passe sans décision : « On ne se quitte pas sur "on voit ça au prochain CODIR". On décide maintenant. »

Avant la matrice impact effort : ce qu'on prépare

Les idées, d'abord. La matrice ne produit rien : elle trie ce qu'un autre temps a produit, une séance d'idées, un café, un forum. Réécrivez chaque idée en action de taille comparable (« former les managers au feedback » plutôt que « le management »), numérotez-les, une par post-it, et fusionnez les doublons évidents avant la séance.

Le critère d'impact, ensuite, fixé en cadrage avec le commanditaire. La question clé : c'est un impact sur quoi ? Sur le client, sur les équipes, sur le chiffre d'affaires, sur la part de marché : on ne peut pas tout maximiser à la fois. Choisissez-en un. S'il en faut vraiment deux, faites deux matrices. Et fixez l'horizon : l'impact à six mois ou à trois ans ne donne pas la même matrice.

L'effort, pareil. Décidez de ce qu'on compte : des semaines de travail, des personnes, un budget. Sans unité commune, « effort fort » veut dire trois choses différentes selon qui parle.

Qui place, et qui décide. Ceux qui feront le travail placent l'effort. La personne qui décide est dans la salle, et elle sait qu'on attend d'elle une décision à la fin. Faciliter n'est pas arbitrer : c'est à elle de trancher, pas au facilitateur.

Le mur. Assez grand pour trente post-its sans chevauchement, les axes tracés au ruban adhésif, le critère d'impact écrit en haut. N'écrivez pas le nom des cases avant le placement : un groupe qui voit « à abandonner » en bas à droite évite d'y placer les idées de ses collègues.

Après la matrice impact effort : le lundi d'après

Dans les 48 heures, une photo de la matrice et la liste des décisions partent à tous : ce qu'on fait, ce qu'on arrête, qui porte, quelle date. Les renoncements sont écrits aussi clairement que les choix, et annoncés à ceux qui avaient porté les idées arrêtées.

À une semaine, les gains rapides ont démarré, ou on sait pourquoi pas. À trois semaines, la première étape du projet de fond est franchie. Ce qui n'a pas de nom ni de date à ce moment-là n'a pas été décidé.

Le débrief à froid, à 15 ou 30 jours, avec le commanditaire : les idées arrêtées sont-elles restées arrêtées ? C'est le vrai test. Et refaites la matrice dans trois à six mois : les positions bougent, parce que ce qui était cher devient simple, et ce qui semblait fort ne l'était pas.

Les pièges de la matrice impact effort, vus en vrai

L'impact perçu. Quelqu'un place « former les managers » tout en haut, impact fort, évidemment. Sur quoi ? En combien de temps ? Qui a mesuré ? Personne ne sait. L'impact perçu, c'est ce qu'on croit ou ce qu'on voudrait ; l'impact réel, c'est ce qu'on a vu ou mesuré. Dès qu'on ne pose plus les trois questions, les idées les plus sympathiques montent toutes seules, et la matrice ne dit plus que les goûts du groupe.

L'effort sous-estimé. L'effort est placé par ceux qui ne feront pas le travail. Tout paraît facile, la case des gains rapides se remplit, et trois mois plus tard l'équipe qui devait faire découvre ce qu'on lui a promis à sa place.

Le critère qui change en route. On commence par placer selon l'impact client, puis quelqu'un déplace un post-it « parce que ça rapporterait », puis un autre « parce que les équipes en ont besoin ». Au bout d'une demi-heure, chaque post-it a été placé selon un critère différent. Le facilitateur ramène au critère écrit en haut du mur, chaque fois.

Tout en haut à gauche. Le groupe met la moitié des idées dans la case des gains rapides. Personne n'a envie de voir sa proposition en bas à droite. Si la case déborde, faites voter à l'intérieur de la case, ou demandez à ceux qui feront le travail de redistribuer l'effort.

La matrice sans décision. Tout est placé, le mur est beau, l'heure est passée, et on se quitte en disant « on voit ça au prochain CODIR ». Ce prochain CODIR ne le verra pas. La décision se prend dans la séance, ou la séance n'a servi à rien.

Adapter la matrice impact effort : distanciel, petit groupe, grand groupe

En distanciel

Ça marche bien : un tableau blanc partagé avec les deux axes dessinés, les idées en étiquettes que chacun peut déplacer. Le risque est l'inverse de la salle : tout le monde déplace en même temps, et les étiquettes dansent. Donnez la main à une personne à la fois pour le placement, les autres parlent. Prévoyez un quart d'heure de plus qu'en présentiel. Et pas d'hybride : ceux qui sont à distance voient le mur de loin et ne le touchent pas, c'est le pire des deux mondes. Voir animer en hybride.

Avec un petit groupe

À 3 ou 4, faites-la sur une feuille A3 posée sur la table plutôt qu'au mur : on discute mieux penché sur une feuille. Le risque à petit nombre, c'est que la personne qui décide place tout. Faites placer chaque idée par quelqu'un d'autre que celui qui l'a proposée.

Avec un grand groupe

Au-delà de 20, pas de matrice unique : trop de monde devant un seul mur. Faites des sous-groupes de 5 à 7, chacun avec la même liste et le même critère, puis comparez les matrices. Les idées qui tombent au même endroit partout sont réglées ; celles qui bougent d'une matrice à l'autre sont les vraies discussions. Au-delà de 50, faites d'abord trier par un vote, et confiez la matrice à un groupe restreint mandaté, qui revient présenter sa décision.

Pour aller plus loin que la matrice impact effort

Méthodes liées

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Méthode · Débutant

Vote par gommettes

Le vote par gommettes fait trier vingt idées en dix minutes : trois points par personne, on colle, on compte. Ça priorise, ça ne décide pas. Déroulé et pièges.

Durée
5 min à 20 min
Participants
5 à 200

Méthode · Débutant

Méthode MoSCoW

La méthode MoSCoW trie une liste en quatre : Must, Should, Could, Won't. En atelier, 45 à 90 minutes pour prioriser en équipe et dire ce qu'on ne fera pas.

Durée
45 min à 1 h 30
Participants
3 à 20

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