Méthode · Débutant
Marche apprenante
La marche apprenante fait travailler une question par deux ou trois en marchant, côte à côte, 20 à 45 minutes, puis on met en commun. Hors des post-it.
- Durée30 min à 1 h 30
- Participants2 à 60
- NiveauDébutant
- Formatprésentiel, distanciel
La marche apprenante est un temps de travail où les participants partent marcher par deux ou par trois, 20 à 45 minutes, avec une seule question à explorer, puis reviennent mettre en commun ce qu'ils ont trouvé. Elle remplace le face-à-face de la salle par le côte-à-côte du chemin : on ne se regarde plus, on regarde devant, et la parole vient autrement. On la propose aux équipes qui ont vu passer tous les formats à post-it, et aux groupes qui ont besoin de se dire des choses sans l'effet tribunal d'une table de réunion.
À quoi sert vraiment la marche apprenante
Deux besoins reviennent en appel. Un client voulait « des idées d'outils autres que les méthodes de post-it ». D'autres redoutent l'après-midi d'une grande journée, quand la salle devient lourde. Ce format répond aux deux. Il sort les gens de la salle au moment où la salle devient lourde, et il ne ressemble à aucun atelier qu'ils ont déjà vécu.
Ce qui change, c'est la position des corps. Assis face à face, deux personnes se surveillent : chacun lit le visage de l'autre, attend son tour, pèse ses mots. Côte à côte, en marchant, on regarde le chemin. Un silence de dix secondes ne gêne personne, parce qu'on marche. Et c'est souvent dans ce silence que la phrase importante arrive. La hiérarchie pèse moins aussi : on ne marche pas « en bout de table ».
Le lien entre la marche et la production d'idées a été étudié. Une équipe de Stanford (Marily Oppezzo et Daniel Schwartz, 2014) a observé que des personnes produisaient davantage d'idées en marchant qu'assises. On n'a pas besoin de cette étude pour constater qu'un binôme revient d'une marche avec plus de choses à dire qu'il n'en avait au départ.
Ce qui fait la différence entre une balade et une marche apprenante tient en trois règles. Une question unique, écrite sur une carte que le binôme emporte. Une heure de retour ferme. Et quelque chose à rapporter : une phrase, une idée, une question nouvelle, qui sera partagée en cercle. Sans ces trois règles, vous aurez offert une pause agréable, et c'est tout.
On s'en sert à trois moments. En ouverture de journée, comme une variante longue du temps d'inclusion : une question sur ce que chacun apporte, et on revient prêt à travailler. En milieu d'après-midi, pour relancer un groupe qui décroche, ce qui en fait une vraie réponse pour concilier travail et convivialité sur une journée. Et pour les sujets délicats, quand il faut se dire les choses en équipe sans tribunal : deux personnes qui se sont accrochées en réunion se parlent souvent mieux en marchant qu'autour d'une table.
Quand ne pas utiliser la marche apprenante
- Quelqu'un ne peut pas marcher, et rien n'est prévu. Une personne à mobilité réduite, une blessure, une grossesse, ou simplement quelqu'un qui ne veut pas le dire. L'alternative se prévoit avant et se propose à tout le monde, pas comme une exception : le même temps, sur un banc ou dans un coin calme, côte à côte. Personne n'a à se justifier.
- Le sujet demande d'écrire. Un budget, un planning, un document à relire, trois options à comparer : on ne fait pas ça en marchant. La marche sert à penser et à parler, pas à produire un livrable.
- Il faut une décision du groupe entier à la fin. Douze binômes rapportent douze fragments. C'est de la matière, pas une décision. Prévoyez un temps de convergence après, en salle.
- Le lieu ou la météo ne s'y prêtent pas, sans repli. Un hôtel de séminaire coincé entre un parking et une nationale, une pluie battante : sans plan B repéré, vous perdez le créneau.
- Le binôme est un lien hiérarchique direct sur un sujet qui fâche. Un manager et son collaborateur qui marchent pour parler de la performance de ce dernier : la marche n'enlève rien à l'enjeu. Composez les binômes vous-même.
Les questions qu'on nous pose sur la marche apprenante
Comment animer une marche apprenante ?
Une question, des binômes ou des trios, un parcours de 20 à 45 minutes, une heure de retour, et une mise en commun en cercle. Le facilitateur donne la consigne en salle, distribue les cartes, fixe l'heure, et attend au point de retour. À l'aller, l'un parle et l'autre écoute ; au retour, on échange. De retour, chaque binôme écrit une phrase sur sa carte, et le cercle les entend toutes.
Une réunion en marchant, ça marche pour quoi ?
Pour réfléchir à deux ou trois, débloquer une situation, préparer une décision, faire un point individuel qui ne passe pas en salle. Pas pour valider un budget, relire un contrat ou faire une réunion à six. La règle tient en une ligne : si vous avez besoin d'un écran ou d'une feuille, restez assis.
Un atelier en marchant avec 40 personnes, c'est possible ?
Oui, par binômes, avec la même question pour tout le monde. Vingt binômes sur un parcours, c'est une procession : faites partir les binômes à une minute d'intervalle, ou proposez deux boucles. La mise en commun se fait en deux temps, par groupes de quatre binômes puis en plénière. Comptez deux facilitateurs.
Marche apprenante : déroulé et durée, combien de temps prévoir ?
Une heure et demie pour une vraie séquence : dix minutes de consigne, quarante minutes de marche aller-retour, dix minutes pour écrire, vingt-cinq minutes de mise en commun. En version courte, trente minutes suffisent pour une marche d'inclusion de quinze minutes et un tour de parole rapide.
Learning walk et marche apprenante, c'est la même chose ?
Pas toujours. En anglais, on parle aussi de « walk and talk » ou de « walking meeting » pour une conversation en marchant. Mais dans le monde de l'éducation, une « learning walk » désigne autre chose : des visites de classes courtes, faites par des enseignants ou une direction pour observer des pratiques. Si vous cherchez ce format pour un séminaire, c'est la marche en binôme décrite ici.
Que fait-on de ce qui se dit pendant la marche ?
Rien, sauf ce que le binôme choisit de rapporter. Pendant la marche, on ne prend pas de notes. Au retour, une phrase par binôme sur la carte, et c'est cette phrase seulement qui est partagée. Le reste appartient aux deux personnes qui ont marché, et c'est aussi pour ça qu'elles parlent.
Le déroulé de la marche apprenante, minute par minute
Ce déroulé est calé sur 24 personnes, douze binômes, un facilitateur, une heure et demie en début d'après-midi, avec un parc ou une rue calme à proximité.
| Temps | Ce qui se passe | Ce que fait le facilitateur |
|---|---|---|
| 0 à 10 min | Cadre en salle : la question, les binômes, le parcours, l'heure de retour, l'alternative assise | Lit la question deux fois, montre le parcours, propose l'alternative à tous |
| 10 à 15 min | Constitution des binômes et distribution des cartes | Compose les binômes, sépare les liens hiérarchiques directs |
| 15 à 35 min | Aller : le premier marcheur parle, le second écoute et relance | Reste au point de retour, joignable, ne suit pas les binômes |
| 35 à 55 min | Retour : on échange les rôles | Envoie le signal de demi-tour à l'heure dite |
| 55 à 65 min | Au point d'arrivée, chaque binôme écrit une phrase sur sa carte | Accueille, distribue les feutres, rappelle : une phrase, pas un compte rendu |
| 65 à 85 min | Mise en commun en cercle : chaque binôme lit sa phrase, les cartes vont au mur | Regroupe au mur à voix haute, ne commente pas le contenu |
| 85 à 90 min | Clôture : ce qu'on fait de ces phrases, et la suite de la journée | Annonce ce que deviennent les cartes, relance la séquence suivante |
Ce que vous dites en salle, pendant la marche apprenante
Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent. Courtes : les gens ont déjà envie de sortir.
Au cadre. « Vous partez par deux. Vingt minutes à l'aller, vingt minutes au retour. Une seule question, elle est sur la carte. À l'aller, l'un parle et l'autre écoute. Au retour, on échange. »
À l'alternative. « Si vous préférez ne pas marcher, pour n'importe quelle raison, il y a des bancs dans le jardin, pour le même temps, avec la même question. Personne n'a à se justifier. »
Au départ. « Pas de notes, pas de téléphone. Vous regardez devant, vous parlez, et vous avez le droit de vous taire un moment. Retour ici à l'heure dite. »
Au demi-tour. « C'est l'heure de faire demi-tour. On change de rôle : celui qui écoutait parle. »
Au retour. « Une phrase par binôme sur la carte : ce que la marche vous a fait comprendre. Une phrase, pas un résumé. »
À la mise en commun. « Chaque binôme lit sa phrase, je la colle au mur. On écoute, on ne commente pas. »
Quand ça dérape. Si quelqu'un part en prenant des notes sur son téléphone : « Pas de notes pendant la marche. C'est une règle, pas une suggestion. » Si un trio s'engage sur un chemin étroit : « À trois, le dernier n'entendra rien. Sur ce chemin, on passe en binômes. »
Avant la marche apprenante : ce qu'on prépare
La question d'abord, comme toujours. Elle doit se retenir sans la relire, parce qu'on n'a pas la carte sous les yeux en marchant. Elle part de l'expérience des gens : « qu'est-ce qui, dans votre travail, vous a surpris depuis la réorganisation ? » tient une marche entière. « Comment améliorer notre efficacité ? » tient trois minutes. Une question, pas deux.
Le parcours ensuite. Repérez-le à pied, la veille ou le matin. Une boucle, pour que les binômes n'aient pas à décider où aller. Pas de route à traverser, pas de dénivelé, un sol praticable. Calculez la durée à allure de conversation, qui est lente. Et repérez l'alternative : des bancs, un patio, une salle vide, pour ceux qui ne marchent pas et pour la pluie.
Les binômes. Composez-les vous-même, avec le commanditaire. Mélangez les services, séparez les liens hiérarchiques directs, et évitez les duos de collègues de bureau, qui parleront de tout sauf de la question. Des trios si le nombre est impair, mais pas sur un chemin étroit.
L'invitation. Elle prévient qu'une partie de la journée se passe dehors, pour que chacun vienne avec des chaussures où il est à l'aise. Elle dit aussi que l'alternative assise existe. On ne découvre pas le matin même qu'il faut marcher quarante minutes.
Après la marche apprenante : le lundi d'après
Les cartes sont la trace. Le jour même, elles sont photographiées au mur, regroupées telles qu'elles ont été lues. Rien de plus : ce qui s'est dit pendant la marche reste entre les marcheurs.
Dans les 48 heures, la photo du mur part à tous les participants, avec les phrases retranscrites. Si la marche ouvrait un sujet de travail, la liste des phrases alimente la séquence suivante, ou le prochain temps de décision.
À une semaine, si la question portait sur une difficulté d'équipe, le manager ou le commanditaire dit ce qu'il retient des cartes et ce qu'il en fait. À trois semaines, un point court sur ce qui a bougé. Et au débrief à froid, à 15 ou 30 jours, une question simple au commanditaire : est-ce que ce temps dehors a changé quelque chose dans la façon dont les gens se parlent ?
Les pièges de la marche apprenante, vus en vrai
La balade. Pas de question écrite, pas d'heure de retour, pas de mise en commun. Les binômes reviennent détendus et n'ont rien à dire, parce qu'on ne leur a rien demandé. C'était une pause, pas un temps de travail.
Le binôme qui ne revient pas. Deux personnes lancées dans une vraie conversation oublient l'heure, et le cercle attend dix minutes. Donnez un signal de demi-tour, par message ou au sifflet, et une heure de retour ferme, dite deux fois.
L'alternative oubliée. Une personne qui a mal au genou reste seule en salle avec le facilitateur, pendant que tout le monde sort. Elle vit exactement l'inverse de ce qu'on voulait. L'alternative se prévoit avant et se propose à tous, en même temps.
Le carnet de notes. Un participant consciencieux marche en prenant des notes sur son téléphone. Son binôme devient un interviewé. Pas de notes pendant la marche, c'est une règle, pas une suggestion.
Le trio en file indienne. Sur un chemin étroit, le troisième marche derrière et n'entend rien. Au bout de dix minutes, c'est un duo plus un. Sur un chemin étroit, que des binômes.
Adapter la marche apprenante : distanciel, petit groupe, grand groupe
En distanciel
Elle se fait très bien au téléphone : chacun sort marcher de son côté, écouteurs dans les oreilles, en binôme, caméras coupées. Même question, même règle d'aller et de retour, trente minutes au total. On se retrouve ensuite en visio pour la mise en commun, chaque binôme ayant écrit sa phrase dans le document partagé. L'hybride, quelques-uns qui marchent ensemble et d'autres au téléphone, non : c'est le pire des deux mondes. Voir animer en hybride.
Avec un petit groupe
À deux, c'est une réunion en marchant, sans mise en commun : on se contente de dire, en rentrant, ce qu'on retient et ce qu'on fait. À trois, un trio sur un chemin assez large, avec une variante inspirée du codéveloppement : l'un expose une situation, les deux autres le questionnent, et on tourne à chaque tiers du parcours. À cinq ou six, un binôme et un trio, et la mise en commun devient un cercle de parole où chacun dit sa phrase.
Avec un grand groupe
Au-delà de 50, le parcours devient l'enjeu : prévoyez deux ou trois boucles, des départs échelonnés, et un facilitateur à chaque point de retour. La mise en commun se fait d'abord par groupes de quatre binômes, qui retiennent deux phrases, puis en plénière. C'est aussi une bonne réponse pour sortir des outils vus et revus sur un grand séminaire, à condition d'avoir repéré le terrain.
Pour aller plus loin que la marche apprenante
Méthodes liées
Méthodes liées
Méthode · Débutant
Temps d'inclusion
Le temps d'inclusion ouvre un atelier ou une réunion : chacun dit où il en est face au sujet du jour, sans commentaire. 15 à 30 min, à la place de l'icebreaker.
Méthode · Intermédiaire
Codéveloppement
Le codéveloppement réunit 5 à 8 pairs, une fois par mois, autour de la situation réelle d'un seul : il expose, ils questionnent, il repart avec un plan.
Méthode · Intermédiaire
Cercle de parole
Le cercle de parole fait parler chacun à son tour, un objet en main, sans être coupé ni commenté. Pour écouter une équipe tendue, pas pour décider ce jour-là.
Situations où ça sert
- Concilier travail et convivialité sur une journée de séminaire
- Se dire les choses en équipe sans que ça finisse en règlement de comptes
- Sortir des outils vus et revus : autre chose que les post-it
Insuffle Académie
Apprendre à l'animer
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