Méthode · Intermédiaire

Cercle de parole

Le cercle de parole fait parler chacun à son tour, un objet en main, sans être coupé ni commenté. Pour écouter une équipe tendue, pas pour décider ce jour-là.

  • Durée30 min à 1 h 30
  • Participants5 à 15
  • NiveauIntermédiaire
  • Formatprésentiel, distanciel

· 12 min de lecture

Un groupe en cercle, sans table ni écran entre les personnes.

Le cercle de parole est un temps où un groupe assis en cercle, sans table, se passe un objet : seul celui qui le tient parle, les autres écoutent, et personne ne répond ni ne commente avant la fin du tour. Il sert à entendre vraiment ce que chacun vit d'une situation tendue, quand les réunions habituelles ne laissent parler que les mêmes. C'est un outil pour une équipe de 5 à 15 personnes, et pour un facilitateur ou un manager qui accepte de ne rien trancher ce jour-là.

Disposition de la salle pour le cercle de paroleDix chaises identiques en cercle, sans table, la question écrite en grand au mur, le facilitateur assis dans le cercle, la chaise de la personne qui tient l'objet de parole marquée en jaune.la question, écrite en grand10 chaises, pas de tablefacilitateur, assis dans le cerclel'objet de paroleil passe de main en mainune chaisel'élément cléchaise jaune : celui qui tient l'objet, seul à parlermême chaise pour tous, chef compris
La salle vue de dessus. PDF A4 · PNG

À quoi sert vraiment le cercle de parole

C'est l'outil le plus simple qui soit, et presque personne ne le fait. Une parole à la fois. Chacun a le même temps, deux minutes environ. Les autres écoutent. Pas de débat dans la foulée : on recueille d'abord, on discutera ensuite.

Ce qu'il résout : dans une réunion ordinaire, la parole est un marché. On la prend, on la garde, on la reprend. Ceux qui parlent vite et fort l'emportent, ceux qui réfléchissent avant de parler arrivent trop tard. Et dès que quelqu'un dit une chose difficile, un autre y répond, la corrige ou la minimise. Deux échanges plus tard, la chose difficile a disparu de la table. Le cercle ferme ce marché : chacun a son tour, le même temps, et ce qu'il dit n'appelle aucune réponse.

Il sert quand il y a de la tension. Quand vous sentez que les gens ne parlent pas librement à côté d'une certaine personne, ou qu'un sujet revient dans les couloirs et jamais en réunion. C'est la situation de beaucoup d'équipes qui veulent se dire les choses en équipe sans que ça tourne au règlement de comptes. La demande nous arrive souvent avec ces mots, entendus en cadrage : « J'aimerais qu'on mette les pieds dans le plat. » Le tour est une des façons de le faire sans que personne se fasse marcher dessus.

Il sert aussi à faire participer tout le monde en réunion quand le problème n'est pas la timidité mais la peur d'être contredit. Celui qui sait qu'il ne sera ni coupé ni commenté parle autrement.

Ce qu'il ne fait pas : il ne décide rien, il ne résout pas le conflit, il ne remplace pas la conversation qui doit suivre. Il la rend possible. Par sa mécanique, il ressemble au temps d'inclusion, mais il va plus loin : plusieurs tours, sur une question qui touche, là où l'inclusion fait un seul tour court sur le sujet du jour.

Quand ne pas utiliser le cercle de parole

  • Il faut décider à la fin de la séance. Le cercle recueille, il ne tranche pas. Si une décision est attendue, prévoyez un temps séparé, avec une autre méthode, et dites qui décide. Mélanger les deux fait rater les deux.
  • Le cadre n'a pas été posé ni accepté. Sans règles dites et acceptées par tous (on ne coupe pas, on ne commente pas, rien ne sort avec un nom), le cercle devient une tribune, et le premier qui répond à chaud le fait exploser.
  • Le conflit oppose deux personnes nommément. Si le problème est entre deux personnes, les mettre face à face devant huit collègues les expose. C'est d'abord une médiation, à deux ou trois, pas un tour de groupe.
  • Le groupe dépasse une quinzaine de personnes. Au-delà, un seul tour de deux minutes dure plus d'une demi-heure, l'écoute s'use, et les derniers parlent devant une salle fatiguée. Passez à plusieurs cercles, ou à un autre format.
  • Ce qui se dit pourrait être utilisé contre quelqu'un. Une évaluation qui approche, une réorganisation où des postes sont en jeu : si les gens ont une raison de craindre que leurs mots les suivent, ils se tairont, et ils auront raison.

Les questions qu'on nous pose sur le cercle de parole

Comment animer un cercle de parole ?

Assis en cercle, sans table, avec une question écrite au mur, un objet qui passe de main en main et trois règles dites avant de commencer. Seul celui qui tient l'objet parle. Chacun dispose du même temps, deux minutes environ. Personne ne commente, ne répond ni ne rassure pendant le tour. Le facilitateur est assis dans le cercle, il parle comme les autres, et son travail est de tenir ces règles, surtout la dernière. On fait deux ou trois tours, puis on sort du cercle pour la suite.

Quelles sont les règles du cercle de parole ?

Trois règles, toujours les mêmes. On ne parle que quand on tient l'objet. On ne commente pas, on ne répond pas, on ne rassure pas ce qui vient d'être dit, même pour aider. Rien ne sort du cercle avec un nom : on pourra reparler des sujets après, pas de ce qu'une personne a dit. On y ajoute un droit, celui de passer son tour en le disant, sans se justifier. Et une durée d'environ deux minutes, pour que personne ne prenne le temps des autres.

Un cercle de parole en entreprise, ce n'est pas trop intime ?

Ça dépend de la question, pas du format. « Comment vivez-vous la réorganisation, à titre personnel ? » est intime. « Qu'est-ce qui, dans notre façon de travailler depuis trois mois, vous coûte le plus ? » ne l'est pas, et touche juste. En entreprise, on parle de la situation de travail, pas de sa vie. On n'oblige personne à se livrer, on ne réclame pas d'émotions. Si elles viennent, on les écoute sans les commenter.

À quoi sert le bâton de parole ?

À rendre visible qui a la parole, et à ralentir tout le monde. L'objet vient des pratiques de conseil de peuples autochtones d'Amérique du Nord. En entreprise, on prend ce qu'on a sous la main : un feutre, une balle, une tasse. Il n'a rien de magique. Il empêche de couper, parce que couper se voit ; et il oblige celui qui parle à s'arrêter pour le passer, ce qui marque la fin de son tour. Au bout de deux tours, plus personne n'y pense, et c'est tant mieux.

Que faire si quelqu'un coupe ou monopolise ?

Rappeler la règle tout de suite, sans reproche. « On attend l'objet. » Ou : « Deux minutes, s'il vous plaît, il reste six personnes. » La première fois, c'est presque toujours un réflexe, pas une attaque. Si la même personne recommence, dites-le-lui calmement devant le groupe : le cadre protège tout le monde, elle comprise. C'est le vrai travail du facilitateur dans ce format. Doux avec les personnes, dur avec le process.

Quelle différence avec un temps d'inclusion ?

L'inclusion ouvre une séance ; le cercle est la séance. L'inclusion, c'est un tour, une phrase ou deux sur le sujet du jour, pour savoir où en est le groupe avant de travailler. Le cercle, ce sont plusieurs tours sur une question qui touche, et c'est le travail du jour. On peut ouvrir un cercle par une inclusion courte ; on ne remplace pas l'un par l'autre.

Et si quelqu'un ne veut pas parler ?

Il passe, et c'est un droit qu'on annonce avant de commencer. L'objet lui revient au tour suivant, et souvent il parle à ce moment-là, parce qu'il a entendu les autres et que le risque lui paraît moins grand. Ce qu'on ne fait jamais : insister, ou lui demander devant tout le monde pourquoi il passe.

Le déroulé du cercle de parole, minute par minute

Ce déroulé est calé sur 10 personnes, une heure, trois tours, un facilitateur assis dans le cercle.

TempsCe qui se passeCe que fait le facilitateur
0 à 10 minCadre : pourquoi on est là, la question, les trois règles, le droit de passer, l'objet, qui commenceLit la question deux fois, fait accepter les règles par un signe de chacun
10 à 30 minPremier tour : chacun parle deux minutes sur la question, l'objet passe de main en mainTient le temps discrètement, n'intervient que si une règle est rompue
30 à 32 minSilence : une minute sans parler avant le deuxième tourAnnonce le silence et le laisse durer, sans le combler
32 à 47 minDeuxième tour : ce que j'ai entendu et qui me fait réagirVeille à ce que personne ne réponde à quelqu'un en le nommant
47 à 55 minTroisième tour, court : une phrase, ce dont j'ai besoin maintenantFait respecter la phrase unique
55 à 60 minClôture : ce qui reste dans le cercle, ce qui en sort, la suite et sa dateAnnonce le temps de travail qui suit, remercie, arrête à l'heure
La frise du déroulé du cercle de paroleCadre (10 min), Premier tour (20 min), Silence (2 min), Deuxième tour (15 min), Troisième tour, court (8 min), Clôture (5 min)10210432547660 min1Cadre · 10 min2Premier tour · 20 min3Silence · 2 min4Deuxième tour · 15 min5Troisième tour, court · 8 min6Clôture · 5 minPhases proportionnelles à leur durée. En jaune : la phase qui fait la différence.
Le déroulé sur une ligne de temps. PDF A4 · PNG

Ce que vous dites en salle, pendant le cercle de parole

Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent. Dites-les assis, sur un ton calme. Dans ce format, la voix du facilitateur donne le rythme : parlez lentement, et moins que les autres.

Au cadre. « On va faire un tour, puis deux autres. Seul celui qui tient l'objet parle. Personne ne commente, ne répond ni ne rassure pendant le tour. Je ne peux pas vous promettre ce que chacun fera de ce qu'il entend. Je vous promets une chose : rien ne sortira d'ici avec un nom. Chacun peut passer, en le disant. Est-ce que chacun est d'accord pour travailler avec ces règles ? »

Au premier tour. « La question est au mur, je la relis. Deux minutes à peu près chacun. Je commence, et l'objet part vers ma gauche. »

Au silence. « Une minute sans parler avant le tour suivant. On laisse retomber ce qu'on vient d'entendre. »

Au deuxième tour. « Même règle. Cette fois : qu'est-ce que vous avez entendu qui vous fait réagir ? Parlez de ce que ça vous fait, pas de ce que l'autre aurait dû dire. »

Au troisième tour. « Une phrase chacun : de quoi avez-vous besoin maintenant ? »

À la clôture. « Rien ne sortira d'ici avec un nom. Les sujets, eux, on les reprend dans un temps de travail où l'on décidera, et la date est fixée. Merci. »

Quand ça dérape. Si quelqu'un répond à chaud : « Parlez de vous, pas de ce qu'il a dit. » Si ça s'envenime : « On s'arrête là. Cinq minutes de pause. » Et vous voyez les personnes concernées, à part, avant de reprendre.

Avant le cercle de parole : ce qu'on prépare

La question d'abord. Une seule, qui porte sur la situation de travail et pas sur les personnes. « Qu'est-ce qui ne va pas avec Untel ? » est un tribunal. « Qu'est-ce qui, dans la façon dont on travaille ensemble depuis la réorganisation, vous coûte le plus ? » ouvre la parole sans désigner personne. Si la question est trop dure à attaquer de front, commencez par un photolangage : chacun choisit une image et parle à partir d'elle, ce qui met un peu de distance entre la personne et ce qu'elle dit.

Le commanditaire, ensuite. Il parle comme les autres, à son tour, ni en premier pour donner le ton, ni en dernier pour conclure. Ici, pas en dernier : dans un cercle, le dernier qui parle conclut. Au milieu du tour, sa parole ne donne pas le ton et ne ferme rien. Et il accepte de ne rien décider ce jour-là. Faciliter n'est pas arbitrer : si une décision doit suivre, dites avant qui la prendra, et quand.

Qui facilite. Si le manager est lui-même partie prenante de la tension, il ne peut pas tenir le cadre et parler en même temps. Faites appel à quelqu'un d'extérieur à l'équipe, interne ou externe.

La salle. Des chaises en cercle, sans table, toutes identiques : pas de fauteuil pour le chef. Une pièce fermée, où l'on n'est pas vu depuis le couloir. Les téléphones rangés, pas seulement retournés.

L'invitation. Dites à l'avance que la séance sera un tour de parole, sur quelle question, et ce qu'on fera ensuite. Pas d'effet de surprise sur ce genre de format : ceux qui l'apprennent en arrivant se ferment.

Après le cercle de parole : le lundi d'après

Pas de compte-rendu nominatif. Si le groupe veut garder une trace, elle se fait à la fin, ensemble : une liste des sujets qui sont sortis, sans nom, relue et acceptée par tous.

Dans les 48 heures, la date du temps de travail qui suit et cette liste de sujets partent au groupe. Rien d'autre.

Dans la semaine, le temps de travail : on reprend les sujets, on dit qui décide, on décide. C'est là que le cercle se transforme en quelque chose. S'il n'y a pas de suite, le groupe comprendra qu'il a parlé pour rien, et la prochaine fois il se taira.

À trois semaines, un point court : est-ce que ce qui a été décidé a démarré ? Puis un débrief à froid, à 15 ou 30 jours, avec le commanditaire : l'équipe se parle-t-elle autrement depuis ? C'est la seule mesure qui compte.

Les pièges du cercle de parole, vus en vrai

La réponse à chaud. Quelqu'un dit une chose difficile. Le suivant prend l'objet et commence par « je ne suis pas d'accord avec ce qui vient d'être dit ». En une phrase, le cercle est devenu un débat. Le facilitateur coupe doucement : « Parlez de vous, pas de ce qu'il a dit. »

Le chef qui conclut. À la fin du dernier tour, le manager reprend la parole : « Merci, j'ai bien entendu, voilà ce qu'on va faire. » Le groupe comprend que la décision était prise avant, et que le tour servait à l'habiller.

Le cercle improvisé. En pleine réunion tendue, quelqu'un propose « un tour de table pour que chacun dise ce qu'il pense », sans règles. Le premier à parler vise un collègue, le second répond, et la réunion est plus tendue qu'avant. Un tour sans cadre posé et accepté, c'est une arène.

Le tour qui s'étire. Les premiers parlent six minutes, les derniers en ont une. Ceux qui parlent en dernier sont souvent ceux qu'on voulait entendre. Tenez le temps dès la première personne, même si c'est le directeur.

La trace qui trahit. Quelqu'un prend des notes, « untel a dit que… », et les fait circuler. La confiance est perdue pour longtemps, et pas seulement pour ce format.

Adapter le cercle de parole : distanciel, petit groupe, grand groupe

En distanciel

Possible, à condition de remplacer l'objet par un ordre affiché : la liste des prénoms dans l'ordre du tour, visible de tous. Caméras allumées, micros coupés sauf pour celui qui parle, et chacun passe la parole au suivant en le nommant. Ce qui casse : le silence, qui devient gênant à l'écran, et l'écoute, qui se perd dans les autres fenêtres. Des tours plus courts, et pas plus de huit personnes. L'hybride, jamais : ceux qui sont à distance deviennent spectateurs du cercle, c'est le pire des deux mondes : voir animer en hybride.

Avec un petit groupe

Sous 5 personnes, le cercle fonctionne, mais chacun est très exposé : il n'y a pas de groupe où se fondre. Allongez un peu le temps de parole, faites deux tours au lieu de trois, et soyez encore plus strict sur l'absence de commentaire. À trois, c'est une conversation, et elle n'a pas besoin d'objet.

Avec un grand groupe

Au-delà de 15, faites plusieurs cercles de 8 à 10 en parallèle, sur la même question, avec un gardien du cadre par cercle, briefé avant. Pour que tout le groupe entende ensuite ce qui s'est dit, passez par un fishbowl : un cercle intérieur de quelques personnes reprend la conversation devant les autres, avec une chaise vide pour ceux qui veulent entrer. Au-delà de 50, ne cherchez pas un cercle unique : ce serait une tribune.

Pour aller plus loin que le cercle de parole

Méthodes liées

Méthodes liées

Méthode · Débutant

Temps d'inclusion

Le temps d'inclusion ouvre un atelier ou une réunion : chacun dit où il en est face au sujet du jour, sans commentaire. 15 à 30 min, à la place de l'icebreaker.

Durée
10 min à 30 min
Participants
4 à 60

Méthode · Débutant

Photolangage

Le photolangage fait choisir à chacun une image pour dire où il en est face à une question, puis l'expliquer sans être commenté. Pour ceux qui se taisent.

Durée
20 min à 1 h
Participants
5 à 40

Méthode · Intermédiaire

Fishbowl

Le fishbowl fait discuter un petit cercle au centre de la salle, avec une chaise vide où chacun peut venir s'asseoir : 45 à 90 minutes pour un sujet qui divise.

Durée
45 min à 1 h 30
Participants
20 à 100

Situations où ça sert

Insuffle Académie

Apprendre à l'animer

Insuffle Académie forme les facilitateurs internes en 3 jours, 80 % de pratique. Les outils, c'est 10 % du sujet.

Voir la formation

Insuffle

On l'anime pour vous

Vous préférez qu'on vienne le faire ? Insuffle facilite des séminaires et des temps collectifs, en Normandie, à Paris et ailleurs.

Parler à Insuffle

Vous l'avez animée et un piège manque ? Écrivez-nous, avec l'adresse de la page. Ceux qui tiennent la route finissent ici, anonymisés. Signaler un piège