Méthode · Intermédiaire

ESVP : explorateur, shopper, vacancier, prisonnier

L'ESVP fait choisir en secret à chacun un profil, explorateur, shopper, vacancier ou prisonnier, pour ajuster la séance en 10 à 15 minutes avant de la dérouler.

  • Durée10 min à 15 min
  • Participants5 à 30
  • NiveauIntermédiaire
  • Formatprésentiel, distanciel

· 12 min de lecture

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Ouverture de rétrospective en ESVP : chacun colle un point sous le profil qui le décrit ce jour-là.

L'ESVP est un vote anonyme de dix à quinze minutes, en ouverture de séance : chacun indique, sans signer, s'il arrive en explorateur, en shopper, en vacancier ou en prisonnier. Il sert au facilitateur à savoir dans quel état d'esprit le groupe aborde ce temps-là, et à ajuster la suite avant de la dérouler. C'est le format qu'on sort en ouverture d'une rétrospective qui tourne en rond, d'une réunion récurrente dont l'utilité fait débat, ou d'une séance où une partie des gens n'a pas choisi d'être là.

À quoi sert vraiment l'ESVP

À vérifier une hypothèse que tout animateur fait sans le savoir : que tout le monde arrive avec la même envie. C'est presque toujours faux. Dans n'importe quelle salle, certains sont curieux, d'autres viennent chercher une réponse précise, d'autres pensent déjà à la réunion d'après, et il y en a souvent un qui ne serait pas venu s'il avait eu le choix. Si vous déroulez votre programme comme si tout le monde était explorateur, vous perdez les autres dans le premier quart d'heure.

Les quatre mots sont des images. L'explorateur veut découvrir, le shopper vient chercher une chose précise, le vacancier apprécie la coupure sans s'intéresser au sujet, le prisonnier se sent obligé d'être là. Chacun choisit celui qui décrit son rapport à cette séance, aujourd'hui, pas à son travail ni à son entreprise.

Le vote est anonyme, et c'est ce qui le rend utile. Personne ne dit « je suis prisonnier » devant son manager. Sur un papier plié, si. Le facilitateur apprend ce qu'aucun tour de table ne lui aurait dit : une partie du groupe ne voit pas à quoi sert la séance, ou pense que tout est déjà décidé.

Ce que l'exercice ne fait pas : mesurer l'engagement ou classer les gens. La posture tient à la séance, pas à la personne : le même manager peut arriver en explorateur au séminaire stratégique et en prisonnier au comité budgétaire du jeudi. Et le vote ne vaut que si son résultat peut changer quelque chose, l'ordre du jour, le rythme, le cadrage. Sinon, ne posez pas la question.

Il vient des rétrospectives agiles : Esther Derby et Diana Larsen le décrivent comme une façon d'ouvrir la séance. C'est une variante du premier des cinq temps de la rétrospective, où chacun s'exprime une fois avant d'entrer dans le sujet, ici par papier plié.

Quand ne pas utiliser l'ESVP

  • L'anonymat ne tient pas. À trois ou quatre, un seul papier « prisonnier » désigne son auteur. Si le groupe est trop petit, ou si le dispositif laisse voir qui vote quoi, le risque pour la personne dépasse l'intérêt du signal : posez la question en entretien, avant la séance.
  • Le conflit est ouvert. Deux clans, une rupture de confiance, une réorganisation qui vient de faire des dégâts : le vote affiche la tension au paperboard sans rien pour la traiter. Ce cas demande un cadre dédié.
  • Rien dans la séance ne peut bouger. Ordre du jour figé, décision déjà prise : demander aux gens comment ils arrivent revient à les faire parler pour rien. Ils le verront, et le prochain vote sera faux.
  • On veut mesurer l'engagement. Un taux d'explorateurs par équipe, un manager qui veut prouver que la sienne est motivée : l'exercice ne dit rien de fiable là-dessus. Il décrit un rapport déclaré à une séance, sans score ni point de comparaison, et utilisé comme contrôle, il ne produit plus que les réponses attendues.
  • Il revient à chaque réunion, par habitude. Au troisième lundi, tout le monde coche « explorateur » pour en finir. Gardez-le pour les séances où la disposition du groupe peut changer ce que vous faites.

Les questions qu'on nous pose sur l'ESVP

Comment animer un ESVP ?

En six temps, dont le vote n'est que le troisième. Vous dites pourquoi vous posez la question et ce que le résultat pourra changer. Vous décrivez les quatre profils en une phrase chacun, sans en valoriser aucun. Chacun vote en silence, sur un papier identique plié dans une urne, ou dans un sondage sans nom. Vous affichez les quatre totaux, jamais une moyenne. Vous demandez ce que cette répartition invite à ajuster. Et vous décidez un ajustement visible, même petit : raccourcir une séquence, préciser la décision attendue, ouvrir un temps de questions. Comptez dix à quinze minutes, la durée que donnent Derby et Larsen, avec un facilitateur qui n'est pas, si possible, le manager du groupe.

Explorateur, shopper, vacancier, prisonnier : que dit chaque profil ?

Une disposition face à la séance du jour, rien de plus. L'explorateur veut comprendre : veillez à ce qu'il ne prenne pas tout l'espace. Le shopper cherche une chose précise : il n'est pas démotivé, il est sélectif, dites-lui ce qu'il trouvera ici. Le vacancier ne voit pas le lien avec son travail : la question porte sur le sujet, pas sur lui. Le prisonnier se sent contraint : la question porte sur le cadre, jamais sur la personne. Aucun profil n'est le bon. Présentez-les comme une échelle, du prisonnier à l'explorateur, et le groupe vous donnera la réponse attendue.

ESVP en rétrospective : à quel moment le placer ?

Au tout début, avant de collecter le moindre fait : il précède ou remplace le temps d'inclusion. Si le résultat montre beaucoup de vacanciers ou de prisonniers, la rétro prévue n'est peut-être pas celle dont l'équipe a besoin ce jour-là : des praticiens agiles conseillent alors de la reporter, ou d'en faire le sujet de la séance. Hors rétro, il ouvre une formation obligatoire, un comité projet où tous ne sont pas concernés par chaque point, ou une séance où vous doutez que l'équipe voie l'intérêt de dessiner le bateau du speed boat.

Faut-il que le vote soit anonyme ?

Oui, toujours, et vérifiez-le vous-même avant la séance. C'est l'anonymat qui rend possible le papier « prisonnier », et un vote peut sembler anonyme sans l'être : des post-it collés sous une affiche devant tout le monde, des papiers de couleurs différentes, un tableau en ligne qui affiche les curseurs, un sondage qui garde les comptes. Dites exactement ce que votre dispositif protège : « les réponses ne sont pas affichées avec les noms » tient mieux que « personne ne saura ».

Que faire s'il y a des prisonniers ?

Les remercier, sans chercher qui. Un prisonnier vous dit que, pour quelqu'un, ce temps est imposé ou inutile. Ne demandez jamais de lever la main, même pour rire. Posez une question sur le cadre : qu'est-ce qui rendrait ce temps utile aujourd'hui ? Si la contrainte est réelle, dites-le franchement, avec trois colonnes au paperboard, ce qui est décidé, ce qui est à discuter, ce qu'on décide ensemble. Pour les vacanciers, même logique : demandez-vous si la séance les concerne avant de chercher à les remotiver.

ESVP à distance : quel outil, quelles précautions ?

Un sondage anonyme suffit, et le vote prend quelques secondes. Désactivez la collecte des noms, cachez les résultats jusqu'à la fin pour que personne ne suive la majorité, puis montrez seulement les quatre totaux. Un tableau où chacun déplace son avatar sous un profil n'est pas anonyme. Le vote va vite, mais c'est la discussion d'après qui compte : gardez-lui ses cinq minutes. Si une partie du groupe est en salle, tout le monde vote dans le même canal, sur téléphone.

Combien de temps, et à partir de combien de personnes ?

Dix à quinze minutes, explication, vote, affichage et discussion compris. En ligne, le vote seul prend moins de cinq minutes quand le sondage est prêt.

Côté taille, le seuil, c'est l'anonymat. À trois ou quatre, une réponse isolée désigne quelqu'un. À partir de cinq ou six, la répartition devient lisible sans pointer personne. Au-delà d'une trentaine, passez au sondage en ligne, même en salle : le dépouillement papier devient trop long.

Le déroulé de l'ESVP, minute par minute

Ce déroulé est calé sur une équipe de 10 personnes en ouverture de rétrospective, un facilitateur, quinze minutes. Adaptez les durées, pas l'ordre : le vote n'est que la troisième étape.

TempsCe qui se passeCe que fait le facilitateur
0 à 2 minL'intention : pourquoi on pose la question, et ce que le résultat pourra changer à la séanceDit ce qu'il veut apprendre et ce qu'il est prêt à modifier, montre les quatre affiches
2 à 4 minLes quatre profils, une phrase chacunDécrit sans commenter, sans mimique, sans plaisanterie sur le prisonnier
4 à 6 minLe vote : chacun écrit un profil sur un papier identique, le plie, le met dans l'urneTient le silence, refuse qu'on explique son choix, se tourne pendant le vote
6 à 8 minLe dépouillement : les quatre totaux au paperboard, en barresCompte à voix haute, écrit les nombres, ne calcule aucune moyenne
8 à 12 minLa lecture : ce que cette répartition invite à ajuster pour rendre le temps utilePose la question préparée, laisse parler qui veut, n'oblige personne à dire ce qu'il a voté
12 à 15 minLa décision : un ajustement visible, ou la confirmation du déroulé prévuAnnonce ce qui change, l'écrit au paperboard, enchaîne sur la séance
La frise du déroulé de l'ESVPL'intention (2 min), Les quatre profils, une phrase chacun (2 min), Le vote (2 min), Le dépouillement (2 min), La lecture (4 min), La décision (3 min)102234465861215 min1L'intention · 2 min2Les quatre profils, une p… · 2 min3Le vote · 2 min4Le dépouillement · 2 min5La lecture · 4 min6La décision · 3 minPhases proportionnelles à leur durée. En jaune : la phase qui fait la différence.
Le déroulé sur une ligne de temps. PDF A4 · PNG

Ce que vous dites en salle, pendant l'ESVP

Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent.

À l'intention. « Avant de commencer, je veux savoir comment vous arrivez dans cette séance. Le résultat peut changer la suite. Si beaucoup d'entre vous ne voient pas à quoi elle sert, on en parle avant de dérouler. »

Aux profils. « L'explorateur veut découvrir. Le shopper vient chercher une chose précise. Le vacancier est content de souffler, le sujet l'intéresse moins. Le prisonnier aurait préféré ne pas venir. Aucun n'est meilleur que l'autre. »

Au vote. « Un seul profil, celui qui décrit votre rapport à cette séance, aujourd'hui. Vous l'écrivez, vous pliez, vous mettez dans l'urne. Personne n'explique son choix. Je me retourne. »

Au dépouillement. « Voilà les quatre totaux. Il n'y a pas de bon résultat. Je ne cherche pas qui a voté quoi. »

À la lecture. « Qu'est-ce que cette répartition nous invite à changer pour que ce temps serve ? Parle qui veut. Personne n'a à dire ce qu'il a voté. »

À la décision. « Voilà ce qu'on ajuste. C'est écrit ici. On vérifiera à la fin si ça a aidé. »

Quand ça dérape. Si quelqu'un plaisante sur les prisonniers : « On ne cherche pas qui. Un prisonnier nous dit quelque chose sur la séance, pas sur lui. » Si la discussion déborde : « On note ce sujet. On dit quand on le traite. Et on reprend. »

Avant l'ESVP : ce qu'on prépare

Une phrase à terminer, d'abord : « je pose cette question pour savoir si… ». Si vous ne savez pas la finir, l'exercice est décoratif, et le groupe le sentira. Écrivez aussi la question de débrief, puis relisez-la : si elle commence par « pourquoi vous… », elle vise les personnes. Réécrivez-la pour qu'elle vise la séance.

Préparez vos réactions. Que ferez-vous avec cinq prisonniers sur dix ? Avec aucun ? Si vous n'avez pas de réponse, ne posez pas encore la question. Listez les ajustements possibles avant : raccourcir une séquence, préciser la décision attendue, ouvrir un temps de questions anonymes, reporter un point.

Le matériel : quatre affiches avec une phrase de définition, des papiers identiques, même format, même couleur, une urne ou un sac, un paperboard pour les totaux. En visio, un sondage anonyme testé la veille, sur ordinateur et sur téléphone.

Le mot « prisonnier ». Il est volontairement fort, parce qu'il nomme ce que beaucoup de réunions évitent : être dans la salle ne veut pas dire avoir consenti au travail proposé. Dans une culture où il bloquerait, dites « présent sous contrainte ». Gardez le sens, lâchez le mot.

Le cadrage, enfin. Si le manager ou le commanditaire est dans la salle, voyez-le avant : il doit accepter que le résultat soit affiché tel quel, et qu'il puisse changer le programme. S'il veut savoir qui a voté prisonnier, ne lancez pas l'exercice.

Après l'ESVP : le lundi d'après

Dans la séance même, l'ajustement annoncé doit se voir dans l'heure : si vous avez promis de raccourcir une séquence, raccourcissez-la. En clôture, un ROTI, où chacun note de 1 à 5 ce que le temps passé lui a rapporté, dit si l'ajustement a servi : le vote d'ouverture lit l'état d'esprit, le ROTI la valeur perçue.

Dans les 48 heures, le compte-rendu mentionne la répartition, l'ajustement décidé et ce qu'on en a fait, sans commentaire sur les prisonniers. Si vous reposez la question la fois d'après, ne présentez jamais une hausse des explorateurs comme une victoire : le jour où le groupe comprend que vous visez un score, il vous donne le score.

Si la répartition a fait remonter un problème plus profond, une réunion qui ne sert plus à rien ou des participants désignés d'office, il se traite à froid, à 15 ou 30 jours, avec le commanditaire, dans le travail pour sortir de la réunionite. Insuffle a publié un guide des quatre profils et de leur débrief, avec un compteur pour lire une répartition sans étiqueter personne.

Les pièges de l'ESVP, vus en vrai

L'échelle cachée. « Explorateur » dit avec un sourire, « prisonnier » avec une grimace, et le groupe a compris quelle est la bonne réponse. Le vote ne mesure plus un état d'esprit, il mesure la conformité. Décrivez les quatre du même ton, et dites qu'aucun n'est meilleur.

La chasse au prisonnier. « Alors, qui est le prisonnier ? », même en riant. En une phrase, vous avez transformé un dispositif de protection en test de loyauté, et le prochain vote ne vous apprendra plus rien. Le prisonnier vous parle de la séance : écoutez la séance.

Le vote sans suite. On affiche l'histogramme, on dit « intéressant », et on reprend l'ordre du jour comme prévu. Le groupe comprend que c'était un rituel. Si aucun ajustement n'était possible, il ne fallait pas poser la question. S'il l'était, faites-le, même petit, et dites-le.

Le débrief qui mange la séance. Un résultat surprenant, une discussion qui s'ouvre, et vingt minutes plus tard on n'a pas commencé. L'exercice ouvre une porte, il ne contient pas toute la régulation du groupe. Notez le sujet, dites quand et comment il sera traité, et reprenez.

Le faux anonymat. Post-it collés sous les affiches devant tout le monde, papiers de couleurs différentes, sondage qui garde les noms. Vous avez promis l'anonymat et il n'y en a pas. Testez le dispositif avant, et ne promettez que ce qu'il protège vraiment.

Adapter l'ESVP : distanciel, petit groupe, grand groupe

En distanciel

C'est là qu'il est le plus simple : un sondage anonyme, quatre réponses, le vote en quelques secondes. Cachez les résultats jusqu'à la fin, affichez les totaux, puis gardez cinq minutes pour la lecture, caméras allumées. Ce qui casse, c'est l'outil qui trahit les votes, avatars, curseurs ou historique : testez-le la veille avec quelqu'un d'autre que vous.

L'hybride, une partie en salle et l'autre à distance, c'est le pire des deux mondes (voir animer en hybride). Si vous y êtes contraint, un seul canal de vote pour tous : le téléphone.

Avec un petit groupe

Sous cinq, ne faites pas voter : l'anonymat ne tient pas, et une réponse isolée désigne quelqu'un. Posez la question autrement, en entretiens courts avant la séance, ou prenez une question d'inclusion ouverte, « avec quoi est-ce que j'arrive aujourd'hui ? », à laquelle chacun répond ce qu'il veut. Vous perdez la répartition, vous gardez l'information.

Avec un grand groupe

Au-delà de trente, passez au sondage sur téléphone, même en salle, et affichez les totaux à l'écran. Au-delà de cinquante, la répartition d'ensemble ne dit plus grand-chose : ce qui compte, c'est l'écart entre les sous-groupes. Une table pleine de prisonniers ne se tient pas comme les autres. Si la suite se fait en sous-groupes de 5 à 7, faites voter par sous-groupe et donnez le résultat à celui qui anime la table, pas à la plénière.

Pour aller plus loin que l'ESVP

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Méthode · Débutant

Rétrospective

La rétrospective fait regarder à une équipe ce qui s'est passé, comprendre pourquoi, et décider trois actions au plus, en cinq temps et 60 à 120 minutes.

Durée
1 h à 2 h
Participants
4 à 12
Niveau
Débutant
Format
présentiel, distanciel

Méthode · Débutant

Temps d'inclusion

Le temps d'inclusion ouvre un atelier ou une réunion : chacun dit où il en est face au sujet du jour, sans commentaire. 15 à 30 min, à la place de l'icebreaker.

Durée
10 min à 30 min
Participants
4 à 60
Niveau
Débutant
Format
présentiel, distanciel

Méthode · Débutant

Speed boat

Le speed boat dessine un bateau, une île, du vent et des ancres pour faire dire à une équipe ce qui la pousse et ce qui la freine, en 45 à 90 minutes.

Durée
45 min à 1 h 30
Participants
5 à 30
Niveau
Débutant
Format
présentiel, distanciel

Situations où ça sert

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