Méthode · Sam Kaner, Facilitator's Guide to Participatory Decision-Making, 1996

Diamant de Kaner : diverger, traverser la zone de grognement, converger

Le diamant de Kaner dessine un atelier en un losange : on diverge, on traverse la zone de grognement, on converge. Cinq phases, un piège : la conclusion hâtive.

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Le diamant de Kaner est un schéma qui dessine la forme d'un temps collectif : un losange où les idées s'ouvrent, se bousculent au milieu, puis se resserrent vers une décision. Il sert à construire un atelier qui décide vraiment, et à comprendre pourquoi un groupe grogne à mi-parcours. C'est le dessin qu'on fait sur un coin de nappe à un dirigeant qui dit « mon CODIR discute deux heures et ne tranche rien ».

À quoi sert vraiment le diamant de Kaner

Un losange. À gauche, un cercle : le nouveau sujet. À droite, un cercle coché : la décision. Entre les deux, cinq phases séparées par des pointillés : Introduction, Divergence, Émergence, Convergence, Clôture. Deux axes, la diversité des idées et le temps. Des points qui s'écartent, puis se rapprochent.

Au centre, une bande grise dentelée : la groan zone, la zone de grognement. Le moment où le groupe a trop d'options sur la table, où personne ne comprend plus tout à fait l'autre, et où tout le monde voudrait que ça s'arrête. Le trajet passe par les options familières, les perspectives diverses, la pensée consolidée, les ajustements. Et une flèche court-circuite tout : la conclusion hâtive.

Ce que le dessin donne à un facilitateur, c'est une permission : le grognement est normal, il fait partie du travail, et un groupe qui n'y passe pas n'a pas vraiment décidé. Une facilitatrice interne nous racontait ses collègues qui la coupaient : « non, mais on est tous d'accord, c'est bon, avançons, on n'a pas le temps ». C'est la conclusion hâtive, mot pour mot.

Quand ne pas utiliser le diamant de Kaner

  • La décision est déjà prise. Faire diverger un groupe sur une question tranchée, c'est lui faire traverser le grognement pour rien. Il le sent, et il vous le reproche.
  • Vous avez moins d'une heure et demie. Ouvrir, laisser grogner, refermer : ça prend du temps. Sous 90 minutes, on ouvre ou on ferme, pas les deux.
  • Le sujet n'appelle qu'une réponse. Une question technique à laquelle trois experts savent répondre n'a pas besoin de divergence.
  • Personne n'a dit qui décide. Le losange se termine par une décision. Si on ne sait pas qui la prend, la convergence tourne en consensus mou.

Les questions qu'on nous pose sur le diamant de Kaner

Comment utiliser le diamant de Kaner pour construire un atelier ?

En posant trois questions sur votre déroulé : où est-ce qu'on ouvre, où est-ce qu'on laisse le groupe se frotter aux idées des autres, où est-ce qu'on ferme. Ensuite, des durées par phase, en gardant du temps pour le milieu : c'est lui qu'on rogne toujours en premier. Enfin, on écrit à l'avance qui décide dans la convergence, et par quelle règle.

Qu'est-ce que la zone de grognement ?

Le passage entre la divergence et la convergence, celui où le groupe a trop d'options et pas encore de vision commune. Les gens se répètent, s'agacent, regardent l'heure. Ce n'est pas un échec de l'animation, c'est l'endroit où le travail se fait. Le rôle du facilitateur n'est pas d'abréger ce moment mais de le tenir : dire au groupe qu'il est exactement là où il doit être, et l'aider à trier.

Divergence et convergence : pourquoi les séparer ?

Parce qu'un groupe qui fait les deux en même temps ne fait ni l'une ni l'autre. Quand on évalue les idées au moment où elles sortent, les gens arrêtent d'en proposer. Quand on continue d'en proposer au moment de trancher, on ne tranche jamais. En pratique : un format qui ouvre, comme le World Café, puis un format qui ferme, comme le vote par gommettes ou la décision par consentement.

Qui est Sam Kaner ?

Un facilitateur américain, fondateur de Community At Work à San Francisco, et l'auteur principal du Facilitator's Guide to Participatory Decision-Making, paru en 1996. C'est dans ce livre que le losange apparaît. On lui doit aussi les gradients d'accord, qui rendent visibles les nuances d'adhésion avant de décider.

Le diamant de Kaner et le double diamant, c'est pareil ?

Non. Le double diamant du Design Council enchaîne deux losanges. Kaner n'en dessine qu'un, avec la zone de grognement au centre. Notre support de formation utilise encore un autre schéma, en trois temps : diverger, explorer, converger. Ce sont des cousins. Ici, c'est le losange de Kaner, un seul.

Comment on se sert du diamant de Kaner en séance

D'abord en préparation, sur une feuille. On dessine le losange, la question du jour dans le cercle de gauche, ce qu'on veut avoir décidé dans le cercle de droite. Puis on répartit le temps : une introduction courte, une divergence large, un milieu qu'on ne rogne pas, une convergence avec une règle de décision, une clôture qui dit qui fait quoi.

Ensuite au mur, devant le groupe, et on y revient trois fois. Au début, pour dire que la matinée ouvre et que personne ne décide avant 14 heures. Au milieu, quand ça grogne, pour montrer où on est : ça désamorce plus que n'importe quel encouragement. À la fin, pour marquer le passage à la convergence et rappeler la règle.

Le dessin sert aussi à intercepter la conclusion hâtive. Quand un directeur dit « bon, on est d'accord, on avance », le facilitateur pointe la flèche et demande au groupe s'il veut vraiment sauter le milieu. La plupart du temps, la réponse est non.

Avant le diamant de Kaner : ce qu'on prépare

Une seule question, à laquelle le groupe doit réussir à répondre. Puis la règle de décision, fixée avec le commanditaire : consentement, vote, arbitrage du dirigeant. Dire qui décide avant de discuter, c'est ce qui évite au CODIR qui ne décide pas de recommencer le lendemain. Au cadrage, on défend le milieu : le commanditaire veut souvent une heure de divergence, dix minutes de convergence, et rien entre les deux.

Après le diamant de Kaner : le lundi d'après

Une décision sortie du losange se transmet dans les 48 heures, telle qu'elle a été dite, avec qui la porte et pour quand. À une semaine, on vérifie le premier pas. À trois semaines, ce qui tient. Le débrief à froid, à 15 ou 30 jours, pose une question précise : a-t-on vraiment traversé le milieu, ou conclu trop vite ? Un plan d'action après séminaire qui se délite est presque toujours une convergence bâclée.

Les pièges du diamant de Kaner, vus en vrai

Rogner le milieu. Le réflexe de tous les commanditaires : dès que ça grogne, on vote. On sort avec une décision que la moitié de la salle n'a pas comprise, et qui se rouvre au prochain CODIR.

Deux losanges côte à côte. Enchaîner deux sujets dans la même demi-journée, sans temps entre les deux, épuise le groupe. Un losange par séance, ou une vraie pause.

Le dessin sans la règle. Si la règle de décision n'a pas été dite avant, la convergence devient un compromis où chacun lâche un peu et où personne n'adhère.

Une variante du diamant de Kaner

Le losange en deux séances : la divergence et le milieu un jour, la convergence une semaine plus tard. Ça convient aux sujets lourds, où le groupe a besoin de dormir sur les options. Entre les deux, un compte-rendu brut, pas une synthèse orientée. Le grognement se rejoue un peu au retour, mais on le traverse plus vite, parce que le groupe le reconnaît.

Pour aller plus loin que le diamant de Kaner

Méthodes liées

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Méthode · Débutant

World Café

Le World Café fait tourner un grand groupe entre des tables de 4 à 5, sur une seule question, en 90 minutes à 3 heures, pour faire parler tout le monde.

Durée
1 h 30 à 3 h
Participants
12 à 200

Méthode · Intermédiaire

Décision par consentement

La décision par consentement adopte une proposition dès que personne n'a d'objection argumentée, en 20 à 90 minutes. Le format d'un CODIR qui doit trancher.

Durée
20 min à 1 h 30
Participants
3 à 15

Méthode · Débutant

Vote par gommettes

Le vote par gommettes fait trier vingt idées en dix minutes : trois points par personne, on colle, on compte. Ça priorise, ça ne décide pas. Déroulé et pièges.

Durée
5 min à 20 min
Participants
5 à 200

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