Point de vue

Séminaire de cohésion : ce qu'on fait à la place du karting

Un séminaire de cohésion réussi produit du concret le lundi. Le karting et le paintball, non. Ce qu'on fait à la place : une question, du travail, une décision.

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Un séminaire de cohésion, c'est une journée où une équipe travaille ensemble sur un vrai sujet et en repart avec une décision et un plan d'action. La cohésion est le résultat de ce travail, pas une activité qu'on programme entre le déjeuner et le dîner. On ne fait pas de karting, et c'est la première question qu'on nous pose : « vous ne faites pas de karting, mais du coup, qu'est-ce que vous faites comme activité ? »

Un séminaire de cohésion d'équipe, c'est un résultat, pas une activité

La cohésion ne se fabrique pas directement. Elle vient de ce qu'un groupe a fait ensemble une chose difficile et en est sorti. Une équipe qui a passé une journée à trancher un sujet qui traînait depuis six mois, qui s'est dit ce qu'elle avait à se dire et qui repart avec trois actions datées, cette équipe-là est plus soudée le lundi. Pas parce qu'on lui a demandé de l'être, mais parce qu'elle a réussi quelque chose.

L'inverse est vrai aussi. Une équipe qui a passé une belle journée, bien mangé, bien ri, et qui retrouve le lundi les mêmes sujets pas tranchés et les mêmes non-dits, n'est pas plus soudée. Elle a un bon souvenir en commun. Un client nous a résumé son attente en une phrase : « qu'on s'assure que ce ne soit pas uniquement un moment sympa. »

Le team building en entreprise, vu du lundi matin

On n'a rien contre le karting. Ni contre le paintball, l'escape game ou la journée commando. Ce sont de bons moments, et un bon moment n'est pas rien. Mais il faut les regarder depuis le lundi matin. Qu'est-ce qui a changé dans l'équipe ? Quel sujet a été tranché ? Quel non-dit a été dit ? Rien, dans presque tous les cas. Un participant d'une journée de ce type nous l'a dit sans détour : « au bout de la journée, il y a rien. »

Il y a un deuxième problème, moins visible. Une fois que le groupe a basculé dans le jeu, il ne revient pas au travail. Un client qui avait programmé une activité le matin et des ateliers l'après-midi nous l'a décrit ainsi : « c'est compliqué de revenir à du travail dès lors qu'on a basculé sur le ludique. » Le groupe a compris que la journée était une récréation, et il ne comprend pas pourquoi on lui demande de travailler à 14 h. Si vous tenez à une activité, mettez-la à la fin, après le travail, et dites que c'est une récompense.

Le troisième problème, c'est ce que le karting dit de l'équipe sans le vouloir : on ne sait pas sur quoi vous faire travailler ensemble, alors on vous fait courir. Les gens le sentent.

Ce qu'on fait à la place

Une question. Une seule, à laquelle le groupe doit réussir à répondre à la fin de la journée. C'est la partie la plus dure de la préparation, et c'est là que se joue 70 à 80 % du résultat. « Comment mieux travailler ensemble ? » n'est pas une question, c'est un thème. « Qu'est-ce qu'on arrête de faire, dès le mois prochain, pour que les deux sites ne se marchent plus dessus ? » en est une. On la trouve en cadrage, avec le dirigeant, en deux ou trois heures d'appel, et dans la plupart des cas le programme qu'il avait en tête est à refaire. Le détail de ce cadrage est dans préparer un séminaire d'entreprise.

Un temps d'inclusion pour ouvrir. Pas un jeu : une question sur le sujet du jour, à laquelle chacun répond en une phrase, le dirigeant aussi, sans commentaire. Vingt minutes. À la fin, tout le monde a parlé une fois et on sait où en est le groupe.

Du travail en sous-groupes de cinq à sept, sur la question. Selon la taille du groupe et ce qu'on cherche, c'est un World Café qui fait tourner les tables pour croiser les idées de tout le monde, ou un forum ouvert où les participants proposent les sujets quand l'équipe a plusieurs chantiers à ouvrir. Les deux mettent trente personnes au travail sans qu'un seul reste spectateur.

Une décision. En fin de journée, le groupe converge et tranche : ce qu'on fait, ce qu'on ne fait pas, qui porte. Pas un vote, pas une liste de cinquante envies. Une décision explicite, dite à voix haute, écrite. Une demi-décision égale un bordel au carré.

Un plan d'action cadencé. Ce qui se passe dans les 48 heures, dans la semaine, dans les trois semaines. Trois actions tenues valent mieux que vingt écrites. C'est ce qu'on détaille dans faire tenir le plan d'action après le séminaire.

Et pour un séminaire de CODIR ?

Même logique, groupe plus petit, enjeu plus lourd. Un séminaire de CODIR se prépare avec des entretiens individuels, parce que ce que les membres disent en tête-à-tête ne se dit pas en salle, et la journée sert à le faire sortir. La question porte souvent sur une décision que le comité repousse depuis des mois. Deux facilitateurs pour huit à douze personnes, et le dirigeant parle en dernier, à chaque tour, sinon les autres s'alignent.

Les idées de séminaire d'équipe qu'on nous demande

« Vous avez des idées d'activités ? » On répond par une question : quel est le sujet que votre équipe évite ? Il y en a toujours un. Deux entités qui ont fusionné et qui gardent chacune leurs habitudes. Des sites qui ne se voient qu'en visio et qui se croisent sans se connaître. Des anciens et des nouveaux. Une équipe de direction dont chaque membre a sa feuille de route, sans que les feuilles de route se parlent. Dans tous ces cas, la question de la journée est là, et la meilleure idée de séminaire, c'est de la travailler.

Si l'équipe vient de deux maisons différentes, la journée sert à créer un collectif après une fusion, et le travail en tables mélangées fait plus pour ça qu'une soirée. Si le sujet, c'est ce qui ne se dit pas, la journée sert à se dire les choses en équipe, sans que ça tourne au cahier de doléances, et ça se prépare autrement. Dans les deux cas, ce n'est pas l'activité qui fait la cohésion. C'est d'avoir traversé ensemble un moment un peu difficile et d'en être sorti avec une décision.

Ce qui se passe le lundi

Le lundi d'après, le groupe reçoit ce qu'il a produit, tel quel, pas une synthèse embellie. Dans la semaine, la première action a démarré et quelqu'un le dit. À trois semaines, un point court. À un mois, un débrief à froid avec le dirigeant : qu'est-ce qui a tenu, qu'est-ce qui s'est étiolé. C'est ce débrief qui dit si le séminaire de cohésion a servi, pas le questionnaire de satisfaction du soir même.

Et la cohésion, dans tout ça ? Elle est arrivée sans qu'on la programme. Une équipe qui a tranché ensemble et tenu trois actions n'a pas besoin qu'on lui organise une activité pour se sentir une équipe. Elle en est une.

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