Méthode · Yoan Lureault, Insuffle
Facilitation stratégique, de contenu, de transformation : les trois facilitations
La facilitation stratégique travaille ce que le groupe décide ; celle de contenu, ce qu'il produit ; celle de transformation, ce qu'il est. Trois, emboîtées.
La facilitation stratégique travaille ce que le groupe décide ; la facilitation de contenu, ce qu'il produit ; la facilitation de transformation, ce qu'il est. Ce sont les trois facilitations, et elles sont emboîtées, pas juxtaposées : la troisième contient les deux autres. Cette grille sert au cadrage, pour répondre à un dirigeant qui demande « faciliter, c'est par rapport à quoi ? », et pour choisir ce qu'on va faire avant de choisir avec quoi.
À quoi sert vraiment les trois facilitations
D'abord, à ne pas confondre faciliter et animer. L'animateur porte le contenu et les réponses. Le facilitateur rend le système intelligent en le questionnant, sans imposer son avis. Un client nous a demandé : « c'est quoi la posture de facilitation, quelles sont les différences avec le rôle de formateur, de manager ? ».
Contenu : on travaille ce que le groupe produit. Un livrable, une liste de priorités, un plan. Production assistée, pas transformation. Stratégique : on travaille ce que le groupe décide. Et décider déplace les places : quand un comité de direction tranche vraiment, quelqu'un gagne, quelqu'un perd. Transformation : on travaille ce que le groupe est. Ses règles, ses non-dits, sa façon de se parler. Elle contient les deux autres.
D'où la phrase qui sert d'étalon : un facilitateur de transformation sait faire du contenu, l'inverse est faux. C'est ce qui justifie qu'on ne facture pas le même prix, et ce qui disqualifie l'animateur de post-it quand le sujet est un CODIR qui ne se parle plus.
Quand ne pas utiliser les trois facilitations
- Vous cherchez une méthode d'animation. Cette grille ne dit pas quoi faire mardi à 14 heures. Elle dit à quel niveau vous travaillez. Les méthodes viennent après, et les outils, c'est 10 %.
- Le problème est connu et le collectif aligné. Sur la carte de la complexité, compliqué ou complexe, c'est la zone Exécuter : aucune facilitation. Un bon chef de projet suffit.
- Plus rien ne tient. Zone Stabiliser : le collectif est indisponible, aucune des trois n'a prise. On décide, puis on redescend.
Les questions qu'on nous pose sur les trois facilitations
Qu'est-ce que la facilitation stratégique ?
Le travail sur ce que le groupe décide, pas sur ce qu'il produit. On y entre quand un comité de direction a un cap à choisir, un arbitrage à rendre. La différence avec la production, c'est le coût : un plan, tout le monde peut le signer ; une décision, quelqu'un la perd. Le facilitateur doit tenir ce moment : dire qui décide avant de discuter, faire sortir les objections, refuser le consensus mou. Un dirigeant qui nous dit « il manque un cap » est à ce niveau-là, même s'il demande un séminaire de cohésion.
La facilitation de contenu, c'est de l'animation ?
Non, mais c'est la plus proche. On facilite un contenu quand le groupe est aligné et que le problème est inconnu : il faut explorer, produire, cartographier. Le facilitateur questionne, structure, fait converger, sans porter les réponses. Mais il ne touche ni aux règles du groupe ni à ses décisions de fond.
Quand a-t-on besoin d'une facilitation de transformation ?
Quand le problème est résolu et que rien ne bouge quand même. C'est la zone Dénouer de la carte, l'angle mort des modèles : le plan est bon, les décisions sont prises, et l'équipe continue comme avant. Le Futur Désiré® est un outil de ce niveau : il ne demande pas au groupe ce qu'il va faire, mais ce qu'il veut être.
Quels sont les types de facilitation, et lequel choisir ?
Contenu, stratégique, transformation, et le choix se fait au cadrage. La question au commanditaire : à la fin, qu'est-ce qui doit avoir changé ? Un livrable, contenu. Une décision, stratégique. La façon dont vous travaillez ensemble, transformation. Sur la carte, Explorer appelle le contenu, Dénouer la transformation, Traverser le stratégique puis la transformation.
Un facilitateur interne peut-il faire les trois ?
Le contenu, oui, très bien. Le stratégique, difficilement : quand la décision déplace les places, l'interne a une place à perdre. La transformation, presque jamais depuis l'intérieur, parce qu'il fait partie de ce que le groupe est. Une facilitatrice interne l'a dit à sa façon : « il ne faut pas que je sois conceptrice du truc parce que j'ai besoin de contribuer ».
Avant les trois facilitations : ce qu'on prépare
Tout se joue au cadrage, deux à trois fois une heure. La demande arrive presque toujours formulée en contenu : « on veut une feuille de route ». Un CODIR qui demande une feuille de route et qui ne décide rien depuis six mois a un problème de niveau deux, parfois trois. Pour préparer un séminaire d'entreprise sans se tromper d'étage, on pose la question du changement attendu, et on regarde où il se situe sur la carte.
Après les trois facilitations : le lundi d'après
Le niveau choisi fixe ce qu'on vérifie. En contenu, le livrable existe et il est utilisé. En stratégique, la décision tient : elle ne se rouvre pas au prochain comité. En transformation, la façon de travailler a changé : une autre géométrie de réunion, quelqu'un contredit le dirigeant, les mauvaises nouvelles remontent plus tôt. C'est ce qu'on regarde au débrief à froid, à 15 ou 30 jours. Un CODIR qui ne décide pas après un séminaire stratégique n'a pas eu de séminaire stratégique.
Les pièges des trois facilitations, vus en vrai
Vendre du contenu pour un sujet de transformation. Le piège du séminaire réussi dont il ne reste rien. Tout le monde a produit, et l'équipe retrouve le lundi les mêmes non-dits.
Juxtaposer au lieu d'emboîter. Un atelier de contenu le matin, un « temps stratégique » l'après-midi, « un peu de transformation » avant le check-out. Les trois ne s'additionnent pas. La transformation contient les autres, ou elle n'a pas lieu.
Confondre le niveau et le prix. Facturer une transformation et livrer une animation. Le client s'en rend compte au deuxième CODIR.
Une variante des trois facilitations
Sur une journée courte, on peut rester volontairement au niveau du contenu, et le dire au groupe : aujourd'hui, on produit, on ne décide pas, on ne touche pas aux règles. C'est honnête, et ça évite de promettre une transformation qu'une journée ne donne pas. La condition : que le commanditaire ait entendu que le vrai sujet est ailleurs, et qu'une suite soit prévue.
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Situations où ça sert
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- Un CODIR qui ne décide pas : comment en sortir
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Comment on se sert des trois facilitations en séance
En séance, la grille ne se montre pas au groupe. Elle décide de ce que fait le facilitateur quand ça dérape. Un atelier de contenu qui bute sur une décision que personne ne veut prendre vient de changer de niveau : le facilitateur le nomme, propose de s'arrêter sur la décision, et demande qui la prend. S'il continue à produire, le groupe sort avec un livrable et la même impasse.
La grille règle aussi la posture. En contenu, on ouvre le champ, on tient la divergence, on fait converger. En stratégique, on pose un cap provisoire et on tient les deux fronts. En transformation, on nomme l'indicible, on rend le conflit travaillable, on rend la charge au groupe. Ce sont les postures du facilitateur, choisies en séance, une fois le niveau connu.