Méthode · Yoan Lureault, Insuffle
La théorie de la braise : on ne crée pas le feu, on rapproche les braises
La théorie de la braise : chacun porte une braise, le facilitateur ne crée pas le feu, il les rapproche. Si elles sont éteintes, la facilitation ne peut rien.
La théorie de la braise tient en une phrase : on ne crée pas le feu, on rapproche les braises. Chaque personne dans une organisation porte une braise, une compétence, une motivation, une idée, de l'énergie ; le facilitateur ne crée pas l'intelligence collective, il crée les conditions pour que les braises se rapprochent et que le feu prenne. C'est une métaphore, et un critère : s'il ne reste aucune braise, la facilitation ne peut rien, et on le dit au dirigeant avant de signer.
À quoi sert vraiment la théorie de la braise
À remettre le facilitateur à sa place. On entend souvent qu'un bon animateur « crée une dynamique ». C'est faux : ça fait croire à un dirigeant qu'une journée bien animée peut remplacer ce que son équipe n'a plus. L'énergie ne vient pas de l'animation. Elle est déjà dans la salle, ou elle n'y est pas.
Ensuite, à lire une équipe autrement. Dans une équipe qui semble éteinte, il reste presque toujours des braises séparées : un chef de projet qui tient encore à son sujet, deux personnes qui ont une idée et n'osent pas. Le travail consiste à les rapprocher : une question commune, une géométrie qui les met face à face.
Enfin, à qualifier une mission. C'est l'implication pratique, celle qu'on oublie. Si les braises sont éteintes, organisation morte, gens partis, zéro énergie, la facilitation ne peut rien créer à partir de rien. Il faut qu'il reste des braises. C'est un critère de qualification commerciale autant qu'une métaphore.
Quand ne pas utiliser la théorie de la braise
- Les braises sont éteintes. Les gens qui tenaient sont partis, plus personne ne défend rien. Sur la carte de la complexité, compliqué ou complexe, c'est la zone Stabiliser : plus rien ne tient, le collectif est indisponible. On décide, puis on redescend.
- On vous demande de motiver à la place du manager. Le facilitateur rapproche, il ne porte pas. Si le manager n'est pas dans le cercle, les braises se rapprochent une journée et se séparent le lundi.
- Le dirigeant attend que l'énergie vienne de l'animation. Un client l'a vu : « c'est compliqué de revenir à du travail dès lors qu'on a basculé sur le ludique ».
Les questions qu'on nous pose sur la théorie de la braise
Que faire quand une équipe n'a plus d'énergie ?
Vérifier d'abord s'il reste des braises, avant de promettre quoi que ce soit. Ça se fait en entretiens, avant tout séminaire : qui tient encore à quelque chose ici, et à quoi ? S'il en reste trois sur dix, il y a de quoi travailler : on les met dans la même conversation. Si personne ne tient plus à rien, on le dit au dirigeant, et on ne fait pas de séminaire : la première décision lui appartient seul, ce qu'on stabilise, ce qu'on arrête, qui reste. Une équipe sans énergie n'a pas besoin qu'on la secoue, elle a besoin qu'on trouve ce qui, en elle, brûle encore.
Rallumer une équipe, c'est le travail du facilitateur ?
Non. Le facilitateur ne rallume pas : il rapproche. Il pose une question commune, choisit la géométrie, tient le cadre pour que les gens s'entendent vraiment, et s'efface quand ça prend. Si vous cherchez quelqu'un qui « redonne de l'énergie » à votre équipe par sa présence, vous cherchez un conférencier, et l'effet durera jusqu'au parking.
L'énergie d'équipe, ça se lit comment en séance ?
Dès les dix premières minutes, dans le temps d'inclusion. Quand chacun dit où il en est face au sujet du jour, on entend qui tient encore à quelque chose et qui récite. Les braises se repèrent à un détail : la personne parle d'un sujet précis, pas de « la situation en général ». Ensuite, deux personnes qui se répondent sans passer par le facilitateur, c'est deux braises qui se touchent.
Remobiliser une équipe après une réorganisation, c'est possible ?
Oui, si les gens qui portaient quelque chose sont encore là. Après une réorganisation, l'énergie n'a pas disparu, elle s'est dispersée : chacun s'est replié sur son périmètre. Un client décrivait ses équipes qui « dès qu'il y a eu un petit coup de vent, se cachent derrière en disant : en ce moment c'est flou ». On rapproche avec une question sur ce que l'équipe désire, pas sur ce qu'elle a perdu : c'est le travail du Futur Désiré®, qui ne marche que s'il reste du désir quelque part.
Avant la théorie de la braise : ce qu'on prépare
Les entretiens, avant le séminaire. C'est là qu'on cherche les braises, et là qu'on décide d'y aller ou pas. Puis la question unique, celle qui concerne toutes les braises repérées : pas « comment retrouver de l'énergie », mais un sujet précis sur lequel elles ont quelque chose à dire. Pour préparer un séminaire d'entreprise, le cadrage porte autant sur l'état du collectif que sur le programme.
Après la théorie de la braise : le lundi d'après
Le feu qui a pris en séance se vérifie dans la semaine : les deux personnes qui se sont trouvées se sont-elles reparlé sans qu'on le leur demande ? Dans les 48 heures, ce qui a été décidé part à tous, avec qui le porte. À trois semaines, on regarde si les braises rapprochées tiennent ensemble. Au débrief à froid, à 15 ou 30 jours, la question au dirigeant n'est pas « sont-ils motivés ? » mais « qui a fait quoi sans que vous le demandiez ? ».
Les pièges de la théorie de la braise, vus en vrai
Le soufflet. Le facilitateur qui souffle sur les braises, énergise, relance, fait des jeux. Ça chauffe, et ça retombe dès qu'il sort.
Signer sans regarder. Accepter une mission de remobilisation sans entretiens préalables, et découvrir en salle qu'il ne reste personne pour porter quoi que ce soit. La journée se passe bien et ne change rien.
Confondre bruit et braise. La personne qui parle le plus n'est pas forcément celle qui tient à quelque chose. Les braises sont souvent silencieuses, et il faut le temps d'inclusion pour les entendre.
Une variante de la théorie de la braise
La braise en un mot. En ouverture d'un séminaire d'équipe, chacun écrit sur un post-it la chose à laquelle il tient encore ici, une seule. On affiche, on lit, on ne commente pas. Puis on regroupe ce qui se ressemble : les braises voisines se voient, et les sous-groupes de l'après-midi se forment autour d'elles.
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Situations où ça sert
- Créer un collectif après une fusion, entre sites ou dans un consortium
- Préparer un séminaire d'entreprise : cadrage, entretiens, invitation
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On l'anime pour vous
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Insuffle anime cet outil en séminaire et en accompagnement, avec le cadrage qui va avec.
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Comment on se sert de la théorie de la braise en séance
D'abord au cadrage, comme critère. La question au dirigeant est simple : qui, dans votre équipe, tient encore à quelque chose ? S'il répond « personne », on creuse : c'est rarement vrai.
Ensuite en conception. Rapprocher les braises, c'est concevoir une séance où les personnes qui tiennent à quelque chose se retrouvent dans la même conversation. Pas un tour de table où chacun parle au facilitateur : des sous-groupes de cinq à sept, en cercle, où on se répond. Pour créer un collectif après une fusion, c'est souvent la seule chose qu'on fait : on repère qui brûle de chaque côté, et on les met à la même table sur un vrai sujet.
Enfin en séance, la métaphore se montre parfois, une fois, au tableau : des points séparés, puis rapprochés. Elle dit au groupe ce qu'on ne fera pas, le motiver, et ce qu'on va faire, le mettre en position de s'entendre.