Méthode · Intermédiaire
Entretiens de cadrage
Les entretiens de cadrage se font avec le sponsor, puis un par un si le sujet est sensible, pour trouver l'intention, la question unique, et dire qui décide.
- Durée1 h à 3 h
- Participants1 à 12
- NiveauIntermédiaire
- Formatprésentiel, distanciel
Les entretiens de cadrage sont les conversations qu'on a avant un séminaire ou un atelier : d'abord avec le sponsor, seul, puis avec chaque participant, un par un, quand le sujet est sensible. Ils servent à trouver quatre choses : l'intention, la question unique, ce avec quoi on veut repartir, et qui décide. C'est là que se jouent 70 à 80 % de la réussite d'un temps collectif, et c'est là qu'on découvre que la demande affichée est rarement le vrai sujet.
À quoi sert vraiment l'entretien de cadrage
Un sponsor arrive rarement avec une question. Il arrive avec un programme : accueil, mot du directeur, trois ateliers, déjeuner, activité l'après-midi. Ou avec un thème : « la cohésion », « la stratégie », « l'après-fusion ». Dans 90 % des cas, ce programme est à refaire entièrement. Pas parce qu'il est mal fait, mais parce qu'il part des horaires au lieu de partir de ce que la journée doit changer.
L'entretien sert à remonter du programme vers la question. Qu'est-ce que vous voulez ? Qu'est-ce que vous craignez ? Qu'est-ce que vous ferez de ce qui sortira ? Qui décidera ? C'est souvent la crainte qui fait apparaître le vrai sujet. Un sponsor peut demander une journée de cohésion et parler, au bout de vingt minutes, de deux membres de son comité qui ne se parlent plus. La demande affichée habillait autre chose.
Il sert aussi à rappeler une chose que tout le monde oublie : le sponsor n'est pas le client. Il commande, il paie souvent, mais la journée sert un système (une équipe, un service, une organisation), et c'est ce système qu'on sert. Si ce que veut le sponsor va contre ce dont le système a besoin, c'est en entretien qu'on le lui dit, pas le jour J devant quarante personnes.
Les entretiens individuels, eux, servent à entendre ce que personne ne dira devant le groupe. Quand le sujet touche à une fusion, à des tensions dans l'équipe de direction, à des choses qui ne se disent pas en réunion, voir chaque membre seul donne la vraie carte du terrain. Et ils commencent le travail : les gens arrivent le jour J en ayant déjà réfléchi à la question.
Quand ne pas utiliser l'entretien de cadrage
- Le sponsor a déjà décidé et veut « faire adhérer ». Les entretiens deviennent un alibi : on recueille des avis dont on ne fera rien. Les participants le comprennent vite. Dites-le au sponsor, ou changez de format : une annonce, puis un temps pour travailler la mise en œuvre.
- Vous ne pouvez pas garantir l'anonymat. Si ce qui se dit en entretien individuel risque de remonter au sponsor avec des noms, n'en faites pas. Un entretien qui fuit une fois ferme les bouches pour longtemps.
- Le sponsor attend un audit écrit. Ces entretiens servent à concevoir une journée, pas à écrire un rapport sur les personnes. S'il veut un document qui dit qui pense quoi, c'est un autre travail.
- Le sujet n'est pas sensible et le groupe est petit. Pour un atelier de travail à six, sans enjeu entre les personnes, le cadrage avec le sponsor suffit. Voir chacun un par un ajoute des semaines pour rien.
Les questions qu'on nous pose sur l'entretien de cadrage
Comment mener des entretiens de cadrage ?
Le sponsor d'abord, seul, en deux à trois fois une heure, et empiriquement beaucoup plus. Puis, si le sujet est sensible, chaque membre du groupe un par un. Le groupe entier, seulement le jour J. Dans chaque entretien, on cherche la même chose : l'intention, la question unique, ce avec quoi on veut repartir, et qui décide. On écoute beaucoup, on note les mots exacts, et on ne propose aucun format tant que la question n'est pas trouvée.
Des entretiens avant un séminaire, avec qui ?
Un responsable dans un grand groupe nous l'a demandé ainsi : « Au niveau du cadrage, comment vous allez procéder ? C'est avec tous les membres en même temps ou individuellement ? » Les deux, mais jamais en même temps. Le sponsor seul, d'abord, parce que c'est lui qui dit ce qu'il veut et ce qu'il fera de ce qui sortira. Puis les membres, un par un, si le sujet le demande. Un cadrage « avec tout le monde » en réunion reproduit ce qu'on cherche à dépasser : les mêmes parlent, les autres attendent.
Le cadrage avec le sponsor suffit-il ?
Oui, quand le sujet n'engage pas les relations entre les personnes : un atelier de production, une journée de travail sur un projet. Non, dès que le sujet est sensible. Le sponsor voit son équipe depuis sa place, et une partie de ce qui s'y passe lui échappe par construction : personne ne lui dit tout. Les entretiens individuels complètent sa carte. Et si le sponsor n'a pas le temps pour le cadrage lui-même, c'est un autre problème, traité dans le sponsor n'a pas de temps pour préparer.
Quelles questions d'entretien de cadrage poser ?
Au sponsor, quatre : qu'est-ce que vous voulez, qu'est-ce que vous craignez, qu'est-ce que vous ferez de ce qui sortira, qui décidera. Puis une cinquième, qui fait tout le travail : si le groupe ne devait répondre qu'à une question, laquelle ? Aux membres, en entretien individuel, des questions sur leur expérience plutôt que sur leur opinion : ce qui marche, ce qui coince, ce qui ne se dit pas, ce avec quoi ils voudraient repartir.
Un entretien individuel avant un atelier, c'est toujours nécessaire ?
Non. Il l'est quand le sujet est sensible : une fusion, des tensions dans l'équipe de direction, un changement que certains vivent mal, des choses qui ne se disent pas en réunion. Pour un atelier de travail sans enjeu entre les personnes, il alourdit sans rien apporter. La question à se poser : y a-t-il quelque chose que les participants ne diront pas devant le groupe, et dont la journée a besoin ? Si oui, on les voit un par un.
Ce qui se dit en entretien reste-t-il confidentiel ?
Oui, et c'est la condition. Ce qui se dit reste anonyme et sert à concevoir la journée, pas à écrire un rapport. Le sponsor reçoit des thèmes, jamais des noms ni des phrases qu'on pourrait attribuer. On le dit au début de chaque entretien, et on le dit au sponsor avant le premier : s'il n'accepte pas cette règle, on ne fait pas d'entretiens individuels.
Combien de temps faut-il compter pour le cadrage ?
Deux à trois fois une heure avec le sponsor, et empiriquement beaucoup plus. Le premier rendez-vous fait sortir la demande et la crainte ; le deuxième trouve la question ; le troisième vérifie que le programme qu'on en tire répond bien à cette question, et redit qui décide. Il en faut parfois un quatrième, parce qu'on découvre en route que la question n'était pas celle qu'on croyait.
Le déroulé de l'entretien de cadrage, minute par minute
Ce déroulé est calé sur le premier entretien avec le sponsor : une heure, dans son bureau, sans slides. Les suivants reprennent la même trame, plus vite, en partant de là où on s'est arrêté.
| Temps | Ce qui se passe | Ce que fait le facilitateur |
|---|---|---|
| 0 à 5 min | Ouverture : à quoi sert l'entretien, ce qu'on fera de ce qui se dit | Annonce qu'il ne proposera aucun format aujourd'hui, pose le carnet sur la table |
| 5 à 20 min | La demande : le sponsor raconte ce qu'il a en tête, avec ses mots, souvent un programme | Écoute, note les mots exacts, ne corrige rien |
| 20 à 30 min | La crainte : ce qui lui ferait dire, le soir, que la journée était ratée | Relance sur des faits, repère le sujet que la demande habillait |
| 30 à 40 min | L'intention : ce qui aura changé le lundi d'après, avec quoi on repart | Fait décrire un lundi concret, pas une ambition |
| 40 à 50 min | La question : une première version de la question unique, écrite sur le carnet | Écrit la question devant le sponsor, la lit à voix haute, la réécrit avec lui |
| 50 à 55 min | Qui décide : le sponsor seul après écoute, le groupe, ou une délégation | Pose la question en ces termes, note la réponse mot pour mot |
| 55 à 60 min | La suite : qui voir en entretien individuel, date du prochain rendez-vous | Propose la liste des entretiens, rappelle la règle d'anonymat |
Ce que vous dites en salle, pendant l'entretien de cadrage
Une proposition de consignes, phase par phase. Dites-les avec vos mots : ce qui compte, c'est l'ordre, et ce qu'elles interdisent. Au sponsor d'abord, puis en entretien individuel. Elles laissent de la place : dans un entretien de cadrage, c'est l'autre qui parle.
À l'ouverture. « Aujourd'hui, je ne vous propose rien. Je veux comprendre ce que vous attendez de cette journée, et ce que vous craignez. Le programme viendra après, et il ne ressemblera peut-être pas à celui que vous avez en tête. »
Sur la demande. « Racontez-moi ce que vous avez imaginé, avec vos mots. Je note, je ne corrige pas. »
Sur la crainte. « Le soir de la journée, qu'est-ce qui vous ferait dire : c'était raté ? »
Sur l'intention. « Le lundi d'après, si la journée a servi, qu'est-ce qui a changé ? Décrivez-moi ce lundi. »
Sur la question. « Si le groupe ne devait répondre qu'à une seule question, laquelle ? Je l'écris, et on la relit ensemble. »
Sur qui décide. « Ce qui sortira de la journée, qui le décide : vous, après avoir écouté, le groupe, ou quelqu'un à qui vous le confiez ? Les trois se valent. Ce qui ne marche pas, c'est de ne pas le dire. »
En entretien individuel. « Ce que vous me dites reste entre nous : je m'en sers pour construire la journée, je ne le rapporte à personne avec votre nom. Qu'est-ce qui, aujourd'hui, ne se dit pas dans cette équipe ? »
Quand ça dérape. Si le sponsor arrive avec sa journée déjà découpée en créneaux : « Avant les créneaux, on cherche la question. Tant qu'elle n'est pas trouvée, aucun créneau n'existe. » Si on est tenté de laisser la décision « se voir le jour J » : « Qui décide, on le dit maintenant. Pas à 16 heures, le jour J. »
Avant l'entretien de cadrage : ce qu'on prépare
Presque rien à préparer côté sponsor, et c'est voulu. Relisez sa demande telle qu'il l'a écrite : le mail, le cahier des charges, le programme qu'il a déjà en tête. Soulignez les mots qu'il emploie. Ce sont eux qu'il faudra retrouver, ou déplacer, dans la question.
Côté salle : son bureau ou une petite salle fermée, deux chaises, un carnet. Pas d'écran, pas de support. Un entretien avec une présentation devient une réunion commerciale, et le sponsor réagit à vos slides au lieu de parler de son équipe.
Pour les entretiens individuels, deux choses à régler avec le sponsor avant le premier. La liste des personnes : tout le comité, ou seulement ceux que le sujet concerne. Et la règle d'anonymat, dite, acceptée, sans exception. Puis un message de sa part aux intéressés : pourquoi vous les verrez, combien de temps, ce que deviendra ce qu'ils disent.
Quand le groupe s'y prête, un outil peut préparer le terrain. Faire remplir un diagnostic d'équipe avec Blobbie au comité avant de construire la journée remplace souvent le programme que le sponsor avait en tête. Faire écrire à chacun sa phrase de cap avec la boussole stratégique d'équipe dit en quelques minutes si le séminaire portera sur le cap ou sur la façon de l'atteindre : si les phrases ne se ressemblent pas, on préfère l'apprendre en cadrage plutôt qu'en pleine journée.
Après l'entretien de cadrage : le lundi d'après
Les entretiens produisent trois choses, et seulement trois. La question unique, écrite, validée par le sponsor. Le « qui décide », dit et accepté. Et une carte des sujets, sans noms, que le sponsor reçoit en une conversation, pas en rapport de vingt pages.
Ensuite, le programme se refait, dans neuf cas sur dix. Ce n'est pas un échec du sponsor : c'est le cadrage qui a fait son travail.
Puis l'invitation. Si la question est trouvée, elle s'écrit en quatre phrases : pourquoi on se réunit, sur quelle question, avec quoi on veut repartir, ce qu'on attend de chacun. Si elle ne s'écrit pas, c'est que le cadrage n'est pas fini. Le message d'invitation à un séminaire se rédige avec le sponsor, dans la foulée du dernier entretien. Aux participants qui demandent « est-ce qu'il y a quelque chose à préparer de notre côté ? », la réponse est simple : pas de slides. Avoir lu l'invitation et répondu à l'entretien, c'est tout.
Enfin, les dates d'après. La cadence à 48 heures, une semaine, trois semaines, et le débrief à froid à 15 ou 30 jours se posent dans l'agenda du sponsor avant la journée, pas après. La page préparer un séminaire d'entreprise donne l'ordre complet des étapes.
Les pièges de l'entretien de cadrage, vus en vrai
Le programme accepté tel quel. Le sponsor arrive avec une journée déjà découpée en créneaux, et on se met à la remplir. On aura une journée bien animée qui ne répond à rien. Tant que la question n'est pas trouvée, aucun créneau n'existe.
La demande prise pour le sujet. « Une journée de cohésion » peut cacher une équipe de direction qui ne décide plus ; « un séminaire stratégique », un désaccord sur le cap que personne n'ose ouvrir. Si l'entretien s'arrête à la demande, la journée traitera le symptôme. C'est la question sur la crainte qui fait bouger les choses.
Servir le sponsor au lieu du système. Le sponsor veut que la journée fasse passer son message. L'équipe a besoin de dire ce qui coince. Le facilitateur qui choisit le sponsor contre le système obtient une journée polie et rien le lundi. Le sponsor n'est pas le client : c'est le système qu'on sert, et on le lui dit en entretien.
L'entretien qui fuit. Une phrase rapportée, même sans nom, que la personne reconnaît dans la bouche du sponsor. Au séminaire suivant, plus personne ne dira rien en entretien. Les thèmes remontent, jamais les phrases.
Le « qui décide » reporté. On a trouvé la question, l'intention, le format, et on se dit que la décision « se verra le jour J ». Elle se verra, en effet : à 16 heures, quand le groupe découvrira que le sponsor tranchera seul ce qu'il vient de discuter. Dire qui décide avant de discuter, et le dire dès le cadrage.
Adapter l'entretien de cadrage : distanciel, petit groupe, grand groupe
En distanciel
Les entretiens individuels peuvent se faire en visio ou au téléphone, à condition d'être seul dans la pièce, des deux côtés. Le premier rendez-vous avec le sponsor gagne à se faire en présentiel : c'est là qu'on entend ce qu'il ne dit pas.
Avec un petit groupe
Pour une équipe de quatre ou cinq, voir chacun seul prend peu de temps. Mais à cinq, chacun sait qui a dit quoi dès qu'une phrase remonte : la règle d'anonymat demande encore plus de soin, et la restitution au sponsor se fait par thèmes très larges. Si le sujet n'est pas sensible, un seul cadrage avec le manager suffit.
Avec un grand groupe
Avec 80 personnes, on ne voit pas tout le monde. On voit le sponsor, le comité qui porte la journée, et quelques personnes choisies pour leur place dans le système plutôt que pour leur grade : un nouveau, un ancien, quelqu'un d'un site éloigné.
Pour aller plus loin que l'entretien de cadrage
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Insuffle Académie
Apprendre à l'animer
Insuffle Académie forme les facilitateurs internes en 3 jours, 80 % de pratique. Les outils, c'est 10 % du sujet.
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