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Consensus ou consentement ? Décider, ce n'est pas que tout le monde soit content

Consensus ou consentement ? Consensus : tout le monde adhère. Compromis : chacun lâche un peu. Consentement : personne n'a d'objection majeure. Et il décide.

5 min de lecture

Consensus ou consentement : ce sont deux barres différentes, et on les confond tout le temps. Le consensus, c'est tout le monde adhère. Le compromis, c'est chacun lâche un peu. Le consentement, c'est personne n'a d'objection majeure. Pour un CODIR qui doit trancher, c'est le consentement : une proposition écrite, un tour d'objections, une décision datée en 20 à 90 minutes. Décider, ce n'est pas que tout le monde soit content. C'est que personne ne voit de raison sérieuse de ne pas essayer.

Le tableau : consensus ou consentement en huit critères

CritèreConsensusConsentement
DuréeDes semaines, pour que dix personnes adhèrent à une décision qui engage20 à 90 minutes par proposition
Taille du groupeD'autant plus long que le groupe est grand3 à 15 personnes ; au-delà, un sous-groupe mandaté
Ce que ça produitUne proposition rabotée jusqu'à ce que personne ne soit contre : le consensus mouUne décision écrite, datée, avec une date de revue et un porteur
Quand l'utiliserQuand l'adhésion de chacun compte plus que la vitesse, et que vous avez le tempsUne proposition écrite, un CODIR qui doit trancher
Quand ne pas l'utiliserQuand la décision engage et qu'il faut avancerUne seule personne décide et c'est normal ; pas de proposition écrite ; la décision est déjà prise
Nombre de facilitateursLe plus souvent aucun, et c'est le problème : la décision est prise quand plus personne ne parle1 qui ne participe pas à la décision, 2 pour un CODIR de 8 à 12
PréparationAucune en général : on discute jusqu'à ce que ça s'arrêteUne proposition d'une page envoyée 48 h avant, qui a le mandat, l'ordre de parole avec le dirigeant en dernier
La suite (le lundi d'après)Une décision que personne ne défendLe texte final sous 48 h, la première action dans la semaine, un point à trois semaines, la revue à la date fixée

La différence entre consensus et consentement tient à la question posée

Le consensus demande : est-ce que tout le monde est d'accord ? Le consentement demande : quelqu'un a-t-il une objection argumentée ? La première question est une belle idée et un piège. Obtenir que dix personnes adhèrent à une décision qui engage prend des semaines, et ce qu'on obtient à la fin ressemble souvent à un consensus mou : personne n'est contre, parce que la proposition a été rabotée jusqu'à ne plus rien dire. La seconde question est plus modeste et plus utile. Le déroulé de la décision par consentement la pose à chacun, à son tour, le dirigeant en dernier. Et une objection n'est pas une préférence : « je n'aime pas » n'arrête pas la décision, « ça va nous coûter le double de ce qui est budgété » l'arrête.

Choisissez le consensus si…

  • Vous êtes trois ou quatre, la décision engage chacun personnellement, et vous avez le temps.
  • Vous êtes prêts à ce que ça prenne des semaines, sans raboter la proposition pour y arriver.
  • Vous savez reconnaître un consensus mou : quand plus personne ne parle, ce n'est pas un accord, c'est de la fatigue.

Choisissez le consentement si…

  • Votre CODIR se réunit toutes les semaines, deux heures, et il n'en sort rien.
  • Il existe une proposition écrite, une page au plus, et un groupe de 3 à 15 qui a le mandat.
  • Dès que vous faites une proposition, vous avez « droit à un non tout de suite » : le tour d'objections oblige ce non à devenir un argument, ou à disparaître.
  • Vous sortez d'un World Café ou d'un forum ouvert avec quarante idées et aucune décision.

Compromis, consensus, consentement : trois barres

Le compromis est le plus courant, et le plus fragile. Chacun lâche un peu, la décision ne ressemble à rien de ce que quelqu'un voulait, et personne ne la défend le lundi. Le consensus met la barre trop haut, et on la contourne par le consensus mou. Le consentement met la barre là où elle est utile : y a-t-il une raison sérieuse de ne pas essayer ? Et il ajoute ce qui rend cette barre tenable : une date de revue. Les gens acceptent d'essayer une chose qu'ils n'auraient pas choisie parce qu'ils savent qu'on la regardera en face. Ces trois mots, et les autres qu'on emploie sur les fiches, sont dans le glossaire, avec la divergence et la convergence, qui expliquent pourquoi on ne décide pas dans le même quart d'heure qu'on explore.

Consensus vs consentement dans un CODIR qui ne décide rien

Dans la plupart des réunions, une décision est prise quand plus personne ne parle, ou quand le chef a dit « bon, on fait comme ça » et que personne n'a répondu. Un client nous l'a demandé avec ces mots : « que le CODIR soit vraiment le lieu où on prenne des décisions, une grosse heure, 1h30 grand max. » Le temps n'est pas le problème. Le problème, c'est que personne ne sait à quel moment une décision est prise. Chercher le consensus aggrave ça : on discute jusqu'à l'épuisement. Le consentement fixe le moment : quand le tour d'objections est vide. C'est le point de départ quand on nous décrit un CODIR qui ne décide rien.

Ce que les deux ont en commun

Les deux demandent que chacun parle, et les deux refusent de passer au vote pour se débarrasser de celui qui n'est pas convaincu. La différence est dans ce qu'on fait de lui. Le consensus attend qu'il adhère. Le consentement lui demande s'il a une objection argumentée ; s'il n'en a pas, on avance, et on revoit à la date fixée. Faciliter n'est pas arbitrer : dans les deux cas, on dit qui décide avant de discuter. Ce qu'on ne fait jamais, c'est un consentement par fatigue, à 13 h, quand la dernière objection lâche « bon, allez, pas d'objection ». C'est un consensus mou déguisé en consentement, et la décision ne sera pas appliquée.

Les deux fiches

Méthode · Intermédiaire

Décision par consentement

La décision par consentement adopte une proposition dès que personne n'a d'objection argumentée, en 20 à 90 minutes. Le format d'un CODIR qui doit trancher.

Durée
20 min à 1 h 30
Participants
3 à 15

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